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Le carmel de Mazille Jose Luis Sert

par Thomas Heritier* |  le 01/05/2010  |  ArchitectureAménagementCôte d'OrHaute-MarneSaône-et-Loire

Porteur de l'héritage corbuséen et de la ligne méditerranéenne du mouvement moderne, José Luis Sert est surtout célèbre pour la construction des fondations Maeght à Saint-Paul-de-Vence et Miro à Barcelone. C'est à près de 70 ans que l'architecte catalan se voit confier en Bourgogne la réalisation du Carmel de Mazille qui est pour lui l'occasion d'offrir un espace moderne et dépouillé aux religieuses en établissant des rapports harmoniques entre le lieu et l'architecture. Malgré sa récente labellisation comme patrimoine du XXe siècle, le bâtiment massif de béton brut demeure largement méconnu. Par son implantation en haut d'une colline et sa conception, il agit comme un révélateur où le paysage et ses multiples horizons conduisent de la vie terrestre à la contemplation spirituelle.

Quelques années seulement après la disparition de Le Corbusier, qui voyait dans les monastères une occasion singulière de travailler sur l'habitat et l'organisation de la vie collective, Sert réalise à son tour un couvent. Il s'agit alors pour lui de concevoir un lieu de vie liant les temps communautaires et les périodes de retraite intime, tourné non seulement vers le travail de la terre, mais également vers la recherche spirituelle. Le carmel se doit d'être accueillant, ouvert sur l'extérieur, tout en étant maintenu dans une clôture précise, capable de former un espace d'une grande intériorité.

La communauté, initialement fondée en 1610 à Chalon-sur-Saône par six carmélites venues de Dijon, décide en 1967 de son transfert sur la commune de Mazille où le carmel Notre-Dame-de-la-Paix sera construit entre 1968 et 1971. Plus qu'un retour à la terre, il s'agit pour les religieuses d'un véritable retour aux sources originelles de leur ordre et de leur vocation. Les conditions naturelles et les transformations du paysage de Mazille sont par ailleurs fortement empreintes de l'histoire clunisienne. Fidèle croyant, Sert construit ici un lieu de méditation et de retraite avec comme interlocutrices principales des carmélites engagées dans leur foi comme dans l'accomplissement de cette œuvre architecturale, et parmi elles, Marie-Thérèse d'Aragon, compatriote espagnole passionnée, ouverte à l'art de son temps.

A cette époque, J. L. Sert est largement reconnu internationalement. Après avoir présidé durant neuf années (1947-1956) les congrès internationaux d'architecture moderne (CIAM), il est encore doyen et professeur à Harvard. Il a achevé ses principaux travaux d'urbanisme en Amérique du Sud (1945-1958), œuvre sur les campus américains (Boston, Harvard) et s'apprête à répondre aux travaux pour New York (1972) et pour la fondation Mirò à Barcelone (1973-1975). Son ami et confrère Le Corbusier, avec qui il entretenait une relation de haute estime, est décédé en 1965, lui laissant la responsabilité d'un héritage commun. Le projet de Mazille le touche alors certainement par la richesse de son programme et de son site magnifique mais peut-être plus encore par le caractère religieux du sujet. Des éléments qui l'engagent, au-delà de ses compétences professionnelles dans une réflexion personnelle à l'heure où il s'avance en âge.

Pour s'occuper du chantier localement, c'est Jacques Michel qui est contacté en janvier 1968, et qui suivra les premières phases du projet durant un an et demi. Formé dans l'atelier de Le Corbusier, ce dernier a également bénéficié d'une formation aux USA auprès de J. L. Sert. Et si c'est à Jacques Michel que revient le rôle d'architecte d'opération, le Carmel n'en définit pas moins un attachement exclusif à J.L.Sert qui demeure clairement désigné comme mandataire de l'équipe, le seul porteur de l'esprit du projet. Si l'un et l'autre considèrent comme fondamental le rapport de la construction dans son environnement, la transcription architecturale et la nature de ce rapport sont tout autres dans les esquisses de Sert et dans celles de Michel. Pour le premier, l'équilibre écologique consiste en « des rapports harmoniques entre l'homme et la nature » (1). Ses premiers travaux montrent avant tout une organisation spatiale définissant des rapports de proportion, d'ouverture et de fermeture de l'espace et ses annotations concernent principalement la lumière, la vue et les cheminements. Il demeure fidèle aux principes énoncés lors de la création du GATEPAC - groupement des architectes et techniciens espagnols pour le progrès de l'architecture contemporaine - en 1929 qui précisent que « l'architecture doit obéir à la fois aux exigences utilitaires et satisfaire nos aspirations et nos besoins spirituels. Nous devons considérer les différents points : le programme, les matériaux, l'espace et l'éclairage ; dans nos projets aller de l'intérieur (fonctions) à l'extérieur (effets) ; rechercher l'expression constructive la plus simple, la beauté des proportions, l'ordre et l'équilibre. » (2)

Pour Jacques Michel, ce rapport de l'homme à la nature semble davantage passer par une recherche technique. Ses esquisses soulignent essentiellement les procédés énergétiques utilisés et notamment les murs accumulateurs solaires (murs Trombe-Michel ayant fait l'objet d'un brevet). Malgré son insistance pour faire du carmel un projet climatique, Sert maintient sa seule vision harmonique pour la conception des lieux. Dans une lettre de José Luis Sert à la communauté, l'architecte rappelle que : « La liaison des bâtiments au sol et aux éléments naturels environnants, est essentielle.

Il est indispensable d'œuvrer à créer une continuité, des ponts entre les bâtiments et le site. » (3) Malgré des relations parfois complexes entre les différents interlocuteurs, le programme est mis au point au début de l'année 1968. Les échanges se poursuivent, dans le même temps une maquette d'étude est achevée au bureau américain de Sert. Parallèlement, le Carmel s'assure de l'appui de personnalités importantes dont celle André Malraux, et le permis de construire est accordé le 22 avril 1969.

De la colline au carmel

Disposant de la quasi-totalité du sommet de la colline de Chaumont, José Luis Sert choisit les parcelles ouvertes au sud, peu après le sommet de la colline, à l'endroit où l'horizon bascule et où le terrain retrouve la pente. Deux directions structurent la composition générale, se retrouvant dans le tracé topographique d'implantation des bâtiments ainsi que dans les cheminements et les circulations.

La première orientation, dans le sens de la pente, du nord vers le sud, détermine l'arrivée dans le site et le [...]

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