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Lafarge oriente sa stratégie vers l’écologie industrielle
Le nouvel atelier de déchets solides broyés de la cimenterie de Saint-Pierre-La-Cour, en Mayenne. - © © Lafarge

Lafarge oriente sa stratégie vers l’écologie industrielle

Jean-Phillipe Defawe (Bureau de Nantes du Moniteur) |  le 23/10/2013  |  TravailConjonctureEnvironnementIndustrieInternational

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Le cimentier a inauguré lundi 21 octobre un nouvel atelier de valorisation des déchets solides broyés qui permettra à son usine de Saint-Pierre-La-Cour, en Mayenne, d’être alimentée à plus de 50% par des combustibles alternatifs. Loin d’être isolée, cette initiative s’inscrit dans une stratégie globale qui s’inspire de l’économie circulaire.

Depuis quatre ans, le premier cimentier du monde a mis en place une direction « écologie industrielle » avec pour objectif de réduire sa dépendance énergétique en valorisant les déchets. L’enjeu est de taille car l’énergie représente environ « un tiers du coût de revient du ciment » affirme Olivier Mérindol, directeur Ecologie Industrielle du groupe Lafarge. Devant la hausse inévitable du prix des combustibles fossiles, la valorisation énergétique est en effet le levier de plus efficace pour réduire la facture énergétique des cimentiers.

Certaines usines, en Allemagne, atteignent un taux de substitution de 60% des combustibles fossiles. « En Autriche, on est même monté à 100% à titre expérimental », ajoute Olivier Mérindol qui avoue aussi afficher un taux de 0% au Bangladesh. « La situation là-bas est très complexe car l’usine est à la frontière de l’Inde où se trouve la carrière et on a eu de grosses difficultés à obtenir un permis », précise-t-il.

« Mais, il est vrai qu’il est plus difficile de faire de l’écologie industrielle dans les pays de voie de développement car les réglementations ne sont pas aussi contraignantes qu’en Europe et il est souvent plus simple et moins coûteux de se débarrasser de ses déchets que de les valoriser ». Aussi, avec sa nouvelle direction de l’écologie industrielle, Lafarge tente d’organiser des filières de valorisation dans les pays où le groupe est présent. En Ouganda, l’industriel a travaillé avec des ONG pour distribuer 7 millions de plants de caféiers à 35 000 familles auxquels il rachète les cosses, excellent combustible. Depuis 4 ans, la direction de l’écologie industrielle – qui emploie quelque 400 salariés - multiplie les initiatives de ce type, la plupart du temps en toute discrétion afin de garder un avantage sur les concurrents. L’industriel a même été jusqu’à décrocher le marché des déchets d’une ville de 1,6 millions d’habitants pour pouvoir les maîtriser et alimenter sa cimenterie voisine. Une trentaine de filiales dans le monde a ainsi été créée pour organiser la filière déchet. En France, il n’y a pour l’heure qu’une filiale de ce type : la Coderes, près de la cimenterie de Saint-Vigor-d’Ymonville, près du Havre, qui fonctionne comme une plateforme unique pour la France.

50% de combustibles alternatifs en 2020

Aujourd’hui, la part des combustibles alternatif est d’environ 20% et le groupe s’est donné comme objectif d’atteindre 50% en 2020. En France, avec son nouvel atelier DSB (Déchets Solides Broyés), la cimenterie de Saint-Pierre-La-Cour (53) - la plus grande de France – dépasse le cap des 50%.

«  L’objectif est d’atteindre un taux de 75 % à horizon 2015, avec l’ouverture d’un second atelier de valorisation des déchets locaux » précise Gilles Benveniste, directeur de la cimenterie. Depuis 2006, cette usine, dont la capacité de production est de 1,6 million de tonnes de ciment par an, utilise majoritairement des pneus broyés comme combustibles alternatifs. « Le pneu est un excellent combustible pour un cimentier. En 2012, la cimenterie a fêté la valorisation de son 10.000.000ème pneu, soit 75 000 tonnes ! On a démarré avec les farines animales à la demande de l’Etat et on valorise également des semences impropres, des gaines de câbles ou encore des sciures de bois » ajoute-t-il en précisant que plus de 60% de tous ces déchets proviennent des régions Pays de Loire et Bretagne.
Par rapport à l’incinération classique qui peut dégager des dioxines, les cimenteries possèdent un avantage de taille : « la flamme ». Ce four indispensable au process de fabrication du clinker, composant principal du ciment nécessite une température très élevée de 2000°C qui détruit intégralement toutes les fractions organiques résiduelles.  En plus, la fraction minérale des cendres devient un composant intrinsèque du ciment.
Outre cette valorisation énergétique, les cimentiers tentent de valoriser la matière. Une partie des matières premières issues des carrières (calcaire, argiles, gypse…) peut être substituée par des déchets minéraux. Ces déchets peuvent être des moules de fonderies, des laitiers de haut fourneau, ou des cendres des centrales thermiques comme Cordemais. Différentes industries deviennent ainsi interdépendantes. Les résidus d’une structure sont valorisés dans le processus de production d’une autre : c’est ce que l’on appelle l’écologie industrielle.

Economie circulaire

« L’écologie industrielle présente des intérêts partagés : réduction de la facture énergétique, économie des ressources naturelles, réduction des émissions de gaz à effet de serre, solution locale à l’élimination des déchets sans enfouir, et enfin développement d’une économie circulaire sur le territoire avec des emplois locaux pérennes » explique Olivier Mérindol en précisant que tous ces intérêts sont interdépendants.
Cette vision de l’industrie du ciment se heurte de plein fouet à une autre vision, moins vertueuse mais en pleine expansion : celle des centres de broyage installés dans des ports pour importer du clinker  (Le Havre, Saint-Nazaire…). Dans le grand ouest, le nouvel acteur Kercim espère ainsi prendre quelque 10% de parts de marché.

Lors de l’inauguration de l’atelier DSB de Saint-Pierre-La-Cour, Jean Arthuis, président du conseil général et sénateur de Mayenne a vivement critiqué cette forme de concurrence déloyale.

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