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Lancement et ripage d'un viaduc ferroviaire

JEROME HERVE |  le 31/08/2001  |  TransportsTechniqueInnovationHauts-de-SeineParis

Le tablier du viaduc ferroviaire de Bezons vient d'être remplacé en un temps record par une structure innovante.

Construit en 1896, le viaduc ferroviaire de Bezons franchit un bras de la Seine, à hauteur de l'île de Chatou, entre les communes de Nanterre dans les Hauts-de-Seine et de Bezons dans le Val-d'Oise. Il est constitué de cinq travées continues de 32,50 m de longueur chacune. Lors de plusieurs visites, de nombreux désordres ont été constatés sur le tablier, une structure en fer à poutres à treillis en croix de Saint-André avec entretoises et longerons sous rails. Philippe Ramondenc, chef du département des ouvrages d'art du patrimoine à la SNCF, explique que le métal s'est fatigué : « A cause de la modification de la disposition des atomes, le métal a tendance à fissurer. C'est un matériau très fragile qui supporte difficilement les déformations. »

Des fissures, des trous causés par des éclats d'obus lors de la dernière guerre, des ébranlements au niveau des assemblages, des phénomènes de corrosion ont conduit à remplacer le tablier par une nouvelle structure métallique à deux voies à poutres latérales (RaPL) en un temps très court pour affecter le moins possible le trafic ferroviaire... Les entreprises ont travaillé du 4 au 14 août pour réaliser cette opération, la voie étant restituée le 20 août.

Un tablier innovant

Les travaux préparatoires ont consisté d'abord à renforcer les fondations de la pile sur l'île de Chatou et à procéder à des injections dans les massifs de fondations des trois piles en rivière afin qu'elles puissent supporter l'augmentation de la charge permanente du tablier (1 000 t pour l'ancien, 2 400 t pour le nouveau). Les culées sont en revanche refaites. Le tablier est assemblé sur une aire de préfabrication côté Paris. La conservation du gabarit de navigation a conduit à retenir un ouvrage à poutres latérales plutôt qu'un tablier à poutres par-dessous. Il s'agit d'une structure à âme pleine avec dalle inférieure à poutrelles enrobées transversales, équipée de deux pistes extérieures.

« La portée de ce type de pont sous gabarit bas est limitée à environ 28 m, signale la direction de l'ingénierie de la SNCF. L'utilisation d'un acier à hautes caractéristiques (S460) ainsi qu'une optimisation de la flexibilité du tablier en termes de confort ont permis de repousser la limite de portée à 32,50 m environ. » « On a tout fait pour réduire le poids du tablier, ajoute Philippe Ramondenc. La dalle inférieure est ainsi réalisée avec un béton allégé. »

Pour le remplacement proprement dit, le nouveau tablier est lancé parallèlement à l'ancien ouvrage, côté aval, sur quatre palées provisoires fondées sur pieux métalliques. Leur nombre réduit s'explique par leur coût élevé et le souhait de réduire les obstacles pour les bateaux. Cette option a conduit à prolonger l'extrémité du tablier d'un avant-bec, le tablier devant franchir des porte-à-faux de 60 m environ.

Les quatre palées provisoires sont prolongées à l'amont de l'ouvrage pour accueillir l'ancien tablier. « Deux palées supplémentaires sont ajoutées pour éviter que le tablier, déjà fragile, ne se déforme », signale Richard Bondi, conducteur de travaux de l'entreprise Chagnaud. Le ripage de l'ancien tablier se fait par traction avec cinq vérins avaleurs de câbles, quatre de 330 t et un de 70 t. Ce dernier sera ensuite dégarni et découpé sur place.

Ces mêmes vérins sont utilisés pour riper le nouveau tablier de son estacade jusqu'aux piles de l'ouvrage. Pour réduire l'effort de traction, les ouvrages reposent sur des patins de glissement, permettant d'obtenir des coefficients de traction de l'ordre de 0,1. Arrivé à l'aplomb de son emplacement final, le tablier est alors dévériné et les platines inférieures de ses appareils d'appui sont scellées dans des bossages en béton armé.

Fiche technique

Maître d'ouvrage : Réseau ferré de France (RFF)..

Maître d'ouvrage mandaté et maître d'oeuvre général : SNCF, direction de Paris/Saint-Lazare, délégation à l'infrastructure ; maître d'oeuvre réalisation, Etablissement équipement grande banlieue.

Architecte : Aménagement Recherche Pôle d'échanges (Arep).

Entreprises : groupement Chagnaud/ETPO/Eiffel.

Montant du projet : 12,43 millions d'euros (81,54 millions de francs).

PHOTO : L'acier à hautes caractéristiques sur le nouveau tablier a permis de repousser la limite de portée de 28 m à 32,50 m.

SCHEMAS :

-Schema de principe du remplacement du tablier

- Schema de principe du nouveau tablier à poutres latérales

Le remplacement du tablier est effectué en trois étapes : lançage du nouveau tablier à l'aval du pont, ripage de l'ancien à l'amont et enfin ripage du nouveau jusqu'à son emplacement définitif.

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