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Le bois français a-t-il les moyens de se développer dans la construction ?
Grume de la forêt de Tronçais - © © Eric Leysens

Le bois français a-t-il les moyens de se développer dans la construction ?

eric Leysens |  le 05/04/2011  |  LandesEuropeFrance entièreTechnique

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La problématique de la filière bois en France ne se résume pas à des forêts morcelées et difficiles d'accès ; l'inexploitation des feuillus par rapport aux résineux ou encore l'émergence de la concurrence vis-à-vis de l' utilisation du bois comme combustible sont des réalités auxquelles les acteurs devront également être confrontés. La nouvelle association "France Bois Industries Entreprises" les a publiquement mises en avant, mardi 5 avril.

La balance commerciale de la filière bois en France est largement déficitaire. Autrement dit, malgré une ressource forestière abondante, la France importe plus de bois et de produits dérivés qu'elle n'en exporte. C'est ce paradoxe que pointait le chef de l'Etat lors d'un déplacement dans le Bas-Rhin, au printemps 2009. Nicolas Sarkozy annonçait alors un plan bois « extrêmement puissant», avec notamment la multiplication « par dix de l'utilisation du bois dans la construction ». Si le Président insistait sur la construction bois, c'est que le bâtiment est le premier débouché de la filière bois française (sur 1m³ de résineux, 0,7 servira pour la fabrication d'un matériau de construction). Ces dernières années, la demande pour la construction bois a augmenté. Des indicateurs comme le rachat par Bouygues de la société Ossabois ou par Vinci de plusieurs entreprises de fabrication de matériaux de construction bois traduisent ce phénomène. Mais cette croissance est loin d'avoir le caractère exponentiel annoncé par le président de la République. Plus 20% de demandes en construction bois sur les 5 dernières années, chiffre qu'il faut relativiser par la place encore minoritaire du bois dans la construction neuve : autour de 5%, soit très peu en comparaison des blocs béton qui représentent 60% des choix constructifs.
Pourtant, le bois, renouvelable et stockeur de CO2, a bien des avantages à faire valoir.
Les industriels français du bois, regroupés au sein de l'association « France Bois Industries Entreprises » (Fbie), créée il y a seulement quelques mois, ont bien l'intention de le faire savoir. Lors d'une rencontre avec la presse, mardi 5 avril, intitulée « Y a-t-il assez de bois en France pour couvrir les besoins des industries et des entreprises ? », ils ont exposé les raisons qui, selon eux, empêchent la France d'exploiter au mieux sa forêt et freinent le développement d'une filière bois.

Concurrence entre les usages

A la Fbie, on préfère parler de complémentarité avec le bois-énergie (utilisation comme combustible) plutôt que de rivalité. Pourtant, les acteurs de l'industrie du bois dit d'œuvre (poutres) et d'industrie (panneaux), par distinction du bois-énergie, ressentent une concurrence grandissante. "L'Angleterre va devoir importer 30 millions de m3 chaque année pour se chauffer. L'Allemagne ferme des usines neuves de fabrication de panneaux à cause de la concurrence avec les pellets. On voit même du bois des Landes partir pour alimenter des chaudières finlandaises". Laurent de Sutter, président de l'Union des industries de panneaux de process et lui-même industriel, regarde l'actualité des pays voisins avec une inquiétude certaine.
Pointant implicitement le Fonds chaleur renouvelable, qui vise notamment à subventionner la mise en place de chaufferies biomasse, il estime que les subventions devraient être "réorientées au profit de tous". Laurent de Sutter insiste également sur la nécessité de prioriser les usages de la ressource. D'abord les produits à forte valeur ajoutée, le bois d'œuvre, puis la fabrication de panneaux et seulement ce qui reste pour l'énergie. Il remarque qu'en Belgique pour bénéficier d'un certificat vert, le bois-énergie doit être un résidu du bois d'œuvre. Pour le représentant des fabricants de panneaux de process, le pellet est une « aberration » écologique et est nettement moins intéressant en termes de création d'emplois. Néanmoins, Laurent de Sutter reconnaît que, pour que la complémentarité entre les usages puisse se mettre en place, les acteurs français du bois d'œuvre et d'industrie devront améliorer les processus de récupération des déchets de leurs activités, seule matière selon lui susceptible d'être utilisée pour la production de chaleur.
Si ce manque de complémentarité entre les diffèrents acteurs peut laisser apparaître un conflit d'usage, ce n'est pas là que les acteurs de la Fbie entendent expliquer les difficultés d'approvisionnement de la filière.

