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« Seule solution face aux phénomènes extrêmes : ne pas être sur le chemin de l’eau », Annick Mièvre, Agence de l’eau
Annick Mièvre, directrice de la délégation Paca-Corse de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse - © Agence de l'eau RMC
Interview

« Seule solution face aux phénomènes extrêmes : ne pas être sur le chemin de l’eau », Annick Mièvre, Agence de l’eau

Propos recueillis par Christiane Wanaverbecq (Bureau de Marseille du Moniteur) |  le 15/10/2020  |  Tempête AlexUrbanismePaysageAlpes-Maritimes

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Près de deux semaines après le passage de la tempête Alex dévastant les vallées de la Tinée, de la Roya et de la Vésubie dans les Alpes-Maritimes, les services de l’Etat et les collectivités sont mobilisés pour réaliser les travaux d’urgence permettant leur désenclavement. Ils n’empêchent pas d’analyser la situation et de penser à l’avenir. Annick Mièvre, directrice de la délégation Paca-Corse de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, livre des premières pistes de solutions.

Quel peut être le rôle de l’Agence de l’eau pour diminuer l’impact des violents épisodes climatiques ?

Tout d’abord, j’ai une pensée pour les victimes et les sinistrés de cette terrible catastrophe. L’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse n’a pas directement de compétences en matière de prévention des inondations. Mais son 11e programme adopté en 2019 pour six ans prévoit une enveloppe de 2,6 milliards d’euros pour aider les collectivités, industriels, agriculteurs et associations qui s’engagent pour améliorer l’état de nos eaux et adapter les territoires au changement climatique.

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Une des priorités est la restauration des milieux aquatiques. C’est une façon de prévenir les conséquences des inondations. En effet, en redonnant aux ruisseaux, rivières et fleuves un fonctionnement le plus naturel possible, en élargissant leurs lits, nous laissons la possibilité à l’eau de s’écouler plus librement.

Les cours d’eau ont deux lits : un mineur et un majeur. Ce dernier reprend sa place lors de crues importantes. Or, depuis des centaines d’années, l’homme a pris l’habitude de construire dans le lit majeur, voire dans le lit mineur. Certains cours d’eau ont même été canalisés voire couverts. Malheureusement, un jour ou l’autre, la nature reprend ses droits, d’autant plus dans le contexte actuel de changement climatique. Je ne suis pas météorologue, mais les études de Météo France menées ces dernières années montrent que les phénomènes extrêmes commencent à se produire de plus en plus souvent.

Quelle analyse faites-vous de la répétition des violents événements climatiques ?

A l’échelle globale de la planète, les volumes d’eau restent les mêmes. Il n’y a pas de disparition de l’eau mais le changement climatique dérègle son cycle. On constate ainsi des périodes estivales sèches, de plus en plus longues avec des températures de plus en plus élevées. Même si l’eau tombe, elle s’évapore rapidement. Au contraire, à l’automne, lors des phénomènes de précipitations très intenses, compte tenu de la sécheresse de la terre, l’eau va ruisseler très fortement et n’aura pas le temps d’entrer dans les nappes. L’urbanisation aggrave le phénomène. Sur le pourtour méditerranéen, cela se concrétise depuis plusieurs années par une répétition d’événements climatiques dramatiques.

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En 2015, dans la partie ouest des Alpes-Maritimes, sur le littoral, les fortes crues ont provoqué la mort de 20 personnes. Ont suivi à l’automne 2018 les inondations dans l’Aude, puis un an plus tard, celles dans le Var et les Alpes-de-Haute-Provence avec les crues de la Durance et ses affluents. Et cette année, la tempête Alex a touché de plein fouet l’arrière-pays niçois. Et nous ne sommes qu’au début de la saison.

Quelle analyse faites-vous de ce dernier événement climatique ?

Le 2 octobre, la tempête Alex a touché deux régions. En Bretagne, 76 millimètres de pluies sont tombées en 24 heures. Dans les Alpes-Maritimes, on a recensé, à certains endroits, 500 millimètres de précipitations, soit l’équivalent de deux mois et demi de pluies.

Ce cumul a mis en mouvement les terres et les matériaux des berges. En effet, dans ce secteur, les couches géologiques ne sont pas encore bien stabilisées. L’eau qui s’est déplacée a donc été chargée de sédiments qui ont creusé le lit des rivières et changé leur morphologie. La largeur des lits de certains cours d’eau a été multipliée par dix, passant, par exemple, de 20 à 200 mètres.

« Nous prônons la définition d’espace de bon fonctionnement des cours d’eau »

Comment lutter ?

La seule solution pour faire face à ces phénomènes extrêmes est de ne pas être sur le chemin de l’eau et donc, de ne pas construire. On pourra faire tous les aménagements possibles, ils pourront difficilement lui résister. Au sein de l’agence de l’eau, nous prônons la définition d’espace de bon fonctionnement des cours d’eau pour que la rivière puisse fonctionner naturellement. Nous avons inscrit cette notion dans le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage). Cette délimitation permet de définir les espaces où il sera notamment possible de construire et de prévoir des travaux de restauration des cours d’eau, si nécessaire.

Dans les Alpes-Maritimes, nous accompagnons sur ce sujet la métropole Nice-Côte d’Azur sur la Tinée et la Vésubie, ainsi que le Smiage qui est compétent sur la Roya pour le compte de la communauté d’agglomération de la Riviera française.

Aujourd’hui, la catastrophe a précipité les choses. Il appartiendra aux décideurs de choisir comment réaménager les secteurs touchés. La question à poser est de savoir si on peut notamment s’affranchir de reconstruire des infrastructures dans le nouveau lit des rivières Tinée et Vésubie, ainsi que celui du fleuve côtier de la Roya. Dans ces vallées encaissées, ce n’est pas toujours simple de construire les routes loin des lits des rivières. Cela demande, par exemple, de construire des ponts plus longs. Or, les pentes ont été très déstabilisées par les pluies torrentielles.

« On ne peut pas vider les vallées de l’arrière-pays niçois de toutes activités et habitations »

Quels sont les autres outils ?

Les Programmes d’aménagement et de prévention des inondations (Papi) permettent de définir, notamment, les travaux à mener pour diminuer les conséquences des inondations. La communauté d’agglomération du Pays de Cannes et de Lérins, dont le territoire a été fortement touché par les crues de 2015, en élabore un actuellement. Dans ce cadre, nous les accompagnons dans un projet de restauration du Riou de l’Argentière, porté par la commune de Mandelieu-la-Napoule. C’est la première opération concrète de restauration de la morphologie d’un cours d’eau dans les Alpes-Maritimes. Elle permettra de le reconnecter à sa nappe, ainsi qu’à une zone humide. Toujours dans les Alpes-Maritimes, on peut citer le cas du hameau de la Brague à Biot, sur le territoire de la communauté d’agglomération de Sophia Antipolis (Casa). Les inondations en 2015 ont fait plusieurs morts dans ce hameau. Avec l’aide de l’Etat, via le fonds Barnier, la Casa a acheté l’ensemble du hameau pour en faire une zone naturelle, faisant le choix de le vider de ses habitants. Mais c’est une démarche qui n’est pas transposable partout. En l’occurrence, on ne peut pas vider les vallées de l’arrière-pays niçois de toutes activités et habitations.

Quelques données

L’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse gère deux bassins hydrographiques différents : celui de Rhône-Méditerranée et celui de la Corse. Leur superficie représente un quart du territoire métropolitain.
La Roya est un fleuve côtier qui se jette dans la mer en Italie. La Vésubie et la Tinée sont deux affluents du Var qui dévalent des Alpes. Cette situation géographique explique ces épisodes dits cévenols ou méditerranéens. Les nuages remontent de la mer chargés d’eau et ils butent contre la barrière des Alpes et se vident intégralement dans ces secteurs.

Commentaires

« Seule solution face aux phénomènes extrêmes : ne pas être sur le chemin de l’eau », Annick Mièvre, Agence de l’eau

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OEILDECAIN

16/10/2020 17h:31

Bonjour,Et pourtant il suffirait juste d'une petite loi pour diminuer ces conséquences désastreuses : une loi pour obliger tous les propriétaires de parcelles à limiter proportionnellement les évacuations de leurs eaux pluviales avec un tubage maximum de 100mms ... Chaque parcelle garderait un peu plus longtemps ses eaux et ne les rejetterait dans les ruis, ruisseaux et rivières que lentement : tout à fait faisable et pas deniers pour l'Etat ...!

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MFD

18/10/2020 11h:39

Je pense que c'est une boutade, je dirais même "une bourde". Allez dire aux habitants d'un calme hameau "des hauts" Partez car vous risquez... Ils ne comprendront pas. Trouvez un autre language.

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