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Le BTP peine à trouver ses repreneurs

laurence francqueville |  le 29/06/2012  |  EntreprisesFrance entière

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Transmissions d’entreprises -

L’observatoire du groupe bancaire BPCE montre un comportement atypique des dirigeants du BTP par rapport aux autres secteurs, que ce soit dans les motivations, les formes ou les modalités de la cession.

Sortir des estimations et analyser le processus de transmission d’entreprise. Voilà l’objectif de l’étude menée par BPCE. En exclusivité pour « Le Moniteur », le focus réalisé sur les cessions d’entreprises de 10 à 5 000 salariés montre que de tous les secteurs d’activité, le BTP est le plus atypique et le plus fragile. Il se caractérise en effet par un faible taux de cession (3,4 % contre 5,6 % tous secteurs confondus) mais aussi par un fort taux de disparition (4,6 % contre 3 %). Et se renouvelle donc plus par création que par cession. Le fort taux de disparition s’explique par un tissu d’entreprises plus vulnérable, comptant davantage de PME (66 % contre 57 % ailleurs), le plus souvent indépendantes (68 % contre 42 à 49 %) et ayant un statut juridique assez simple (68,5 % de SARL contre 53,5 % en moyenne, un tiers de SAS de moins qu’ailleurs), particulièrement dans le bâtiment. De plus, la part d’entreprises « fragiles » est importante (25 % contre 17 % en moyenne, selon pH Group). « Ces facteurs structurels n’expliquent pas le faible taux de cession du BTP », précise toutefois Alain Tourdjman, directeur des études de BPCE. Et contrairement aux idées reçues, ce taux y reste très inférieur comparé aux autres secteurs quel que soit l’âge du dirigeant. La fréquence des cessions augmente davantage avec la taille de l’entreprise : 18 % par exemple à 45-50 ans pour les entreprises de plus de 250 salariés, contre 3 % pour les 10-19 salariés. Un rapport qui ne varie guère, même à 60 ans, barrière symbolique qui n’existe pas pour les chefs d’entreprise. « Il n’y a pas véritablement de marché de la transmission pour les TPE », admet Alex Conil, secrétaire général de la FFB du Languedoc-Roussillon, qui a initié « Transmibat » en 2002, un dispositif d’accompagnement du cédant (jusqu’à deux ans avant cession) et du repreneur (trois ans après).

Le BTP se distingue aussi par la forte proportion de cessions intrafamiliales (22 % contre 13 % en moyenne). Un chiffre en ligne avec ceux de la FFB Languedoc-Roussillon. A contrario, les cessions onéreuses, via un holding ou la reprise par les salariés, sont limitées (voir ci-contre). La forte présence des entreprises de taille intermédiaire (ETI) dans la reprise est également surprenante, avec un taux près de deux fois supérieur (32 %) aux autres secteurs pour les plus de 50 salariés. Parallèlement, les rachats par des holdings sont plus rares (8 % contre 16 % en moyenne).

Une indispensable préparation

Le prix de cession reste bien inférieur dans le BTP (300 000 euros contre 500 000 en moyenne), relève l’étude de BPCE : « Ou il n’est pas une priorité, ou il reflète la difficulté à trouver le fils spirituel, voire l’incapacité à faire de l’entreprise un actif cessible », estime Alain Tourdjman. « La valorisation est un peu meilleure dans les travaux publics grâce au parc matériel, mais la notion de fonds de commerce est sans doute moins évidente que dans d’autres secteurs », admet Jacques Allemand, président du groupe de travail sur la transmission à la FNTP. Un constat que tempère Alex Conil : « A partir de 5-10 salariés, les entreprises un peu structurées savent qu’elles ont quelque chose à vendre. Il faut toutefois mettre les choses en bon ordre et ne pas surévaluer le prix par rapport au marché. » Comme ailleurs, l’enjeu de la cession se situe surtout dans la relation de confiance établie avec le repreneur. Mais plus qu’ailleurs, pérennité de l’activité et maintien de l’emploi sont très prégnants dans le BTP. Interrogés par BPCE, les cédants privilégient à 54 % la cession à un enfant ou un conjoint (contre 34 % en moyenne) et seulement 19 % aux salariés (30 % en moyenne). FFB et FNTP confirment que les ventes à une personne extérieure se réalisent le plus souvent en toute discrétion, pour ne pas fragiliser la société, au gré de l’intuitu personae. « On parle souvent de 1000 jours minimum pour préparer une succession », estime Jacques Allemand. Mais comme tout est affaire d’anticipation, plus tôt on s’y prend, mieux c’est.

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GRAPHIQUE - 652855.BR.jpg - © source : Observatoire BPCE
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PHOTO - 652800.BR.jpg - © Gogny/BPCEsource : Observatoire BPCE
« L’entreprise de BTP est difficile à valoriser »

« Le faible taux de cession et un fort taux de disparition, notamment chez les dirigeants âgés, traduisent, spécifiquement dans le BTP, une difficulté à trouver un repreneur et à valoriser l’entreprise indépendamment de son dirigeant. Les constructeurs aspirent pourtant à transmettre plus vite que leurs homologues. Au regard des autres secteurs, plusieurs signes témoignent d’une certaine usure au travail : des intentions de départ en retraite plus précoces, des souhaits de reprendre une autre activité moins fréquents… En revanche, les transmissions intrafamiliales sont plus courantes. On peut interpréter cette pratique comme typique d’un secteur où la transmission filiale du savoir-faire s’est perpétuée, mais probablement aussi comme un choix par défaut révélateur d’une difficulté à valoriser un capital plus aisément reproductible par création que dans d’autres secteurs. Il reste que le vieillissement des dirigeants est moins marqué dans le BTP. Cet atout conduit à formuler deux hypothèses : est-il dû à un phénomène préoccupant de disparition des PME dont les dirigeants sont âgés, propre à ce secteur, ou bien est-il lié à un renouvellement de cette population dans une période récente ? L’accélération du vieillissement serait alors devant nous. »

1 193

cessions d’entreprises de BTP de 10 à 5 000 salariés recensées en 2010 sur un total de 12 315. A comparer à 1 627 disparitions.

134 634

employés concernés par une cession ou une disparition.

80 %

des opérations se font à un prix de cession inférieur à 300 000 euros dans le BTP, contre 500 000 euros en moyenne tous secteurs confondus.

58 %

des cessions recensées interviennent avant les 55 ans du dirigeant.

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