En direct

La ville, entre densité, compacité et intensité
PHOTO - HOR Bendimerad.eps - © bruno levy/LE MONITEUR

La ville, entre densité, compacité et intensité

S. B. |  le 06/11/2008  |  SantéArchitectureRéglementation

Sabri Bendimérad Architecte et enseignant

A la fin des années quatre-vingt, deux chercheurs australiens, Newman et Kenworthy, ont mis en évidence la relation exponentielle entre la consommation de carburant par habitant et l’étalement urbain, permettant ainsi d’asseoir de manière scientifique, l’impact sur l’environnement des mobilités, contraintes imputables à la ville diffuse. Ce résultat a certainement contribué à façonner une forme de « doxa » auprès de certaines catégories d’acteurs. La recherche de la densité est ainsi devenue pour ceux-ci la solution à l’étalement urbain, la densité étant considérée comme nécessité et vertu. Aux Etats-Unis, où le débat est très vif, on oppose plutôt le « sprawl » (ou étalement) au « smart growth » (croissance raisonnée). La diffusion du concept de développement durable a relancé le débat sur la notion de densité. Pourtant, la persistance des blocages et incompréhensions liés aux représentations qu’elle suscite nous incite à faire le point sur cette terminologie mais aussi sur les concepts auxquels elle est associée.

La perception de la densité dépend de l’observateur

La densité est une notion empruntée aux sciences physiques par les économistes, les géographes et les démographes. Son extension au domaine de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire se heurte au moins à deux obstacles :

– le premier est la polysémie du terme, et, notamment, la charge négative qu’il charrie auprès des habitants (ce qu’un sondage effectué en 2007 par la TNS-Sofres a confirmé) comme auprès des élus qui doivent gérer une demande sociale complexe faite d’aspiration au libre choix du voisinage mais aussi à la proximité aux services garantis par l’idéal isotropique du territoire de la République ;

– le second obstacle est d’ordre théorique. Alors qu’en géographie urbaine la densité de population est une affaire de flux, en urbanisme, elle est le produit de faits et de situations physiques complexes dont la perception dépend du point de vue de l’observateur.

Un même terme renvoie à des phénomènes différents, créant ainsi une certaine confusion. Dans ce contexte, le recours à d’autres terminologies est tentant. Ville dense, ville ramassée, ville compacte… Ce dernier qualificatif figure en bonne place, sans doute parce que sa charge sémantique renvoie à la notion de performance et d’économie d’effets sans qu’y soient associées les notions de promiscuité, de nuisances ou d’entassements. En effet, la compacité en architecture est d’abord le ratio entre la surface développée de façade et la superficie d’emprise d’un bâtiment. Cette donnée sert à mesurer l’efficacité énergétique avec des limites évidentes. La compacité emprunte au discours performanciel mais aussi à la mystique du solide pur selon Pythagore. Pourtant, au-delà d’une certaine compacité, un bâtiment ne peut plus être correctement éclairé. D’autre part, si le volume le plus compact est la sphère, son isolation relève précisément d’une performance qui contredit l’idée même d’économie de moyens, sinon d’effets.

La compacité : plein contre plein

En urbanisme, la notion de compacité est également délicate à exploiter pour exprimer l’utilisation raisonnée du sol. Si elle peut avoir pour avantage d’évoquer le rapport de parties à un ensemble, on peut aussi se demander si une ville compacte n’est pas aussi une ville sans silhouettes, sans vides, et sans rapport au ciel tant les bâtiments sont serrés. Une ville sans failles, sans entre-deux et, paradoxalement, sans épaisseur à force d’être sans mystères. C’est probablement la plus évidente des limites de la compacité, tendre vers un espace improbable construit « plein contre plein ». En définitive, en urbanisme, la densité n’est peut-être pas synonyme de compacité. Paris intra-muros est dense mais n’est pas compact, alors que certaines parties du territoire métropolitain comme la rive Sud du périphérique sont aujourd’hui plus compactes que réellement denses.

La densité est affaire de mixité de combinatoires et d’articulations. Sa quête en soi est de peu d’utilité si l’on considère que la fabrication de la ville est une manière de construire l’espace public et l’urbanité. Il n’y a pas une densité, mais des densités qui se conjuguent ou s’annihilent. Il n’y a pas, non plus, une forme de densité mais des figures diverses qui, par leur présence et leurs renvois, contribuent à produire qualitativement l’espace d’un voisinage accepté, sinon désiré. Cette conjonction des densités qu’elles soient bâties, végétales, faite d’évènements architecturaux et paysagers, c’est ce que l’on pourrait décrire par le terme d’intensité. Il est d’ailleurs intéressant de noter que parmi les indicateurs de densité retenus par les architectes néerlandais qui ont mis au point la méthode et le logiciel Spacemat d’aide à la conception urbaine, ce que nous appelons densité urbaine est précisément désigné par le terme d’intensité…

Commentaires

La ville, entre densité, compacité et intensité

Votre e-mail ne sera pas publié

Librairie du Moniteur

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Presse - Vente au n°

Prix : 37.00 €

Voir

Amélioration et renforcement des sols - AMSOL - Tomes 1 et 2

Amélioration et renforcement des sols - AMSOL - Tomes 1 et 2

Prix : 0.00 €

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur