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La ville durable « à la française » vise l’export

Thaïs Brouck |  le 31/01/2014  |  EnvironnementPMEEuropeInternationalFrance entière

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Rassemblés sous la bannière Vivapolis, les acteurs français de la « ville durable » structurent une offre pour partir à l’international. Tout l’enjeu consiste à ce que les poids lourds hexagonaux apprennent à mieux travailler ensemble et, surtout, entraînent des PME dans leur sillage.

Pour un peu, ils auraient leur siège réservé dans l’Airbus présidentiel. « Les ingénieristes font désormais partie des délégations qui accompagnent le président de la République à l’étranger », se réjouit Stéphane Aubarbier, président de Syntec-Ingénierie. Anecdotique ? Pas si sûr. Quand un ministre se rend au Maroc, au Qatar ou en Chine, il ne fait plus simplement la promotion de nos Airbus, Rafales et autres EPR, mais vient vendre un mode de vie à la française. A la demande de Nicole Bricq, la ministre du Commerce extérieur, la Direction générale du Trésor (DGT) a conduit une analyse économique afin de coupler l’offre commerciale française avec les demandes des différents pays du monde à l’horizon 2022. La ville durable fait partie des quatre secteurs prioritaires avec l’agroalimentaire, la santé et les NTIC. Le Trésor estime d’ailleurs que les importations mondiales liées à la ville durable et à la mobilité vont passer de 200 à 332 milliards d’euros entre 2012 et 2022. « Il y a un vrai besoin », confirme Hélène Ortiou, directrice de la filière Industrie, transport et infrastructures d’Ubifrance.

Des champions toutes catégories

Bonne nouvelle, dans ce domaine, la France possède des champions dans toutes les filières (eau, air, déchets, construction, transports, énergie) et les métiers (architecture, industrie, ingénierie, services urbains). « Notre gros défaut est de partir en ordre dispersé », regrette Michèle Pappalardo, nommée « fédératrice » de la ville durable par Nicole Bricq. Et la partie émergée de cette stratégie d’exportation, c’est Vivapolis. « Une vitrine du savoir-faire français dans la construction durable », selon Frédéric Granotier, P-DG de Lucibel et membre de Vivapolis. Pour l’instant, cette « marque ombrelle » regroupe environ 80 entreprises. Des multinationales telles que Bouygues, Vinci, Veolia, Eiffage ou encore Alstom bien entendu, mais aussi des PME, des architectes et des ingénieristes. « L’initiative est motivante et enrichissante pour tout le monde », apprécie Daniel Claris, directeur international d’Arep. Jean-Christophe Rouja, directeur du développement de Systra, voit quant à lui Vivapolis comme « un cheval de Troie ».
En fait, le principe a été imaginé par les membres de l’Association française des entreprises privées (Afep). « Nous n’avons rien inventé, nous voulons juste éviter de prendre du retard, explique Fabrice Bonnifet, directeur du développement durable chez Bouygues. A l’instar des Japonais ou des Allemands, nous devons apprendre à chasser en meute et entraîner avec nous nos partenaires. » Les Suédois ont mis en place leur « Symbiocity » dès 2008. La marque française ambitionne, à terme, de fédérer plus de 200 entreprises et de couvrir toutes les prestations liées à la ville. « Il est plus simple de réussir à l’international en étant groupés », affirme Madeleine Houbart, secrétaire générale des architectes français à l’export (Afex).
« Le plus grand défi reste d’associer des entreprises qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble », estime Hélène Ortiou. Se regrouper est nécessaire, mais insuffisant. Pour beaucoup, il faut d’abord des références nationales. Les Allemands ont Fribourg-en-Brisgau, les Suédois mettent en avant le quartier d’Hammarby à Stockholm… « On doit pouvoir prouver que l’on sait réaliser des projets globaux complexes dans lesquels les technologies ne cohabitent pas mais sont intégrées », pense Fabrice Bonnifet. Ce projet avance : le Premier ministre vient de confier au conseiller d’Etat Roland Peylet une mission commando préfigurant le futur institut de la ville durable”. « D’ici à avril, je dois identifier les obstacles à lever et des collectivités souhaitant accueillir un démonstrateur », explique-t-il. L’approche se veut systémique car l’objectif est de vendre un « package » estampillé « ville durable ». « L’eau ou l’énergie ne sont plus des ressources illimitées. Nous allons vers la fin du système plug and play. Il faut penser la gestion des flux dans la ville au sein d’un écosystème interdépendant », juge Fabrice Bonnifet. Siemens, en créant en 2011 sa branche « Infrastructures and Cities » tablait sur des clients prêts à confier « leur » ville au secteur privé. Des villes dites intelligentes et durables sont aujourd’hui construites par le privé à partir de rien en Corée (Songdo international business district) ou à Abu Dhabi (Masdar City). « Ce n’est pas ce que nous voulons faire, les appels d’offres resteront segmentés, concède Michèle Pappalardo, mais il faut que les différents morceaux soient pensés en amont et bien imbriqués. » Cela laisse en suspens des questions techniques, juridiques, et surtout un véritable modèle économique qui reste à définir. « Dans le business mondial, il faut être pragmatique », rappelle Jean-François Cazes, DGA d’Egis pour l’international. Par exemple, le Français s’est associé à Systra, mais aussi à l’américain Parsons, pour remporter le management de projet et la supervision des trois lignes du futur métro de Riyad (Arabie saoudite). « Nos réponses resteront à géométrie variable, selon les projets, même si Vivapolis peut nous aider à fédérer nos savoir-faire », tempère Marc Lehmann, associé d’Architecture Studio.

