Entreprises de BTP

« La solution ‘acier’ est de plus en plus prise au sérieux par les maîtres d’ouvrage », Benoît Loison, président de l’Union des métalliers

Mots clés : Etat et collectivités locales

Les 5 et 6 juin se dérouleront, à Poitiers, les assises de la métallerie, organisées par l’Union des métalliers (FFB). Benoît Loison, président de l’organisation et candidat pour un second mandat à sa tête, souhaite que les métalliers profitent de la vague RGE pour monter en compétences.

Dans quelle situation se trouvent les entreprises de métallerie ?

 

Benoît Loison : L’année 2013 fait partie des années les plus ternes que nous ayons connues. Et le premier semestre 2014 se situe dans les mêmes eaux. Au niveau du volume de l’activité, un certain nombre d’opérations ont pris du retard du fait des élections municipales. Les nouvelles équipes dans les collectivités prennent le temps de s’approprier les projets. D’autres chantiers sont repoussés ou arrêtés du fait de la défaillance d’une entreprise intervenante ou du manque de visibilité dont souffrent les entreprises de gros œuvre. Habituellement, elles travaillent très vite, aujourd’hui c’est moins le cas. Or, nous, métalliers, n’intervenons qu’une fois que le gros œuvre est terminé. Difficile, dans ces conditions, de planifier le plan de charge de l’atelier…

 

Les tensions sur les prix sont-elles toujours aussi vives ?

 

B.L. : Oui, et les métalliers en souffrent particulièrement. Car avant la pose sur chantier, qui déclenche la facturation, nos entreprises financent la phase études, la synthèse des plans, les approvisionnements, la fabrication… Les retards pris sur certains chantiers n’arrangent rien, puisqu’ils peuvent nous amener à alterner des périodes calmes avec des périodes de surchauffe de l’activité. Nous sommes alors obligés d’avoir recours à des intérimaires pour tenir les délais, or ce n’est pas ce qu’il y a de mieux à faire en terme de rentabilité.

 

Parvenez-vous à vous faire payer plus tôt, avant la pose des éléments sur chantier ?

 

B.L. : C’est ce pour quoi nous nous battons ! La réglementation en matière de délais de paiement nous oblige à payer nos fournisseurs plus tôt. Alors même que de plus en plus de nos adhérents rencontrent des difficultés avec leur assureur-crédit qui ne veut plus les couvrir. Malgré tout, l’Union des métalliers continue de faire passer un message positif sur l’avenir de notre profession.

 

Quelles sont les raisons qui vous font rester optimiste ?

 

B.L. : Plusieurs évolutions réglementaires vont dans notre sens. Nous avons sorti, en 2011, un guide sur l’accessibilité pour aider les métalliers à prendre ces marchés. La réglementation thermique 2012, en souhaitant supprimer les ponts thermiques, privilégie l’isolation thermique par l’extérieur. Le métallier a plusieurs solutions pour répondre à cela, en habillant les bâtiments avec des vêtures métalliques ou du métal déployé. Au niveau architectural, l’acier offre de nombreuses possibilités. Je suis d’ailleurs étonné par le nombre d’architectes qui nous contactent aujourd’hui pour se renseigner sur nos solutions. Preuve que les clichés sur le métal (mauvaise résistance au feu, mauvaises performances acoustiques…) sont en voie de disparition. Enfin, sur le marché des surélévations en résidentiel, nous avons notre carte à jouer : l’acier apporte de la finesse et de l’élégance, et sur le plan technique nous arrivons à avoir des reprises de charges avec peu de poids.

 

Quels seront les grands thèmes abordés durant vos Assises de la métallerie 2014, qui se dérouleront les 5 et 6 juin à Poitiers ?

 

B.L. : Nous allons essayer de donner plus de visibilité à la formation dans nos métiers, depuis le CAP jusqu’à une licence professionnelle en métallerie que nous sommes en train de mettre sur pied, avec le Conservatoire national des arts et métiers et les Compagnons du devoir. Sur ce thème de la formation des jeunes, nous remettrons, à Poitiers, nos prix « Métal Jeunes ». Ils récompensent des jeunes de CFA ayant réalisé des œuvres en métallerie sur un thème donné. Je suis satisfait, car nous avons reçu une quarantaine d’œuvres cette année, de très bonne qualité.

