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Le BTP, première victime de la chute de l'investissement public local
L'investissement public local est nécessaire car il en va de la survie du tissu local, notamment des entreprises du BTP. - © © JN / SDA

Le BTP, première victime de la chute de l'investissement public local

Nohmana Khalid |  le 13/02/2017  |  EtatADCF

Élus locaux, représentants de l’Etat, économistes et fédérations professionnelles sont unanimes : il est plus que nécessaire que les collectivités locales investissent dans les infrastructures et le bâtiment malgré les incertitudes structurelles. Et ce, dans l'intérêt du secteur du BTP qui est en première ligne.

 Un décrochage massif. « Fin 2016, l'investissement public a atteint son niveau le plus bas depuis 1952, soit 3,35% du PIB », alerte l'économiste de l'Observatoire français des conjonctures économiques, Mathieu Plane, lors d’un colloque de l'Association des communautés de France (ADCF) le 10 février. Le constat de l’OFCE est parlant : actuellement, 15 milliards d’euros sont investis en moins chaque année par rapport à la situation d’avant crise de 2008. Deux composantes expliquent ce décrochage : la chute de l'investissement net des collectivités en ouvrages de génie civil et en bâtiments non résidentiels. « L’investissement net permet de savoir si la personne publique a investi plus que la dépréciation du capital public », rappelle Mathieu Plane. Si depuis 2002, les collectivités étaient seules à contribuer à l'accroissement des capacités publiques en ouvrages de génie civil, leur investissement net a baissé de 0,4 point de PIB depuis la crise de 2008, remarque-t-il. Et pour la première fois, en 2015, l’investissement net local est négatif en matière de bâtiments non résidentiels ».

Une commande publique en chute

L'Observatoire de la commande publique (piloté par l’ADCF et la Caisse des Dépôts à partir des données de « Vecteur Plus1 »), qui va dévoiler les résultats de l'année 2016 le 21 février prochain, confirme un récent décrochage. « Si beaucoup de personnes publiques ont accéléré leurs commandes en 2015 et au premier trimestre 2016 par anticipation des changements de la réglementation des marchés publics au 1er avril 2016, il y a eu un trou d'air l'été dernier, explique Nicolas Portier, délégué général de l'ADCF. Le recul est d'environ 4 milliards  d'euros par rapport aux résultats de l'observatoire présentés en 2016. Les marchés de travaux - mis à part les chantiers d'accessibilité - en ont le plus souffert, l’ingénierie et les services sont restés stables », dévoile l’association. Selon son délégué général, « le BTP repart un peu en ce moment avec le bâtiment privé ».

Un contexte d'incertitudes

La fusion des intercommunalités et les transferts de compétences n'ont pas aidé. « Les acteurs ont besoin de stabilité pour avoir de la visibilité et donc investir », indique Édouard Noël, responsable du marché secteur public de la Caisse d'épargne. L'ADCF prône d'ailleurs une pause institutionnelle dans l'organisation territoriale. A cela s'ajoute la baisse des dotations aux collectivités. Charles-Éric Lemaignen, président de l'association estime qu’elle va continuer, mais la question est surtout de savoir à quel rythme et jusqu'à quel niveau.

Le BTP, le tissu local le plus impacté

Pourtant, investir est plus que jamais nécessaire, car il en va de la survie du tissu local. Les entreprises du BTP sont en première ligne ! « Le secteur du bâtiment en France compte environ 300 000 entreprises - hors microentreprises et autoentrepreneurs - dont 280 000 entreprises de moins de 11 salariés, 19 400 de moins de 50 salariés, et seulement 1 600 entreprises de plus de 51 salariés, et 200 structures de plus de 200 salariés, rappelle Alain Piquet, vice-président de la Fédération française du bâtiment (FFB). Sachant que 20% de l'activité du BTP émane de la commande publique, elle-même provenant à 75% des collectivités locales. « Autant dire que nous sommes dans votre tissu économique et sommes complètement impactés par vos activités », résume Alain Piquet. Et de préciser « qu’une baisse sensible et continue de la commande publique pourrait représenter entre 40 000 et 50 000 d’emplois en moins dans le secteur du bâtiment fort d'un million cent mille salariés. » La question de l'achat local s'est alors invitée au débat. Nombreux sont ceux qui mettent en place des actions pour que les investissements n’échappent pas à leur tissu économique (voir Focus).