La « french touch », un atout ?

L’aide au développement est un autre levier à actionner. « Si les fonds viennent du Japon, les entreprises nippones emporteront le marché », pose, réaliste, Jean-François Cazes. C’est pourquoi, en plus du ministère du Commerce extérieur et d’Ubifrance, Vivapolis mobilise le Fonds d’étude et d’aide au secteur privé (Fasep), lequel consacre 4,2 millions d’euros à la ville durable (voir encadré ci-dessous). Le pari du gouvernement, c’est que le client fera appel aux Français pour la suite.
« Est-ce que Vivapolis nous fera gagner des marchés ?, s’interroge Daniel Claris. Je ne sais pas. Mais cela nous aidera à préciser notre vision de la ville durable à la française et renforcera la compréhension de nos atouts. » Car « personne ne nous attend », fait remarquer Jean-François Cazes. « C’est pourquoi il faut être local partout et bien choisir ses cibles », explique Jean-Christophe Rouja.
Vivapolis axe ses efforts sur la Chine et le Maroc, puis, dans un second temps, le Brésil et la Turquie. Mais pourquoi la « french touch » ferait-elle faire la différence ? Au-delà de l’expertise technique, indispensable, les Français seraient plus prompts à prendre en compte le patrimoine, l’architecture, l’environnement et les aspects socioculturels. « L’image d’élégance et de qualité de vie de la France intéresse certains pays, qui nous reconnaissent une capacité à comprendre les enjeux locaux, ce qui nous permet de concevoir une offre sur mesure qui se caractérise par une densité équilibrée, de la mixité, l’intensité et la qualité des espaces publics », analyse Roueïda Ayache, associée chez Architecture Studio. « Les Français ne sont pas les meilleurs en marketing, ils parlent en général assez mal l’anglais mais leurs compétences sont reconnues », renchérit Jean-François Cazes. « Dans la construction, le génie civil et les transports, l’ingénieur français donne confiance au client », pour Jean-Christophe Rouja. « Et surtout, nous voulons que les villes que nous concevons donnent envie d’y vivre, nous plaçons l’humain au centre », conclut Benoît Samanos, directeur international de Safège. Il n’y a plus qu’à espérer que nos villes durables se vendront mieux que nos Rafale.

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L'expert - « L’humain est au cœur du concept de ville durable » Que mettez-vous derrière la notion de ville durable ?

Dans le concept de ville durable à la française, l’humain est au cœur du projet ; c’est la priorité, l’objectif de résultats que nous nous sommes fixés. Ce n’est pas d’abord une ville verte ou une ville « intelligente », mais c’est une ville où la vie des habitants doit être la meilleure possible avec en corollaire la prise en compte des aspects santé, mobilité, mixité sociale, activité économique… La deuxième spécificité, c’est la performance : la ville doit être la plus performante possible, c’est-à-dire consommer le moins possible de ressources naturelles et d’énergie tout en répondant aux besoins des habitants. Enfin, il s’agit d’une vision plutôt que d’un « modèle », il faut donc s’adapter au contexte local.