 

Où en est votre formation « Maison BBC à ossature acier », lancée l’année dernière?

 

B.L. : Nous en sommes, aujourd’hui, au troisième groupe de métalliers à passer cette formation de dix jours, qui aborde la dimension technique, bien sûr, du BBC, mais également sa dimension commerciale avec la mise en place d’une offre globale. Nous bénéficions d’un très bon taux de satisfaction de la part des stagiaires. Mais nous avons encore du mal à recruter des candidats. C’est probablement l’une des conséquences du manque d’activité dont pâtissent les métalliers actuellement. Pourtant, aujourd’hui, la solution « acier » est de plus en plus prise au sérieux par les maîtres d’ouvrage.

 

Quelle est l’attitude de vos adhérents par rapport à la mention « Reconnu garant de l’environnement » (RGE) ?

 

B.L. : Le souci du RGE, c’est que ses décrets d’application risquent de paraître du jour pour le lendemain. Il faut également relativiser les effets de l’entrée en vigueur, le 1er juillet, du principe d’écoconditionnalité. Il concernera uniquement, dans un premier temps, l’éco-PTZ. Et les banques ne sont pas toujours très actives dans la promotion de cet outil… Le crédit d’impôt développement durable, quant à lui, entrera dans le champ de l’éco-conditionnalité le 1er janvier 2015.

 

Pour quelles raisons les banques ne sont-elles pas friandes d’éco-PTZ ?

 

B.L. : Ces dernières années, elles ont vendu des prêts à taux zéro pour la rénovation énergétique sans toujours tenir compte des critères d’attribution techniques. Elles ont donc eu des remontrances de la part du ministère de l’Économie. Elles rechignent donc aujourd’hui à commercialiser ce type de produits, pour lequel elles ne possèdent pas d’expertise technique. Toutefois, les banques nous ont assurés qu’elles joueraient le jeu. Les entreprises, elles, en tout cas, jouent le jeu du RGE : depuis le début de l’année, Qualibat reçoit énormément de demandes de qualification.

 

Les métalliers sont-ils conscients de l’importance du RGE ?

 

B.L. : Certains pensent toujours que cette qualification ne concerne que les entreprises qui travaillent avec des particuliers, ce qui n’est pourtant pas le cas. Nous souhaitons profiter de l’entrée en vigueur de l’écoconditionnalité pour inciter nos adhérents à entrer dans une démarche qualité. Nous venons d’ailleurs de refondre les trois qualifications Qualibat sur nos métiers : 4411 (technicité courante), 4412 (technicité confirmée) et 4413 (technicité supérieure). Le souci, c’est que nous avons un tiers de qualifiés dans chaque catégorie. Les conditions d’obtention de la 4413 ont donc été durcies. Le gros des troupes se répartira ainsi entre la 4411 et la 4412, la 4413 retrouvant un positionnement d’excellence professionnelle qui avait un peu été négligé jusque-là.

 

La qualification RGE est-elle incontournable pour les entreprises ?

 

B.L. : Il est envisageable qu’à terme le taux réduit de TVA pour la rénovation énergétique soit conditionné au RGE. Une circulaire du 18 juillet 2013 rend obligatoire « les certificats de qualification délivrés par des organismes accrédités ou toute preuve équivalente la qualification » pour les marchés d’État liés à l’accessibilité et à la performance énergétique. Cela se généralisera peut-être, à terme, à tous les marchés publics. Qu’est-ce qui empêchera alors les donneurs d’ordres de demander le RGE ?

 

Vos assises 2014 seront également l’occasion de publier un guide sur l’environnement, la sécurité et la qualité dans les ateliers de métallerie…

 

B.L. : Oui, il est le résultat de deux ans de travail. Nous avons visité une quarantaine d’ateliers de métallerie de manière à dégager des recommandations sur l’environnement, la sécurité et la qualité. Il sera publié sous forme de 100 questions auxquelles il faut savoir répondre quant à l’organisation de son atelier. C’est un sujet capital pour nos métiers, dans la mesure où la mise en œuvre, pour nous, ne représente en moyenne que 15% de nos coûts d’intervention.

 

Compte tenu du fait que votre process, en atelier, s’apparente à un processus industriel, le compte pénibilité sera-t-il plus facile à mettre en œuvre chez les métalliers que dans les entreprises d’autres corps de métiers du bâtiment ?

 

B.L. : Au contraire ! Je dirais plutôt que nous aurons deux comptes pénibilité à mettre en œuvre, un pour l’atelier et un autre pour le chantier. Je tiens à rappeler que sur les postes de production, les métalliers ont déjà travaillé à diminuer la pénibilité, notamment celle liée aux manutentions. Aujourd’hui, dans le travail sur tôle, les salariés disposent des mêmes moyens technologiques que les carrossiers en usines automobiles. Mais pour en revenir au compte pénibilité, nous pensons qu’il fait peser une menace forte sur les relations sociales au sein de l’entreprise.

 

Comment se traduirait-elle ?

 

B.L. : Ce serait le cas si le personnel, les syndicats, contestaient les mesures d’exposition à la pénibilité aux postes de travail réalisées par la direction. Dans une grande entreprise, le dialogue social est très cadré, et le compte pénibilité pourra plus facilement s’appliquer. Ils ont également assez de postes, en administratif, pour effectuer la gestion des fiches d’exposition. Nos entreprises de métallerie, en moyenne, emploient une dizaine de salariés. Elles n’ont donc pas les moyens de mettre en œuvre le compte pénibilité… sauf si le chef d’entreprise se fait aussi médecin du travail !

 

La norme NF EN 1090, sur le marquage CE des structures en acier et en aluminium, entrera en vigueur le 1er juillet. Pourquoi inquiète-t-elle autant les métalliers ?

 

B.L. : Nous informerons nos adhérents sur ce sujet lors de nos Assises. Cette norme européenne détermine plusieurs classes d’exécution pour chaque ouvrage de métallerie, suivant son importance dans la structure du bâtiment. Suivant son classement, les contrôles de fabrication et de pose sont de plus en plus élevés. Cela va jusqu’à la certification des salariés soudeurs, et le  marquage CE de certains ouvrages (ce qui implique de faire entrer l’entreprise dans un système qualité, avec audits réguliers). Nous sommes d’accord pour dire que des éléments de charpentes participent très fortement à la structure du bâtiment. Mais est-ce le cas d’un garde-corps, d’une porte ou d’un escalier ? Nous ne le pensons pas et demandons ainsi à ce que la métallerie, telle que nous la pratiquons, n’entre pas dans le champ d’application de cette norme. Vous pouvez imaginer le coût colossal que représenterait, pour nous, la certification de chacun des produits, quasiment uniques, qui sortent de nos ateliers.

 

Vous craignez donc que cette nouvelle norme n’augmente vos coûts ?

 

B.L. : Oui, et nous regrettons que l’on nous ajoute une norme alors même que le gouvernement nous parle de simplification dans sa démarche « Objectifs 500 000 ». Nous suivons d’ailleurs de près ce plan, et Alain Maugard, rapporteur du groupe de travail «Développer les matériaux innovants et inventer de nouvelles façons de construire et rénover» au sein de cette démarche, clôturera l’assemblée plénière lors de nos Assises.

 

Quelles sont les propositions faites dans le cadre des « Objectifs 500 000 » qui retiennent particulièrement votre attention ?

 

B.L. : Les métalliers sont en bonne place pour bénéficier de l’utilisation de la maquette numérique. Presque tous nos adhérents ont un bureau d’études intégré et le matériel informatique nécessaire. Quand je vois ce que coûte, sur certains grands chantiers, le recours à des bureaux de synthèse pour imbriquer les différents plans des entreprises intervenantes, je me dis qu’il serait plus économique et pratique de tous travailler sur les mêmes plans, en réseau.

 

Vous terminez votre premier mandat de trois ans à la tête de l’Union des métalliers. Comptez-vous vous représenter pour un second mandat ?

 

B.L. : Oui, je me représenterai pour un second mandat à la présidence de l’Union des métalliers cette année : nous avons beaucoup avancé ces trois dernières années mais il reste beaucoup à faire ! J’espère que les métalliers de l’Union me renouvelleront leur confiance.

 

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