En direct

Le canal Seine-Nord Europe sort la tête de l'eau
A Choisy-au-Bac, près de Compiègne (Oise), la route RD81 (à l’arrière-plan sur cette vue de synthèse) passera au-dessus du canal. - © Lavigne & Chéron Architectes

Le canal Seine-Nord Europe sort la tête de l'eau

Jessica Ibelaïdene |  le 21/09/2018  |  TransportsCollectivités localesEtatTravaux publicsInfrastructures

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Transports
Collectivités locales
Chantiers
Etat
Travaux publics
Infrastructures
Canal Seine-Nord Europe
Entretien des infrastructures
Valider

Infrastructure - Le grand chantier fluvial estimé à 4,5 Mds € est définitivement lancé. Découpé en quatre secteurs, il doit s'étaler sur une dizaine d'années.

Cette fois, plus de place au doute. Le 11 septembre, le gouvernement l'a affirmé : ses engagements vis-à-vis du canal Seine-Nord Europe (SNE) seront honorés. Ils sont même pleinement pris en compte dans la programmation financière en faveur des transports pour les dix prochaines années (lire p. 14). Certains acteurs s'en trouveront soulagés. Car même si l'Etat avait accepté il y a un an la proposition des collectivités locales de reprendre la main sur le projet, de façon à éviter qu'il soit mis de nouveau au placard, le dossier semblait encore patiner.

Il n'en est rien cependant, assurent les différents protagonistes. « La Société du canal Seine-Nord Europe (SCSNE) a été créée en 2017, et Xavier Bertrand préside le conseil de surveillance depuis un an. Nous avons beaucoup travaillé et passé plusieurs étapes », explique ainsi Jérôme Dezobry, pressenti pour devenir prochainement le président du directoire de la SCSNE, dont il est déjà membre. Mise en place de la nouvelle gouvernance, modification de l'allotissement, emménagement dans un nouveau siège, à Compiègne (Oise), recrutements en cours… Sans bruit, le projet a avancé.

Le chantier, prévu pour durer une dizaine d'années, a été repensé en quatre secteurs (voir carte ci-dessous). Le premier est « à part », selon Jérôme Dezobry, car déjà amorcé. Le marché de maîtrise d'œuvre a en effet été attribué dès avril 2017 à un groupement mené par Artelia Eau & Environnement. Les études d'avant-projet sont terminées et confirment la faisabilité technique et la viabilité économique du projet, explique Marc Giroussens, directeur général de la filiale d'Artelia. La phase projet commencera début 2019, le temps de récupérer les dernières données géotechniques et topographiques nécessaires. Il sera ensuite question de préparer les marchés de travaux. Pour ce secteur qui inclut une écluse, une enveloppe de 350 M€ est prévue. Les appels d'offres devraient être publiés au deuxième semestre 2019, pour un premier coup de pioche envisagé courant 2020.

Le canal Seine-Nord Europe en chiffres (© Société du Canal Seine Nord Europe)

Appel d'offres spécifique pour six écluses

Sur le reste du tracé, les marchés de maîtrise d'œuvre ont été lancés il y a quelques mois. Ils concernent les chantiers de terrassement, ouvrages d'art et rétablissement des communications (Toarc) de chacun des trois autres tronçons. Un appel d'offres spécifique porte sur les écluses, pour assurer une cohérence technique. Pour tous, le choix des entreprises retenues devrait être arrêté d'ici à la fin de l'année. Les travaux interviendront donc plus tard pour ces lots, probablement courant 2022.

Sur le deuxième secteur, 732 M€ seront engagés pour réaliser les chantiers de terrassement et d'ouvrages d'art, ainsi que 11 M€ pour concevoir un pont-canal au-dessus de l'autoroute A29. Le montant des travaux du secteur 3, plus modeste, est estimé à 362 M€. Dans cette partie sera notamment construit un bassin-réservoir d'eau, d'une capacité de 14 millions de m3. Pour la dernière portion du canal, il faudra compter sur environ 600 M€ de travaux, auxquels s'ajouteront 19 M€ pour la réalisation d'un deuxième pont-canal, au-dessus de l'A26. Par ailleurs, les travaux pour la construction et l'équipement de cinq écluses de haute chute et d'une écluse de jonction représentent 850 M€. Enfin, un troisième pont-canal, au-dessus de la Somme, fera l'objet d'un marché de conception-réalisation estimé à 248 M€.

Anticipation des mesures compensatoires

La SCSNE a pris un peu d'avance sur certains points, comme les mesures compensatoires. Des aménagements environnementaux sont déjà en cours. Pour ne citer qu'un exemple, un partenariat avec le lycée horticole de Ribécourt, dans l'Oise, a été signé en avril 2018. Le but : concevoir une zone humide sur une parcelle de 1 ha, dans l'enceinte de l'établissement et avec la contribution des élèves.

Cette anticipation contribue à rendre le canal déjà concret dans les territoires et dans l'esprit de la population. Avec pour ambition d'en faire un « projet du XXIe siècle, intégré et aidant au développement », fait valoir Jérôme Dezobry.

« Le chantier du canal est parti. Il est impossible de revenir en arrière », Franck Dhersin, vice-président de la région Hauts-de-France

« Le chantier du canal est parti. Il est impossible de revenir en arrière ». Franck Dhersin, vice-président de la région Hauts-de-France chargé des transports et infrastructures et membre du conseil de surveillance de la société de projet, est catégorique. Les menaces se sont éloignées, comme l'ultimatum posé par l'Europe, ce que confirment des sources à Bruxelles. Malgré le retard pris sur le calendrier, plus question de couper les subventions de l'Union - si tant est que ce risque eût été réel.

Car le canal constitue l'un des dossiers d'infrastructure les plus importants sur le continent, en tant que chaînon manquant du projet transfrontalier Seine-Escaut. L'Europe a déjà décidé d'accorder 979 M€ à ce large chantier, et le SNE en profite au fur et à mesure de son avancement. Pour le moment, elle finance 50 % des études et 40 % des travaux. Une participation qui pourrait augmenter si la proposition de modification du Mécanisme pour l'interconnexion en Europe, qui cofinance des projets d'infrastructure, est adoptée par le Parlement et les Etats membres.

Recette complémentaire en attente

Cela devrait être le cas avant les prochaines élections européennes de mai 2019. Si le texte est voté, la participation de l'UE pourrait couvrir jusqu'à 50 % du montant des travaux. « Ce sont potentiellement 450 M€ supplémentaires pour le canal », précise Franck Dhersin, qui se félicite par ailleurs du climat de confiance retrouvé depuis un an. « La relation est au beau fixe, la collaboration excellente, et nous invitons des représentants de la Commission européenne à chaque conseil de surveillance. » Une transparence qui conforte le soutien au projet.

Grâce à ces crédits, notamment, « nous n'avons aucun problème pour payer les factures et nous ne sommes pas inquiets pour la suite », poursuit Franck Dhersin. Le financement est désormais à peu près clair. Sur un montant estimé à 4,5 Mds €, les collectivités locales apporteront 1 Md €, et couvriront les garanties d'un emprunt de plus de 700 M€ souscrit par l'Etat. Pour rembourser ledit emprunt, le gouvernement a promis une recette complémentaire, sans encore préciser son origine… Cette dernière ne sera pas, en tout cas, mise en place en 2019. Elle reste l'ultime point d'interrogation de ce dossier vieux de quarante ans.

Investissements : l'Etat trace la voie pour les dix ans à venir

Comme le canal Seine-Nord Europe (SNE), bien d'autres projets d'infrastructures attendent depuis parfois de longues années que les promesses de l'Etat deviennent réalité. C'est justement pour passer des vœux pieux aux actes que le gouvernement a souhaité revoir sa politique d'investissements dans les transports. Pour cela, il a décidé d'élaborer une programmation financière pour les dix ans à venir, afin de définir les priorités, choisir les projets et assurer les financements.

Dévoilée le 11 septembre, la trajectoire prévoit 27,7 Mds € d'investissements de la part de l'Etat d'ici à 2027, dont 13,4 Mds € au cours de ce quinquennat. Ce qui représente une augmentation de 40 % des moyens alloués aux transports par rapport à la période 2012-2017. Tous les types de réseaux seront servis pour répondre à l'objectif fixé par le président de la République : faciliter les déplacements du quotidien.