Quelle est la valeur ajoutée de la France par rapport à d’autres pays ayant une offre équivalente ?

Il me semble que notre « vision » est assez différente. D’abord parce que notre concept repose sur l’adaptabilité en prenant en compte tous les aspects comme la géographie, le climat, la culture, l’histoire du pays concerné. Et nos entreprises ont de véritables compétences. Nous apportons un savoir-faire, une créativité, mais aussi un dynamisme. Car à côté des groupes qui ont pignon sur rue et qui sont souvent des leaders dans leur domaine, nombre de PME s’activent.

Après Vivapolis, quelle est la prochaine étape ?

C’est sous cette marque que se fédèrent les acteurs de la ville durable pour partir à la conquête des marchés étrangers. Elle s’accompagne d’un site Internet vivapolis.fr porté par Ubifrance qui recense les entreprises françaises, leurs références et des exemples de réalisations. Maintenant, il reste à la faire vivre et à l’animer…, et à avoir des résultats à l’export.

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PHOTO - 767305.BR.jpg - © MEDDE/METL

Le potentiel français, dans les secteurs de la ville durable et de la mobilité, est très important, selon une étude de la Direction générale du Trésor. En effet, l’offre commerciale de la France est complète et recouvre l’ingénierie urbaine, l’architecture, la construction et l’efficacité énergétique, les matériels et services environnementaux et les transports urbains. Au total, le potentiel d’importation mondial dans ces domaines représente 332 milliards d’euros. Les 47 pays sélectionnés représentent 80 % du total.

Potentiel d’importation « ville durable »

Monde

47 pays sélectionnés

2017

2022

2017

2022

Ferroviaire

47

54

43

49

Ecoproduit

153

182

NC

NC

Services :
construction

82

97

37

43

Ferroviaire
+ construction

129

151

80

92

Vivapolis, un concept qui commence à porter ses fruits

En Turquie, l’ingénieriste Burgeap a réalisé le Plan Climat énergie de Gaziantep avec l’aide de l’Agence française de développement (AFD). Objectif : accompagner la collectivité sur les volets énergie et eau dans le cadre d’un écoquartier. « En Birmanie, à Mandalay, Safège réalise des études de faisabilité dans les domaines de l’eau, des déchets, des transports et de l’énergie, financées via le Fasep, indique Benoît Samanos, son directeur international. L’innovation est d’apporter des solutions intégrées au moment clé où cette ville va démarrer un développement rapide. Avec la production d’une évaluation environnementale de chaque service. » Cela évolue donc. « Même si les ingénieristes français ont souvent obtenu des contrats un peu globaux, nos industriels et nos constructeurs n’en bénéficiaient pas derrière », analyse Michèle Pappalardo. Deux projets pourraient créer un précédent. La conception par la France d’une ville durable dans la métropole de Wuhan, en Chine, serait en passe de se concrétiser. Il s’agit de concevoir une ville de 250 km², soit deux fois Paris. Une coopération bilatérale a démarré, à laquelle participe notamment Arep. « Rien n’est signé pour l’instant et nous ne savons pas sur quoi porteront les éventuels contrats », relativise toutefois Michèle Pappalardo. La fédératrice du « mieux vivre en ville » pense qu’une autre initiative, située à Shenyang cette fois, est plus près d’aboutir. Plus modeste, ce quartier de 3 km² pourrait sortir de terre dès cette année. Le projet le plus avancé semble donc être le Marina District de Lusail, au Qatar (voir photo ci-dessus). Travaillent sur ce chantier Architecture Studio, Michel Desvigne, RFR ou Artelia. Une mission qui comprend le master plan urbain, l’expression architecturale et le design des espaces extérieurs (hors chaussées) du Marina District, ainsi qu’un parc écologique de 60 hectares.

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PHOTO - 773287.BR.jpg - © AS.ARCHITECTURE-STUDIO/MDP.MICHEL DESVIGNE PAYSAGISTE

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