En direct

Le BTP vent debout contre le compte pénibilité
Le BTP vent debout contre le compte pénibilité - © © Rachid Marai

Le BTP vent debout contre le compte pénibilité

Laurent Duguet |  le 20/02/2015  |  Droit socialTravailHygièneImmobilier

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Entreprises
Droit social
Travail
Hygiène
Immobilier
Valider

Le 1er janvier 2016 entrent en vigueur les six derniers facteurs du compte pénibilité (postures pénibles, vibrations, manutention, températures extrêmes...). Ils concernent au premier chef le BTP. Mais les fédérations professionnelles restent très hostiles à un dispositif qu'elles jugent inapplicables. Article extrait du Moniteur Entrepreneurs Installateurs à paraître le 24 février.

Début 2016, l’ensemble du secteur du bâtiment devra mettre en place un compte personnel de prévention et de pénibilité, tenant compte de l’exposition de chaque salarié à des facteurs de risques. Alimenté en points tout au long de la carrière d’un salarié, le compte donnera droit à des formations et des heures non travaillées. Le salarié pourra anticiper au mieux de deux ans sa retraite.

Les entreprises oscillent entre anxiété et colère. «?Quelqu’un au gouvernement s’est-il au moins demandé comment les artisans allaient remplir ce compte, dont le terme de pénibilité est une formidable erreur de communication à l’égard des jeunes générations???», s’emporte Patrick Liébus, président de la Capeb. L’incompréhension gagne les TPE. «?Je suis totalement opposé à remplir une fiche qui n’a aucun sens, explique Didier Lindron, chauffagiste et président de la FFB de l’Allier. Courber le corps à 30° est considéré comme un geste pénible. Et à 29°, ça ne l’est pas?? Cela est absurde?! Je préférerais m’entretenir une fois par mois avec mes salariés sur la pénibilité que passer mon temps à remplir ces fiches?!?»

Quid de la pénibilité pour les artisans??

La création par le Premier ministre d’une mission d‘accompagnement formée du député Christophe Sirugue et du chef d’entreprise Gérard Huot n’a pas calmé les esprits. «?La mission est la reconnaissance que le système est inapplicable, estime Jacques Chanut, président de la FFB. Nous allons les écouter et, s’ils ont à cœur de trouver des propositions concrètes, nous serons à leur disposition.?» Contacté sur le plan de route, aucun membre de la mission n’a souhaité s’exprimer, soulignant que les conclusions seront rendues en juin. Certains suggèrent de simplifier ce qui est qualifié par d’aucuns d’usine à gaz, en accordant, par exemple, un départ à la retraite anticipé pour certains métiers dont la pénibilité est avérée.

«?S’il y avait une réelle solidarité, nous n’en serions pas là?», lance Patrick Liébus, qui enchaîne?: «?Pourquoi les artisans n’y auraient-ils pas droit eux aussi, à l’instar de certains régimes spéciaux?? C’est une injustice?!?»

Enfin, même si son application est redoutée, le compte pénibilité est loin d’être la priorité. «?Avouez qu’il y a une erreur de timing, se désole Jacques Chanut. Imposer une nouvelle contrainte administrative qui aura un surcoût, face à des travailleurs détachés à qui rien ne sera imposé, les entreprises ont vraiment mieux à faire, comme sauver leur activité, non???»

Et vous, qu'en pensez-vous ? Répondez à notre sondage en ligne sur la pénibilité.

«?Démarche complexe, approche vertueuse?» 3 questions à Clément Baller, fondateur des Experts HSE

Comment appréhender la mesure de la pénibilité??

La pénibilité est quantifiée par l’intensité et la période d’exposition. Sa prise en compte peut se faire selon une approche macro, avec une fiche appliquée à chaque métier, ou une approche individuelle qui tienne compte des risques identifiés dans le document unique. Toute la complexité du BTP repose sur des personnes souvent polyvalentes, exposées sur des sites différents d’un chantier à l’autre.

Comment collecter et traiter ces informations??

Nous avons accompagné des entreprises qui ont expérimenté cette démarche dès 2012. Un chef de chantier réalise un reporting hebdomadaire pour chaque salarié en quantifiant le temps d’exposition avec les critères d’intensité. Nous avons élaboré un logiciel générant des fiches de pénibilité annuelle en important la base RH depuis le logiciel de paie.

Pourquoi ne pas attendre le 1er janvier 2016??

Il est préférable de s’y pencher maintenant?! Pour mettre en place le compte pénibilité, l’employeur devra avoir établi son document unique, pour connaître les risques dans l’entreprise et les actions à prévoir. Même si le compte pénibilité est complexe, il faut l’appréhender comme une démarche vertueuse pour la santé et la sécurité des salariés.

Témoignages d'entreprises : Votre métier est-il pénible ?

Philippe Glories, isolation thermique, deux salariés, Saint-Amans-Soult (Tarn)

«?Franchement, non?! Nous avons des chantiers de plus en plus importants, comme la maison de retraite que nous réalisons actuellement, mais nous ne sommes pas fatigués pour autant en fin de journée. Contrairement à d’autres métiers pour lesquels la pénibilité est évidente, ce n’est pas notre cas. Nous n’avons pas l’impression de forcer et nous disposons d’engins de levage adaptés.?»

Jean Salas, maçon travaillant seul, Frontignan (Hérault)

«Que vous le vouliez ou non, la pénibilité existe dans mon métier. Issu d’une famille de maçons, j’ai commencé à 15 ans comme manœuvre à porter des sacs de 50 kg. Les conditions de travail se sont améliorées, grâce aux chariots élévateurs ou aux machines à projeter. Néanmoins, avec la meilleure volonté, les maçons partent souvent avant l’âge légal de la retraite.?»

Didier Lindron, plomberie-chauffage, sept salariés, Montmarault (Allier)

«Depuis vingt ans, nous avons fortement amélioré les conditions de travail et réduit la pénibilité chez nos salariés, grâce aux EPI, à un matériel aux normes, à des outillages spécifiques, des chariots élévateurs ou des hayons pour le chargement des camions. Parce que nous reconnaissons la pénibilité de notre métier, la formation et l’information sont prioritaires dans notre entreprise.?»

Sylvie Mentor, menuiserie aluminium, 20 salariés, Toulon-Sainte-Musse (Var)

«?Oui, mais elle dépend des postes de travail. En fabrication, nous avons fait évoluer les postes de travail depuis cinq ans pour réduire le transport de poids et apporter un meilleur confort. Pour la pose, il est difficile de réduire le poids des charges, mais nous avons sensibilisé les salariés au risque routier. Enfin, nous œuvrons à la réduction du stress chez les conseillers techniques, les commerciaux et les chargés d’affaires.?»

Commentaires

Le BTP vent debout contre le compte pénibilité

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Code commenté de la commande publique

Code commenté de la commande publique

Date de parution : 09/2019

Voir

Maisons individuelles passives

Maisons individuelles passives

Date de parution : 07/2019

Voir

Règlement de sécurité incendie ERP avec historique des versions

Règlement de sécurité incendie ERP avec historique des versions

Date de parution : 07/2019

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur