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Lafarge mis en examen pour complicité de crimes contre l'humanité
Les accusations portent sur la période 2011 à 2015, avant le rapprochement entre Lafarge et Holcim. - © Capture d'écran Lafarge.

Lafarge mis en examen pour complicité de crimes contre l'humanité

F.M., avec AFP |  le 28/06/2018  |  EntreprisesLafargeLafarge Holcim

Le cimentier est accusé d’avoir financé des groupes djihadistes en Syrie entre 2011 et 2015. Il entend former un recours contre des "infractions reprochées qui ne reflètent pas équitablement les responsabilités de Lafarge SA".

Lafarge s’embourbe un peu plus dans le sulfureux dossier syrien. Le cimentier franco-suisse a été mis en examen ce jeudi 28 juin, notamment pour "complicité de crimes contre l'humanité", après avoir été accusé d'avoir financé des groupes djihadistes dont l'organisation Etat islamique en Syrie, sur une période courant de 2011 à 2015, a-t-on appris de source judiciaire.

Entendu ce jeudi par les trois juges chargés de cette enquête hors norme, Lafarge SA, holding actionnaire majoritaire de la filiale syrienne Lafarge Cement Syria mise en cause, est également poursuivi pour "financement d'une entreprise terroriste" et "mise en danger de la vie" des anciens salariés de l'usine de Jalabiya, dans le nord de la Syrie.

Lafarge va former un recours

Cette décision est "conforme" aux réquisitions du parquet de Paris, a précisé la source judiciaire. Lafarge SA est soumis à un contrôle judiciaire comprenant une caution de 30 millions d'euros. Lafarge a annoncé qu'il contesterait des "infractions qui ne reflètent pas équitablement (ses) responsabilités".

Dans un communiqué, "Lafarge SA reconnaît que le système de supervision de sa filiale syrienne ne lui a pas permis d'identifier les manquements survenus à la suite d'une violation sans précédent des règlements et des règles de conformité internes par quelques personnes qui ont quitté le groupe".

Cependant, l'entreprise entend exercer un recours contre des "infractions reprochées qui ne reflètent pas équitablement les responsabilités de Lafarge SA", annonce-t-elle, sans préciser si elle vise ainsi l'intégralité des chefs d'inculpation ou une partie seulement

Huit inculpations ces derniers mois

Après huit inculpations ces derniers mois de cadres et dirigeants - dont l'ancien PDG de Lafarge de 2007 à 2015, Bruno Lafont - pour financement d'une entreprise terroriste et/ou mise en danger de la vie d'autrui, c'était au tour de Lafarge SA de s'expliquer devant les deux juges financiers Charlotte Bilger et Renaud Van Ruymbeke, co-saisis du dossier avec un juge antiterroriste David de Pas.

Sur le même sujet Lafarge en Syrie : trois responsables en garde à vue, dont l'ex-PDG Bruno Lafont

Initialement programmée le 5 juin, cette audition avait été reportée in extremis à la demande de Lafarge SA, faute de pouvoir y envoyer son ancien PDG Saad Sebbar, nommé en 2017, qui avait démissionné depuis, peu après avoir reçu la convocation. Un nouveau représentant a depuis été désigné pour assister l'entreprise jeudi au côté des avocats de LSA, Christophe Ingrain et Antonin Lévy.

Le groupe, qui a fusionné en 2015 avec le suisse Holcim, est soupçonné d'avoir versé au total via sa filiale LCS près de 13 millions d'euros entre 2011 et 2015 pour maintenir son usine de Jalabiya, alors que le pays s'enfonçait dans la guerre.

Ces sommes, qui ont bénéficié en partie à des groupes armés dont l'organisation djihadiste Etat islamique, correspondaient au versement d'"une taxe" pour la libre circulation des salariés et des marchandises, et à des achats de matières premières dont du pétrole à des fournisseurs proches de l'EI, d'après l'enquête.

« Décision historique »

A ces canaux de financement, s'ajoutent désormais des soupçons sur la possible vente de ciment au groupe EI, mis en lumière dans de récentes investigations, selon une source proche du dossier. "Lafarge a sacrifié ses salariés et pactisé avec des entités terroristes en toute connaissance de cause: cette mise en examen (inculpation) pour complicité de crimes contre l'humanité était inéluctable", a déclaré à l'AFP Marie Dosé, avocate de l'ONG Sherpa, partie civile, qui avait déposé plainte contre le cimentier en novembre 2016 avec onze anciens salariés, en visant notamment ce chef d'accusation.

La "décision historique" prise jeudi "doit décider Lafarge à prendre ses responsabilités et à ouvrir un fonds d'indemnisation indépendant afin que les victimes voient leur préjudice rapidement réparé", a réagi Sherpa dans un communiqué.

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