Pourtant, « c'est par l'emploi dans le BTP qu'on arrive à maintenir un dynamisme local », pointe Rémi Rebeyrotte, président de la communauté de communes du Grand Autunois Morvan. Mathieu Plane confirme. « Le secteur du BTP est le premier bénéficiaire des gains d’emplois générés par l’investissement public local et il stimule d’ailleurs les services et l'industrie ». L’économiste évoque l'effet du « multiplicateur budgétaire » : « Un point de PIB investi peut créer entre 1,2 et 2,5 points de PIB d'activité supplémentaire. Or 1,2 point de PIB pourrait équivaloir à un gain de près 280 000 emplois, dont près de la moitié bénéficie au BTP ».

Mieux investir

Des pistes pour mieux investir ont été évoquées : faire un cadrage technique prospectif notamment via les programmes pluriannuels d’investissement, organiser la coopération entre les différents acteurs pour mieux répartir les efforts entre les personnes publiques, évaluer l'utilité économique, sociale et environnementale des projets pour bien les trier, et enfin mieux entretenir son patrimoine en y affectant 80% des dépenses d’investissement contre 50 à 60 % aujourd'hui, quitte à le faire au détriment d’investissements nouveaux, résume Jean-Michel Charpin, inspecteur général des finances et co-auteur de la Revue de dépenses sur le patrimoine des collectivités locales (mai 2016).

Mathieu Plane de l'OFCE dresse plusieurs raisons incitant les personnes publiques à investir. Le stock vieillissant des infrastructures nécessite des investissements publics et privés de l'ordre de 60 milliards d'euros, dont 20 milliards par les collectivités locales. Et plus on attend, plus l'investissement revient cher. "C'est le cas par exemple pour le revêtement des routes, qui lorsqu’il n’est pas réalisé à temps, coûte deux à quatre fois plus cher", note l'économiste. "Il en sera de même pour les travaux relatifs à la transition énergétique", prédit-il. L’investissement public est d’autant plus souhaité que, selon lui, le renforcement des réseaux de transports, d’énergie, de télécommunications accroît la compétitivité d'une économie, stimule l'investissement privé et augmente son potentiel de croissance. A tous ces arguments s'ajoutent des conditions de financement favorables avec des taux d'intérêt publics très bas, autour de 1% à 10 ans contre 4,5% à la mi 2008, et qui le resteront encore pour un moment. Enfin pour Mathieur Plane, l'investissement est une contrepartie à l'endettement laissé aux générations futures.

Les pistes pour faire travailler le tissu local

« Si les règles de la commande publique interdisent d’exercer une préférence locale dans ses marchés publics, nous travaillons avec la FFB et la FNTP pour identifier les outils légaux à mettre dans nos cahiers des charges pour faciliter l’accès des entreprises locales tels que le critère carbone ou les délais de livraison », explique Charles-Éric Lemaignen, également président de la Communauté d'agglomération d'Orléans.

S’informer

Lucie Ruat, inspectrice des finances et co-auteure de la Revue de dépenses sur la fonction achat des collectivités (avril 2757575033493349334916) confirme : « La politique d’achat est encore aujourd’hui un espace largement ouvert pour les initiatives locales. L’interdiction de la préférence géographique n’empêche pas de préparer les marchés de sorte que les petites entreprises puissent y répondre. Le développement des relations entre l’acheteur et les fournisseurs est indispensable. Le sourçage permet de comprendre les capacités des fournisseurs sur le marché et adapter les commandes à ces derniers. »

Informer

La communauté de communes du Grand Autunois Morvan est allée encore plus loin. « Après chaque vote du budget communautaire, nous présentons aux entreprises locales les futurs projets d’investissements locaux pour le mettre en alerte, rapporte son président Rémi Rebeyrotte. Ainsi, la collectivité a créé une structure pour notamment former les entreprises de son territoire à la certification « RGE » (reconnu garant de l’environnement) avant d’introduire cette exigence de qualification dans ses marchés publics. Elle les aide également à former des groupements d'entreprises. La communauté d'agglomération Lisieux Normandie diffuse, elle, tous ses marchés publics à tous les commerçants et les artisans via les chambres consulaires.

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