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Le bio-contrôle redessinera les espaces agricoles
- © Laurent Miguet

Le bio-contrôle redessinera les espaces agricoles

Laurent miguet |  le 06/07/2018  |  Biodiversité

Coordonnateur du consortium français actif dans le bio-contrôle, l’Institut national de la recherche agronomique identifie cette nouvelle approche de la protection des plantes comme le levier majeur pour nourrir l’humanité avec une agriculture neutre, tant du point de vue des impacts sanitaires que des émissions de gaz à effet de serre. La mise en œuvre transformera les paysages ruraux

 

« La phytopharmacie nous a appris à considérer qu’à chaque problème, correspond une solution. Le bio-contrôle oblige à penser différemment ». Directeur scientifique agriculture de l’Institut national de recherche agronomique (Inra), Christian Huyghe expose en ces termes la complexité induite par la mise en œuvre d’une nouvelle famille de produits : micro et macro-organismes, phéromones et autres substances naturelles. Coordonnés par l’Inra, 48 organismes publics et privés et privés intégrés au consortium de recherche spécialisé injectent 1 million d’euros par an.

Sortir des chapelles

« Cette organisme chapeau interagit avec des projets plus spécialisés, ce qui évite de laisser de côté certains aspects du sujet et oblige à mettre fin aux logiques de chapelle », poursuit Christian Huyghe. « Le mot clé, c’est l’intégration », complète Marc Bardin, directeur de recherche à l’unité Pathologie végétale de l’Inra à Avignon. A court terme, l’Inra espère voir le biocontrôle se hisser à 15% des 2 milliards d’euros du marché français de la protection des plantes, au lieu de 5 % aujourd’hui.

Le cynips du châtaigner apporte la preuve de l’efficacité de cette approche, dans des délais record, grâce à la coordination internationale des chercheurs : première victime de cette micro-guêpe après la Chine, le Japon s’est saisi du sujet dès les années 1970, relayé 30 ans plus tard par l’Italie, qui a ouvert l’Europe au parasite. L’accumulation des recherches menées pendant une génération a accéléré le sauvetage des châtaigniers européens, en dépit de l’obstacle identifié par Christian Lannion, chef du département Santé des plantes et environnement de l’Inra : « En moyenne, dans notre domaine, le temps qui s’écoule entre le démarrage d’une recherche et l’autorisation de mise sur le marché atteint 19,6 ans ».

Leadership sur les odeurs

La capacité des agents pathogènes à contourner l’action des auxiliaires de bio-contrôle constitue l’un des défis majeurs posé au consortium. La complexité de l’exercice redouble lorsqu’il s’agit de répondre à l’invasion de parasites polyphages comme la noctuelle du coton, originaire d’Afrique du Nord et de plus en plus présente en France. Grâce à la coopération entre chimistes et biologistes, les chercheurs placent de grands espoirs dans le séquençage du génome de nombreux insectes, qui permet d’identifier leur récepteur olfactif : « 2017 a constitué une année charnière dans la mise en correspondance entre odeurs et récepteurs », se réjouit Nicolas Montagné, maître de  conférence à l’Institut d’écologie des sciences et de l’environnement.

A côté des microbiotes végétaux, les recherches sur les odeurs font partie des domaines dans lesquels la France espère exercer un leadership mondial. Mais la mutation des comportements induite par le bio-contrôle pousse le consortium à ouvrir ses recherches au-delà des sciences dures : « Pour drainer à grande échelle la pression des bioagresseurs, le paysage joue un rôle énorme, même s’il se manipule difficilement, car qui dit paysage dit acteurs socio-économiques. Nous investissons beaucoup ce domaine depuis 10 à 15 ans », confirme Christian Huyghe. Piste majeure pour la productivité agricole grâce à l’utilisation des terres à toute période de l’année, le mélange des cultures, à l’échelle d’une région comme l’Ile-de-France, donne une idée des mutations imaginables dans les eploitations. Les agroéquipements adaptés au désherbage, dans une agriculture sans pesticides, font également partie des sujets de réflexion du consortium.

Métaprogramme

Un méta-programme, en amont du bio-contrôle, structure depuis 2012 les réflexions paysagères de l’Inra. Le consortium espère ramener le dessin des espaces de production à l’amont de la transition écologique de l’agriculture, et renouer ainsi avec une pratique ancienne, dont Christian Huyghe identifie les traces dans l’Italie et la Grande-Bretagne du XVIIIème siècle.

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