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«La ville est indispensable à notre survie», Elizabeth de Portzamparc, architecte-urbaniste
Elizabeth de Portzamparc, architecte-urbaniste. - © Serge Urvoy
Interview

«La ville est indispensable à notre survie», Elizabeth de Portzamparc, architecte-urbaniste

MARGOT GUISLAIN |  le 14/04/2020  |  CoronavirusProfessionMonde

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Pour Elizabeth de Portzamparc, présidente de l’agence 2Portzamparc, la crise engendrée par le Covid-19 souligne la nécessité de penser et de construire la ville durable dans toutes ses dimensions environnementales et sociales...

Quelles premières réflexions tirer de cet événement inédit qu’est la pandémie Covid-19?

Confrontés à une crise mondiale - sanitaire, sociale, sociétale et économique - causée par un virus originaire d’un animal sauvage, hôte d’un écosystème inadapté aux populations urbaines, nous devons prendre conscience que la survie de l’homme et de la nature sont indissociables. Cela paraît évident, mais force est de constater que nous continuons à croire en notre supériorité et en notre droit à disposer de la nature. Par exemple, en continuant à faire disparaître les territoires naturels. L’étalement urbain, qui est une illustration de cette attitude de domination, provoque un rapprochement inédit des animaux sauvages des pôles urbains, avec les conséquences qu’on connaît. C’est pourquoi, il nous faut continuer à approfondir notre réflexion sur les moyens de densifier les villes - comme le montrent Taïwan, Singapour, Séoul, villes hyper denses - où l’épidémie est pour le moment maîtrisée grâce à une politique sanitaire adéquate.

Que révèle le confinement sur la manière de vivre en collectivité qui est le propre de la ville?

En France, faute d’une infrastructure sanitaire suffisante, les innombrables chaînes de solidarité citoyennes qui se créent montrent bien - au moment même où nous sommes confinés chacun chez nous - que la ville, conçue comme un milieu de vie communautaire, dont l’espace favorise les rencontres, est indispensable à notre vie. Et c’est toute cette capacité à générer de la vie collective qui doit être plus que jamais préservée et renforcée. Et notamment par une architecture en interaction constante avec l’espace urbain, avec des bâtiments les plus ouverts, fonctionnellement mixtes, qui sont par là même générateurs de démocratie, dont on voit qu’elle est particulièrement malmenée aujourd’hui dans de nombreux pays. Par ailleurs, comme le montre l’exemple de la Seine-Saint-Denis où le taux de mortalité a augmenté de 63% entre le 21 et 27 mars (toutes causes confondues), les conditions de logement - appartements trop petits, surpeuplés, sans qualité - sont aussi un vecteur de propagation du virus, qui s’ajoute au drame pour les habitants de ne pouvoir sortir d’espaces mal conçus. Ce qui prouve encore l’absurdité de la loi Elan qui dispense les bailleurs sociaux de lancer des concours de maîtrise d’œuvre, alors que ces derniers ont démontré, depuis plus de quarante ans, leur efficacité pour favoriser l’innovation et la qualité dans l’habitat social.

Quelles perspectives se dessinent aujourd’hui en termes de construction?

Avec la crise sanitaire, les effets catastrophiques de la délocalisation de la production se font sentir. La construction n’y échappe pas. Pour construire, l’utilisation des ressources locales, le développement des circuits courts sont maintenant une question de survie. Et cela, tant pour les matériaux que pour les savoir-faire dont nous avons tous constaté la disparition sur les chantiers et qu’il s’agit aujourd’hui de faire renaître. C’est pourquoi à l’agence nous poursuivons, plus que jamais, nos recherches sur la ville et l’architecture durables. Nous créons un partenariat avec des institutions et certains de nos maîtres d’ouvrage dans ce sens. Nous nous employons à convaincre et rassembler des promoteurs et des chefs d’entreprises autour de cette démarche, en soulignant ses dimensions à la fois écologiques, économiques et sociales. Ce qui est le cas pour un concours sur lequel nous travaillons actuellement, un nouveau quartier en Arabie Saoudite qui intègre notamment l’économie circulaire, la reconstitution de l’écosystème (oasis, oueds, etc.).

Quels impacts aura eu la crise sanitaire sur la vie de l’agence?

En France, chantiers et concours sont à l’arrêt, notamment celui du Grand Equipement Documentaire sur le campus Condorcet (Aubervilliers) et celui de la gare du Grand Paris au Bourget. En revanche, en Asie, avec les politiques sanitaires mises en place, l’activité n’a pas connu d’arrêt. En Chine,  le chantier du Palais des Sciences à Pudong (district de Shanghai) s’est poursuivi avec du personnel qui est allé jusqu’à vivre 24h/24 sur place, dans des dortoirs! Les études de la tour à Taiwan, qui abritera le centre d’intelligence artificielle ainsi que le musée d’art numérique se poursuivent. Alors que nous étions en confinement, nous avons été lauréats du musée archéologique de Fengxiang (Chine). Nous avons passé un oral, par vidéo devant jury, pour deux gares à Xiong An, une nouvelle cité proche de Pékin. Par contre, le rendu du concours pour le Pôle culturel de Tahiti est reporté.
Le travail par visio-conférence, pratiqué déjà mais exclusif avec le confinement, est en train de nous démontrer qu’il sera possible de réduire le nombre de nos déplacements à l’international pour ne garder que ceux qui sont indispensables. Pour une agence qui construit beaucoup à l’étranger, cela va permettre bien sûr de réduire les émissions de CO2 des vols long-courrier, mais aussi le coût humain dû à la grande fatigue que ces voyages génèrent. De façon générale, pour la formation des plus jeunes collaborateurs par les plus expérimentés, le travail à distance ne pourra en aucun cas remplacer le contact direct. Pour combattre l’épidémie, tous nos associés et nos 150 salariés ont fait un don au collectif #protegetonsoignant. Parmi de nombreux artistes et architectes, Christian de Portzamparc et moi-même avons donné des dessins pour une récente vente aux enchères début avril, organisée par Laurent Dumas, président d’Emerige, au profit de ce même collectif. Enfin, en partenariat avec les médecins d’un hôpital d’Auxerre (Yonne), nos équipes ont conçu des visières et nous leur prêtons notre imprimante 3D pour les fabriquer.

Commentaires

«La ville est indispensable à notre survie», Elizabeth de Portzamparc, architecte-urbaniste

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GBN

16/04/2020 16h:45

Point de vue partagé qui pourrait s’articuler autour de trois points :- le développement de régions métropolitaines articulant métropole et hinterland ; - nouveaux « patterns urbains » multifonctionnels conjuguant espaces privatifs et partagés tout en facilitant les services écosystèmiques; - respect des règles de la Constructibilité favorisant un résultat de « bonne facture ».Tout cela est la condition d’une meilleure relation d’une communauté avec son territoire.Chr. Gobin Conseiller scientifique ESTP/IRC.

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