Label Haie lance une nouvelle ère dans la gestion bocagère
Label haie bénéficie du soutien des ministères de l'Ecologie et de l'Agriculture - © laurent miguet

Label Haie lance une nouvelle ère dans la gestion bocagère

Laurent Miguet |  le 07/10/2019  |  Côtes-d’ArmorFrance entièreBiodiversité

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Paysage
Côtes-d’Armor
France entière
Biodiversité
Valider

Le lancement national de Label Haie a démontré la vertu décapante des haies, le 4 octobre à la grande Arche de la Défense : elles liaisonnent les politiques agricoles et écologiques. « Dans les institutions agricoles, les haies et l’agroforesterie fonctionnent comme un cheval de Troie pour entraîner des changements de pratiques », se réjouit la paysagiste Paule Pointereau, animatrice du label pour l’association Afac Agroforesterie.

Label haie est né d’une alchimie rare : partie d’une intercommunalité de 100 000 habitants dans les Cotes d’Armor, l’impulsion locale pour le sauvetage des haies transmute en stratégie nationale portée par les ministères de l’Ecologie et de l’Agriculture. Lancée le 4 octobre à la grande Arche de la Défense, la nouvelle certification répond à une urgence : mettre fin à l’inexorable délitement de la structure bocagère du pays, qui perd chaque année 11 500 km de haies.

Remparts fragiles

Alors même que les aides aux plantations ne parviennent pas à compenser les destructions, le patrimoine existant ne peut jouer son rôle de rempart contre l’effondrement de la biodiversité que s’il respecte des règles de gestion durable. Le cahier des charges de la certification en détaille les objectifs et les indicateurs mesurés chez les gestionnaires et les distributeurs. Garant de la traçabilité de la filière, il donne le calendrier et les modalités d’accès aux trois niveaux de Label Haie.

A partir des trois régions pilote – Bretagne, Normandie et Pays-de-Loire – l’association Afac Agroforesterie, coordinatrice du déploiement national, prévoit une couverture de l’hexagone en 2024, grâce à une stratégie d’essaimage qui reposera sur la formation de référents régionaux. A cette date, 35 000 km de haies et 3 500 agriculteurs engagés auraient dégagé l’effet de taille pour que la rémunération des services rendus par le label puisse équilibrer le financement de sa gestion.

Reconnexion agricole

L’aventure a commencé en 2015, avec la désignation de Lannion Trégor Communauté (Côte d’Armor) et de la Société coopérative d’intérêt collectif Bocagénèse comme lauréats d’un appel à projets du conseil régional de Bretagne, au titre du programme Breizh Bocage.

Pour remettre les pratiques de gestion dans une trajectoire durable, respectueuse de la biodiversité et des paysages, le territoire pilote a choisi de confier le premier rôle aux propriétaires volontaires pour valoriser leur ressource en répondant à des critères stricts, avec à l’arrivée un bilan carbone positif, grâce à des transports limités à 1 km/m3 de bois.

De l’entretien à la valorisation

« 80 % de ces propriétaires sont des agriculteurs », rappelle Catherine Moret, chargée des milieux aquatiques, du bocage et de la protection des inondations à Lannion Trégor Communauté. Cette réalité répond à une préoccupation de la région : « Le  bocage s’est trop déconnecté de l’agriculture », regrette Olivier Allain, vice-président délégué à l’agriculture. La région Bretagne et l’intercommunalité se sont appuyés sur des exploitants agricoles déterminés et enthousiastes, pour donner une place centrale à la gestion, dans la renaissance des haies.

Deux entités structurent la filière : en amont et sous diverses formes juridiques, les exploitants, le plus souvent regroupés en organismes collectifs de gestion (OCG), diffusent les nouvelles pratiques d’entretien ; à l’aval, les sociétés coopératives d’intérêt collectif collectent et valorisent les produits.

Essaimage interrégional

La robustesse du modèle tient dans sa duplication immédiate : à côté de l’intercommunalité des Côtes d’Armor, deux autres territoires co-pilotent l’expérimentation du système et des nouvelles pratiques, dans l’Orne et en Mayenne, avec le certificateur Certis. Désigné après mise en concurrence par l’association Afac Agroforesterie, cet organisme, habitué au secteur agricole, a traduit l’ambition des initiateurs dans des formulations compatibles avec une accréditation Cofrac, garante de la  pertinence technique et de l’indépendance des certifications. Les Hauts-de-France, Auvergne Rhône-Alpes et Centre Val-de-Loire devraient rejoindre le dispositif en 2021.

