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La route confrontée à un double défi

Jessica Ibelaïdene |  le 23/03/2018  |  TransportAlpes-MaritimesEssonneFrance entièreTravaux sans tranchée

Travaux publics -

En parallèle de la remise à niveau du réseau, les entreprises du secteur doivent accompagner l'émergence de nouveaux usages.

Comment faire face au défi de l'entretien et de la modernisation des routes pour assurer la mobilité de demain ? La question posée par les organisateurs du Pavement Preservation and Recycling Summit (PPRS) - le congrès international qui s'installe à Nice du 26 au 28 mars (lire encadré ci-contre) - est double. Et les deux problématiques sont indissolublement liées : pour préparer les infrastructures aux nouvelles mobilités, la gestion de l'entretien courant ne peut être négligée.

Sur le principe, l'une des préoccupations ne devrait pas prendre le pas sur l'autre. Pourtant, dans la communication des entreprises et celle du gouvernement à l'occasion des Assises de la mobilité, le second aspect semble avoir pris l'avantage. Plus flatteur sans doute pour revaloriser un objet statique longtemps délaissé et associé à de multiples nuisances. Un nouveau concept devient ainsi à la mode : celui de « road as a service ». Fini la vision d'une simple structure circulée, bonjour la diversification et la route intelligente.

Priorité aux mobilités du futur. « Il y a dix ans, c'était une utopie. Désormais, cette nouvelle génération de routes intelligentes est une préoccupation du quotidien », observe Alain Beghin, directeur technique de Malet (groupe Spie Batignolles). Les innovations se multiplient, explorant des champs annexes comme celui de la production d'énergie. Mais les priorités portent principalement sur les mobilités du futur. Et cela commence avec l'ambition de mieux partager la voirie. Les projets foisonnent : inauguration d'une voie dédiée aux bus sur l'A10 à proximité de Massy (Essonne), conception par Colas du marquage au sol lumineux et dynamique Flowell, qui adapte les sens de circulation en fonction des besoins et des moments de la journée, pour ne citer que des exemples lancés ces derniers mois. Chaque fois, l'objectif est le même : fluidifier le trafic, favoriser de nouveaux modes de déplacement, et assurer dans le même temps confort et sécurité.

Les innovations auront un impact sur le modèle économique du secteur.

L'infrastructure se mue par ailleurs en objet communicant. D'une part, l'installation de capteurs dans la chaussée ou sur des équipements aide à remonter des informations concernant l'état de l'infrastructure. Malet travaille ainsi avec IBM pour récupérer, traiter et exploiter automatiquement ce type de données. « Cette collaboration s'inscrit dans une logique de maintenance prédictive, explique Alain Beghin. L'auscultation de la chaussée permet de mesurer pourquoi et comment elle se dégrade, à quelle vitesse… » D'autre part, les informations provenant des infra structures devront permettre d'apporter « un certain niveau de services en fonction du degré d'autonomie des futurs véhicules », précise Pascal Tebibel, directeur prospective du groupe Colas. Alors qu'Elisabeth Borne, la ministre des Transports, veut faire de la France un champion en matière de véhicules autonomes, « nous avons besoin d'une approche systémique de la problématique, où le support qu'est la route a pleinement son rôle à jouer », analyse David Zambon, directeur général de l'Institut des routes, des rues et des infrastructures pour la mobilité (Idrrim).

Toutes ces innovations auront un impact sur le modèle économique du secteur à l'avenir. « Nous passons d'une société de construction-entretien-maintenance à une société de services », confirme Pierre Calvin, président de Routes de France. Pour parvenir à cette transition, encore faut-il pouvoir tester la pertinence et la faisabilité des projets. Les professionnels espèrent que la future loi d'orientation sur les mobilités (LOM) tiendra la promesse de la ministre des Transports et facilitera l'expérimentation.

Mais le cadre législatif n'arrangera pas tout. « Il faut aussi se donner les moyens de ses ambitions », exhorte Pierre Calvin. Et, de ce point de vue, la route a surtout souffert d'un manque d'investissements ces dernières années. A tel point que l'activité du secteur a baissé de 25 % en cinq ans. L'entretien courant n'a pas été fait, la « dette grise » s'est creusée, le réseau a continué à se dégrader et, chaque jour, selon le président de Routes de France, un ouvrage d'art est fermé ou voit sa capacité diminuer. La petite reprise de 2 % amorcée en 2017 ne permet pas de rattraper le retard pris. « Négliger l'entretien aujourd'hui, c'est dépenser dix, vingt, cent fois plus par la suite, car il faudra reconstruire. Avec un patrimoine d'un million de kilomètres, dont la valeur est estimée à 2 000 Mds €, nous n'arriverons pas à tout refaire », prévient Pascal Tebibel. Le parallèle avec la situation du rail vient immédiatement à l'esprit…

Régler la question du financement. David Zambon estime qu'il faut adopter une véritable vision patrimoniale des routes et donc s'attacher à conserver ce capital et à maintenir sa valeur. Il observe que les départements en ont bien conscience et ont réalisé les efforts nécessaires en ce sens, malgré leurs difficultés économiques. Du côté de l'Etat, le déclic a été plus tardif, mais la réflexion est désormais enclenchée. D'autant qu'avec la LOM, Elisabeth Borne entend mettre en place un plan sur dix ans pour désenclaver les territoires, qui passera forcément par la route. Les crédits de l'Etat dédiés à l'entretien de son réseau non concédé (11 400 km) ont déjà été augmentés de 100 millions d'euros en 2018, pour atteindre 800 millions. Pas encore suffisant cependant, selon le rapport du Conseil d'orientation des infrastructures remis début février : il préconise de mobiliser une enveloppe de 1 milliard d'euros pour remettre à niveau le patrimoine existant en dix ans. « Cependant, cela ne solutionne pas la question du réseau secondaire », géré principalement par les départements et les communes, souligne Pierre Calvin.

De nouvelles sources de financement doivent être étudiées dans le cadre de la loi d'orientation sur les mobilités. Une bonne nouvelle en soi. « Mais tout le monde doit être associé, conjure Frédéric Beauchef, vice-président du département de la Sarthe chargé des infrastructures routières. Car le risque, c'est que l'Etat réorganise le financement de la route avec une nouvelle taxation qui ne serve que son réseau. » Tant que les moyens ne se-ront pas gravés dans le marbre, assurant visibilité et stabilité, le sentiment du secteur reste qu'il sera difficile de maintenir un niveau d'entretien suffisant. Ce qui est pourtant un préalable pour penser et préparer l'avenir.

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Le PPRS en route pour Nice

La deuxième édition du Pavement Preservation and Recycling Summit (PPRS) se tiendra à Nice du 26 au 28 mars. Ce congrès international, organisé notamment par Routes de France, réunit toute la chaîne intervenant dans le domaine routier : décideurs publics, entreprises, organisations professionnelles, associations, sans oublier les représentants d'usagers. Plus de 1 000 visiteurs, en provenance d'une soixantaine de pays, sont attendus pour partager leurs expériences et bonnes pratiques. Comme lors de la première édition en 2015, l'accent sera mis sur l'entretien des réseaux, une problématique qui touche de nombreux pays. Un volet plus prospectif a également été intégré, pour se tourner vers l'innovation, la modernisation et l'adaptation de la route aux enjeux de demain.

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