1/3 de la forêt française est constituée de résineux dont 2/3 des récoltes finiront en produits de construction

Feuillus VS résineux

Contrairement aux résineux (pin, épicéa), les feuillus (hêtres, chênes), principalement plantés en plaine et représentant 2/3 de la forêt française, sont largement sous exploités. Leur taux de renouvellement naturel dépasse celui de leur exploitation. La sous-exploitation actuelle de cette ressource a des origines historiques. Depuis 1900, les feuillus était utilisés majoritairement pour les meubles en bois massif, aujourd'hui plus rares, et pour les traverses de chemin de fer qui sont maintenant souvent en béton, notamment pour les lignes TGV. Tandis que les résineux sont, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la matière première des fermettes ou autres élements de structure. 
Mais alors, pourquoi ne pas utiliser aujourd'hui les feuillus, à la place des résineux, pour la fabrication de matériaux de construction ?
Ce n'est pas un problème de propriétés mécaniques. "Elles sont souvent supérieures chez les feuillus" indique Georges-Henri Florentin directeur général de l'institut technologique Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement (FCBA).
La difficulté semble plutôt d'ordre économique. La croissance d'un chêne peut être de 160 ans alors que celle d'un pin maritime peut descendre à 50 ans. Une forêt de résineux peut avoir une densité allant jusqu'à 10m³ par hectare alors que le feuillu se situe en dessous de 5m³/ha. De plus, les résineux, plus rectilignes, présentent un meilleur rendement au sciage. Bref, la compétitivité économique du résineux vis à vis du feuillu devra être nettement améliorée. "IL faudra aussi réussir à faire accepter l'arrivé de nouvelles essences dans la construction" ajoute Daniel Guinard, délégué général de la Fbie. "IL a fallu 20 ans pour que le Douglas soit accepté par le monde du bâtiment" précise-t-il. Le FCBA devrait bientôt rendre une étude mettant en avant les différentes possibilités d'usage du feuillu dans la construction.
En attendant la Fbie propose d'augmenter la plantation de résineux, de développer le recyclage des produits bois, pouvant constituer une source non négligeable, et pose le problème de la question récurrente de l'accessibilité aux ressources existantes, concernant les résineux et les feuillus.

1 famille sur 7 en France est propriétaire d'une parcelle de forêt

Forêts morcelées et difficiles d'accès

La surface de la forêt française a doublé depuis les deux derniers siècles et équivaut aujourd'hui à celle de la forêt gauloise. Mais cette forêt, argument souvent mis en avant pour expliquer sa sous-exploitation, est morcelée. Elle appartient à de nombreux petits propriétaires (1 famille sur 7 en France est propriétaire d'une parcelle de forêt) ou communes et est pour 30% de sa surface difficile d'accès (les résineux sont souvent en altitude).
D'après Daniel Guinard, Délégué Général de la Fbie, il existe un seuil psychologique de 4 hectares, en deçà duquel le propriétaire d'un espace bois n'essaiera pas d'exploiter son bois. La solution passe donc en partie selon lui par le regroupement de la gestion de ces petites surfaces au sein de coopératives.
"Le signal prix (le prix du bois a augmenté de plus de 30% en 2 ans) n' est pas entendu par les propriétaires et ne se répercute pas sur l'offre" indique Daniel Guinard. Il plaide donc également pour qu'une disposition fiscale soit mise en place afin d' inciter les petits propriétaires à vendre leur bois.
Au-delà des caractéristiques de la forêt française, l'implantation des industries est aussi à observer. "La région PACA qui est couverte à plus de 36% de forêts ne compte pourtant qu'une seule entreprise de pâte à papier", reconnait Daniel Guinard. Le lien entre possesseurs de bois et transformateurs doit progresser. A la Fbie, le dialogue n'est pas encore aujourd'hui établi avec les propriétaires et l'ONF, regroupés au sein de l'association France Bois Forêt. Sans discussion soutenue entre ceux qui possèdent et gèrent la foret française et ceux qui l'exploitent, la filière bois restera très loin de la multiplication par dix du bois dans la construction, annoncée il y a deux ans par le chef de l'Etat.

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