Développé sur mesure par la société de services informatiques 6 TM et ouvert à d’autres logiciels de gestion, un outil de mise à jour des audits internes et externes par tablette facilite la gestion du label. Des schémas signés par Paule Pointereau, paysagiste et directrice adjointe d’Afac Agroforesterie, en facilitent la compréhension.

Bocage
Bocage - © DR

La labellisation des haies s'inscrit dans le premier plan national pour l'agroforesterie, en cours d'évaluation,

Convergences agroforestières

Pour le ministère de l’Agriculture, l’essaimage interrégional tombe à pic : le déploiement d’un label de gestion durable des haies fait partie des objectifs du premier plan quinquennal de l’agroforesterie, lancé en 2015 par l’ancien ministre Stéphane Le Foll. L’évaluation en cours débouchera sur un second exercice pluriannuel. Les haies disposeront alors d’un outil susceptible de consolider leur rôle de levier, pour multiplier les synergies entre arbres et agriculture. Au salon de l’agriculture de 2020, l’entrée de l’agroforesterie dans le concours général agricole confortera cette politique.

Travaux pratiques

Mais l’alignement des étoiles gouvernementales ne s’arrête pas à la rue de Varenne : le Ministère de la transition écologique et solidaire a rejoint le ministère de l’Agriculture et de la forêt dans le financement du lancement de Label Haie, soit un total de 245 000 euros dont 215 000 de subventions également abondées par l’Agence de l’eau Seine-Normandie, l’Agence française pour la biodiversité, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie et les trois régions pilotes.

Les deux ministères vont trouver dans le suivi de la gestion des haies une occasion rêvée pour roder leur nouvel outil commun : l’Office français de la biodiversité, qui naîtra en janvier prochain de la fusion entre l’Agence française pour la biodiversité et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. En cours de développement au sein de cette dernière institution en partenariat avec l’Institut géographique national, une typologie des haies fait partie de la corbeille de mariage. Ce travail de terrain facilitera l’adaptation du label national à la diversité des territoires et des pratiques.

Bouillonnement

Catalyseur d’un catapultage des silos étanches qui ont longtemps séparé les politiques agricole et écologique, Label Haie, à peine né, peaufine sa feuille de route économique, règlementaire, scientifique et technique. Le bois bûche et les bois d’œuvre rejoindront, dans les années à venir, les indicateurs d’une certification modélisée, pour l’heure, avec des filières de valorisation énergétique déjà en service. L’entrée récente d’Afac Agroforesterie dans le comité de pilotage du label Bas carbone ouvre la perspective de la valorisation du bilan carbone des OCG et des distributeurs certifiés.


Le suivi scientifique des services écosystémiques reposera sur des états des lieux établis à partir d’un indice de biodiversité potentielle, en cours de définition avec l’Institut national de recherches agronomiques. Les agriculteurs engagés comptent sur une dynamique d’innovation, au sein du réseau des coopératives d’utilisateurs de matériels agricoles animé par le ministère, pour aboutir à une mise en marché de machines susceptibles de débloquer un verrou d’accès à la certification : l’interdiction des engins qui empêchent la repousse naturelle des haies et de leur bande enherbée.

Françoise Sire
Françoise Sire - © laurent miguet

Françoise Sire, présidente d'Afac Agroforesterie, a lancé officiellement Label Haie le 4 octobre à la Grande Arche de la Défense.

Onde émotionnelle

L’onde de choc émotionnelle provoquée par la rapidité et l’ampleur de la dynamique a traversé les parois de la Grande Arche, le 4 octobre, au point de briser parfois les voix des pionniers du label. Parmi les agriculteurs qui l’ont porté sur les fonts baptismaux, Sylvain Allard, président de la Scic Bois bocage énergie dans l’Orne, révèle l’espoir à l’échelle de son exploitation : « Le capital bocager, c’est un message à transmettre. Dans mon Gaec, les deux jeunes qui m’accompagnent, ont dessiné les chemins de plantation que nous mettrons en oeuvre l’hiver prochain. Ils ont décidé de couper en deux une parcelle de quatre hectares. J’ai gagné »…

Commentaires

Label Haie lance une nouvelle ère dans la gestion bocagère

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Le Moniteur n°6000 du 26 octobre 2018

Le Moniteur n°6000 du 26 octobre 2018

Date de parution : 10/2018

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Date de parution : 06/2018

Voir

AMC n°261 - Spécial Intérieurs 2017

AMC n°261 - Spécial Intérieurs 2017

Date de parution : 07/2017

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur