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Lafarge absorbe le cimentier Blue Circle et détrône Holderbank

JEAN-MICHEL GRADT, JACQUELINE MC LAURIN |  le 12/01/2001  |  IndustrieProduits et matérielsInternationalEurope

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Le no1 mondial des matériaux de construction devient leader mondial du ciment

Pour Lafarge, la conquête du titre de leader mondial du ciment passait par une campagne d'Angleterre et le contrôle du no6, le britannique Blue Circle. Malgré un premier échec, en avril 2000, de son OPA hostile - mais qui a laissé au raider 22,6 % des actions de sa cible (voir premier encadré) - c'est aujourd'hui chose faite (1) ! Leader des matériaux de construction, Lafarge (10,53 milliards d'euros de chiffre d'affaires avant l'opération) va devenir également le no1 mondial du ciment, avec une production de 151 millions de tonnes (soit + 40 % en termes de capacité), devant le suisse Holderbank, son concurrent historique.

En effet, Bertrand Collomb, le P-DG du groupe de matériaux de construction, a annoncé, le 8 janvier, le succès de son OPA, amicale cette fois, sur les 77,4 % du capital de Blue Circle qui lui échappait encore. Coût de cette opération : 3,8 milliards d'euros ; soit un total de 7,4 milliards d'euros (2) en tenant compte de l'OPA d'avril 2000, et donc « un coût inchangé par rapport à l'offre d'avril 2000 ». Façon de souligner que, contrairement aux arguments de la direction de Blue Circle, la première offre ne sous-estimait pas la valeur de la cible. Surtout, l'opération va concrétiser « la complémentarité géographique des deux groupes, notable en Asie » , et réduire l'écart avec ses concurrents en Amérique du Nord, autre marché très porteur.

Pour financer ce rachat, Bertrand Collomb annonce, d'une part, des cessions d'actifs portant sur 1,5 milliard d'euros et réalisables sous 18 mois, qui concerneront des actifs de Blue Circle, « industriels en Amérique du Nord et immobiliers en Grande-Bretagne ». D'autre part, des synergies vont jouer. Avec les réductions de coûts, celles-ci sont estimées « à 100 millions d'euros dans un délai de deux ans». Enfin, Bertrand Collomb anticipe un impact positif sur les résultats «de + 10 % du résultat par action avant Goodwill dès 2002. Alors que l'endettement retrouvera, en 2003, son niveau actuel» (3). Bref, avec Blue Circle consolidé et en tenant compte de la croissance interne, des autres rachats de l'an 2000 (voir deuxième encadré ci-dessous) et en soustrayant les 900 millions d'euros dus à la cession de Lafarge Matériaux de spécialités, le leader des matériaux de construction et du ciment va grossir d'un tiers, à 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

(1) L'offre devrait se concrétiser cet été. (2) La valorisation diffère d'une OPA à l'autre. Larfarge reconnaît, au final, un prix moyen de 273 pences par action. (3) Lafarge conserve une capacité de financement de 1,2 milliard d'euros par an.

GRAPHIQUE : Le nouveau podium mondial (Lafarge+ Blue Circle, Holderbank, Cemex, Heidelberger, Italcementi) Capacité de production annuelle de ciment en millions de tonnes .Avec 151 millions de tonnes de ciment, Lafarge Blue Circle ravit à Holderbank le leadership dans le ciment, et conforte ses positions dans les matériaux en Europe, en Asie et en Amérique du Nord.

Blue Circle : «Une question de prix»

Outre-Manche, on souligne que l'OPA hostile de Lafarge sur Blue Circle avait capoté surtout sur une question de prix. Mis au pied du mur trop vite par les fuites de la presse anglaise, Lafarge avait alors mal ciblé son offre ; visant trop bas. Une surenchère de 10 à 20 pences sur l'offre finale de 450 pences de Lafarge aurait alors, sans doute, emporté la décision et épargné au groupe et à ses banquiers les quelque 100 millions d'euros de coûts de détention en portefeuille, ainsi que les traces que laisse ce genre de conflit.

Analystes et investisseurs approuvent la logique industrielle de cette OPA, mais estiment que Blue Circle est désormais en position de force. Le groupe est déjà allé au-delà des promesses de sa défense (avec 63 millions d'euros de réduction de coûts en 2000, contre les 46 millions annoncés), et les marchés asiatiques se rétablissent. Mais les dividendes promis aux actionnaires (les 1,26 milliard d'euros) ont limité son expansion. Il est difficile d'ignorer un rival qui contrôle 32,2 % du capital. La balle est dans le camp de Lafarge et de la City, qui avait apprécié l'adresse de Bertrand Collomb lors du rachat de Redland, et compte cette fois sur une meilleure démonstration de ses talents...

Lafarge Corp. finalise sa joint-venture avec Warren

La filiale à 66 % du groupe Lafarge en Amérique du Nord, Lafarge Corp., met aussi les bouchées doubles en matière de croissance externe. Pour son P-DG, John Piecuch : «Lafarge Corp. vise, à court terme, une capacité de 120 millions de tonnes dans les matériaux de construction, soit un quasi-doublement par rapport à 1998, et 160 millions en 2005/2006.» Il a, en effet, reçu début janvier le feu vert des autorités canadiennes de la concurrence pour fusionner (1) ses activités avec celles de Warren Paving and Materials Group (filiale de KVN). Coût de l'opération : 300 millions d'euros (265 millions de dollars US) pour acquérir, notamment, la trentaine de sites de Warren dans la région des Grands Lacs (granulats, asphalte et pavés d'asphalte) et devenir ainsi le no1 au Canada, mais aussi le no3 aux Etats-Unis. Comme la moitié de la demande du secteur «construction» provient des TP, l'autre grande opération de 2000 a été le rachat de Presque Isle Corp. (pour 65 millions de dollars US). Ces deux opérations visent à tirer profit du programme fédéral pour les routes et les autoroutes.

La loi TEA-21, prévoit 217 milliards de dollars d'investissements d'ici à 2003. Et l'Ohio, l'Illinois et le Michigan, alimentés par Presque Isle, seront les premiers à en tirer les fruits, en affichant pour leurs routes une croissance de 3 % et 5 %. «En vertu de cette loi, l'aide financière fédérale pour la construction d'autoroutes dans ces trois Etats devrait augmenter de plus de 700 millions d'euros par an. Une chance pour notre branche matériaux de construction dont la rentabilité a doublé ces dernières années», reconnaît John Piecuch.

(1) «Cet accord permet la fusion des opérations de granulats, d'asphalte et de revêtements routiers de Lafarge au Canada, avec la filiale de KVN», souligne Lafarge.

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