 

Maritime et fluvial

Outre les engagements confirmés concernant le canal SNE, l'Etat souhaite accélérer le rythme des investissements concernant les axes fluviaux et portuaires. Le soutien de l'Etat au réseau géré par Voies navigables de France (VNF) devrait ainsi doubler : alors que 260 M€ ont été investis dans la régénération et la modernisation entre 2013 et 2017, l'enveloppe gouvernementale atteindra 530 M€ sur ce quinquennat.

Une somme à ajouter aux 300 M€ que doit déjà investir VNF.

La trajectoire financière prévoit également de consacrer 2,3 Mds € sur dix ans, dont 1 Md € d'ici à 2022, au renforcement du report modal dans le transport de marchandises.

Ce budget devra notamment permettre d'améliorer la performance des ports et leurs accès. Ce qui passe par un renforcement des axes fluviaux et de l'offre ferroviaire.

 

Ferroviaire

L'accent sera principalement mis sur la régénération du réseau ferré existant et les trains du quotidien. Comme le prévoit déjà la loi pour un nouveau pacte ferroviaire, 3,6 Mds € seront investis chaque année pour le renouvellement des voies. Mais c'est SNCF Réseau qui en assumera principalement la charge. L'autre priorité de l'Etat concerne la désaturation des nœuds ferroviaires, pour à la fois désengorger les gares des métropoles et augmenter leur capacité. Le coût de ce « plan de traitement des nœuds urbains saturés » s'élève à 2,6 Mds €, l'Etat y contribuant pour moitié.

Certains de ces chantiers constitueront le début des travaux de cinq lignes nouvelles, conformément aux recommandations du Conseil d'orientation des infrastructures (COI) : il s'agit des lignes Paris-Normandie, Roissy-Creil, Provence-Côte d'Azur, des lignes à grande vitesse Bordeaux-Toulouse et Montpellier-Perpignan.

Tous ces projets seront phasés, calés plus ou moins sur le scénario médian du COI. L'inconvénient : il faudra encore patienter avant de les voir se concrétiser intégralement, ce que les territoires auront peut-être des difficultés à entendre.

 

Route

Le gouvernement a défini comme priorité absolue l'entretien des réseaux, et notamment routiers.

Rappelons qu'entre 2007 et 2017, l'Etat y a consacré en moyenne 666 M€ par an. Une somme visiblement insuffisante puisque l'état du réseau national non concédé s'est dégradé dans le même temps. Dès le budget 2018, le gouvernement avait décidé d'augmenter les moyens à allouer, et l'enveloppe était ainsi passée de 700 à 800 M€. Ce mouvement doit se poursuivre, quoique pas aussi rapidement qu'annoncé initialement : 815 M€ en 2019, puis 850 M€ par an entre 2020 et 2022, pour atteindre les 930 M€ à partir de 2023. Une montée en puissance progressive qui doit permettre de se doter des capacités industrielles nécessaires à la conception et à la réalisation des projets, explique le ministère des Transports.

Par ailleurs, le gouvernement promet de mobiliser spécifiquement 1 Md € pour la mise en œuvre d'un plan de désenclavement des territoires ruraux et des villes moyennes. Ce budget servira à financer une vingtaine de chantiers sur dix ans, tels que la mise à 2 x 2 voies de la route Centre Bretagne, l'autoroute Toulouse-Castres, les améliorations de la RN 122 vers Aurillac ou de la RN 116 entre Perpignan et Prades. Tous seront inscrits dans les contrats de plan Etat-région (CPER), dont le rythme des dépenses devrait augmenter de 25 %, promet la ministre des Transports.

Commentaires

Le canal Seine-Nord Europe sort la tête de l'eau

Votre e-mail ne sera pas publié

Bruno

21/09/2018 15h:01

Un article qui semble intéressant

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Conduire son chantier en 70 fiches pratiques

Conduire son chantier en 70 fiches pratiques

Date de parution : 11/2018

Voir

Le Moniteur n°6000 du 26 octobre 2018

Le Moniteur n°6000 du 26 octobre 2018

Date de parution : 10/2018

Voir

50 outils pour la conduite de chantier

50 outils pour la conduite de chantier

Date de parution : 03/2018

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur