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La rénovation énergétique, nouveau défi du bâtiment : « réconcilier » l'humain et la technique

le 16/07/2018  |  ImmobilierPerformance énergétiqueAinIsèreParis

La réussite de la transition énergétique repose notamment sur des objectifs de sobriété des bâtiments (premier poste de consommation en France). Mais en dépit des évolutions (réglementaires, techniques et technologiques) engagées à ce jour, l'atteinte de ces objectifs reste complexe. Avec un taux annuel de renouvellement du parc faible (de l'ordre de 1 à 2 %), il apparaît clairement que l'enjeu majeur réside dans la rénovation.

Cette situation remettant en avant-scène la question de l'usage du bâtiment, c'est ainsi qu'est né un nouveau champ d'intervention professionnel : l'assistance à maîtrise d'usage (AMU).

Quelle est la vocation première du bâtiment si ce n'est la capacité à répondre aux besoins de ses occupants ? Les bâtiments ne seraient-ils performants que sans leurs usagers ou les copropriétés plus faciles à rénover si le syndic décidait à la place des copropriétaires ? Ces questions ont de quoi faire sourire et ceux qui seraient tentés de répondre « oui » ne peuvent raisonnablement l'envisager.

La sobriété énergétique (SE) du bâtiment à l'épreuve de la pratique : quels enjeux, quels besoins ?

A - La prise en compte de l'usage, condition sine qua non de la sobriété énergétique des bâtiments

Consommation énergétique, émission de GES1, crise du logement et mal logement, précarité énergétique en hausse, crise sectorielle... Le monde du bâtiment a été contraint d'évoluer pour répondre à ces enjeux environnementaux, sociaux, et économiques. Il y a une dizaine d'années, deux rapports du Programme des Nations Unies pour l'Environnement traitant du bâtiment durable2 3 plaidaient déjà pour une combinaison appropriée de réglementations, de technologies et de changement comportemental comme solution de réduction significative de l'impact énergétique et environnemental du bâtiment. Il avait, en outre, déjà été mis en évidence qu'à l'échelle du bâtiment, l'usage représente 80 à 90 % de la consommation énergétique totale (10 à 20 % étant consacrée à la construction, la manufacture des matériaux et la démolition)4 et 75 % du coût financier5. Autrement dit, 80 à 90 % de l'énergie consommée au cours du cycle de vie d'un bâtiment est utilisée pour chauffer, climatiser, éclairer, ventiler, et pour faire fonctionner les équipements électriques.

Outre l'injonction de performance qu'a d'abord porté la RT2012 (via notamment ses exigences d'étanchéité à l'air mesurées), les nombreuses études et REX6 réalisés ensuite pour résoudre ses difficultés d'application, ainsi que les données de non collectées par l'AQC7 ont permis de mettre en évidence l'écart entre théorie et réalité, et d'appréhender le bâtiment de manière compréhensive, systémique : selon cette approche, il est un objet à la fois social, technique et fonctionnel.

Quand bien même la qualité du bâti serait réduite à l'efficacité énergétique, ces approches pragmatiques ont permis : - de mettre en évidence que les leviers techniques et réglementaires ne peuvent constituer seuls la solution ; - de montrer que les dispositifs matériels ont une influence sur les pratiques d'usage et qu'ils peuvent aussi être détournés ; - de promouvoir une approche plus systémique du bâtiment, que ce soit en termes d'interaction avec d'autres dimensions de la qualité du bâtiment : QAI8, coûts de la non qualité, etc., ou d'importance du facteur humain (nécessaire coordination des professionnels, impact des usagers, etc.) En bref, il faudrait réconcilier l'humain et la technique.

Si ces changements ont jusqu'alors opéré plus ou moins facilement dans leur forme contrainte, la bonne nouvelle est que ce sont autant de champs d'innovations potentielles, non seulement techniques et technologiques mais aussi organisationnelles et sociales, et donc autant de vecteurs de développement économique et de transition sociétale. La problématique de performance énergétique réelle a donc non seulement permis une prise de conscience de l'impact de l'usage et de la pertinence à prendre en compte les usagers, mais elle a plus globalement souligné l'importance du « facteur humain » en termes de dynamiques individuelles et collectives, que ce soit dans l'acte de construire et rénover, ou dans l'usage du bâtiment. Elle a, en outre, induit de nouvelles questions, de nouveaux enjeux comme autant de défis et vecteurs de transition. Enfin, après avoir été impulsé de manière règlementaire dans le cadre du parc immobilier neuf (via des RT exigeantes), le problème de la sobriété énergétique se pose à présent sur l'existant qui constitue la majorité du parc9. Désormais, la rénovation semble bien être le nouveau défi du bâtiment.

B - Changement de paradigme : obligation de moyens ou de résultats ?

Par ailleurs, il y a une décorrélation entre les objectifs publics (nombre de logements à rénover, niveau énergétique à atteindre, etc.) et les réglementations du secteur (obligations de moyens techniques et de mise en œuvre, résultats sur des paramètres techniques comme l'étanchéité, etc.). Pourquoi ne pas cascader et ventiler les grands objectifs nationaux en sous objectifs engageant chacun des acteurs du bâtiment.

Les secteurs de l'industrie fonctionnent en obligations de résultats depuis des décennies, ce qui leur a permis une amélioration forte et continue. Les niveaux de performance, de qualité, de rentabilité et de notion de service client y sont élevés. Tout n'en est évidemment pas transposable, et certaines dérives peuvent être source d'apprentissage pour d'autres secteurs qui ont l'ouverture suffisante pour vouloir s'en inspirer. Ceci constitue une évolution non négligeable pour les métiers du bâtiment, qui peuvent se faire conseiller par des agences en conduite ou accompagnement au changement, pour plus d'efficacité.

C - Qu'est ce que l'AMU ?

D'abord impulsée sur les plans règlementaire et technique, c'est une petite révolution qui, de fait, s'opère peu à peu également sur le plan social, organisationnel et culturel. Les difficultés à atteindre les exigences formulées en termes d'objectifs techniques ont permis de questionner les moyens pour les atteindre et, ce faisant, de remettre le « facteur humain » et la question des dynamiques collectives/ d'acteurs au centre des préoccupations. Une situation qui a conduit à solliciter des compétences spécifiques, et ce de manière inédite. C'est ainsi qu'est né un nouveau champ d'intervention professionnel : l'assistance à maîtrise d'usage (AMU).

L'AMU est (donc) un nouveau domaine d'activités professionnelles dont l'objectif est d'associer les parties prenantes de l'usage (par exemple, dans le cas d'une école ; élèves, personnel enseignant, administratif et technique, direction, collectivités, etc.) et d'intégrer leurs besoins, aspirations et contraintes dans les décisions concernant le projet immobilier, désormais appréhendé également comme « cadre de vie bâti », et ce durant toutes les phases de son cycle de vie. Particulièrement pertinente lors de la programmation-conception et lors de l'exploitation, elle est, de fait, le plus souvent sollicitée pour faciliter l'exploitation et la rénovation.

Définir l'AMU nécessite en préambule de souligner une nuance essentielle, sur ce qu'évoque le terme de « maîtrise ». E n effet, l 'AMU est avant tout un processus d'accompagnement des acteurs, lequel recouvre différents champs d'intervention possibles ; réappropriation de bâtiments (publics, privés) et d'espaces partagés en usage, rénovation (logement social, copropriété), conception participative de bâtiment et nouvelles formes d'habitat (par exemple, dans le logement ; l'habitat participatif). L'objectif est de favoriser l'appropriation du projet (de construction ou de rénovation) et/ou du bâtiment lui-même, et de concilier confort, sobriété et qualité des projets de manière pérenne. Cet objectif s'inscrit plus globalement dans une démarche d'optimisation du coût global, d'innovation socio-organisationnelle, et de dynamique territoriale.

Une mission d'AMU agit notamment sur les conditions d'écoute et de dialogue, afin de faciliter les relations entre les différents acteurs (techniciens, experts et professionnels du bâtiment, usagers), de favoriser leur l'acculturation mutuelle et la prise de décision, ainsi que la montée en compétences des professionnels et une meilleure appropriation du bâtiment, et de ses équipements par les usagers. Elle permet également une meilleure compréhension du système bâti (par enrichissement mutuel de connaissances)10 et une meilleure autonomie des occupants dans leurs capacités de gestion.

Elle s'appuie sur des savoirs (connaissances, expertises, méthodologies, etc.) issues des sciences humaines, sociales et comportementales, de l'ingénierie énergétique mais aussi de la concertation, de l'animation de groupe, du conseil. Elle repose sur l'audit de l'usage du bâtiment, des pratiques d'acteurs et sur l'accompagnement au changement de ces pratiques vers plus de sobriété. Cette ingénierie socio-technique utilise des outils variés, co-conçus et co-produits ad hoc avec les occupants ; - études, analyses systémiques, ateliers d'usage multi-acteurs, design de projet ; - guides de fonctionnement et de règles de vie du bâtiment11.

Les spécialistes en maîtrise d'usage travaillent à la prise de conscience des surconsommations de ressources dans l'usage du bâtiment, en opérant une synthèse entre l'optimisation de scenarii d'utilisation, le pilotage technique des équipements et leurs consignes d'utilisation, et c e dans une stratégie « gagnant-gagnant » ; un meilleur confort associé à des gains énergétiques réels, en intégrant les contraintes financières. Par exemple en phase d'exploitation, il en résulte un gain énergétique qui varie de 10 à 20 % (selon le niveau de performance initial du bâti, la qualité de la dynamique de groupe, etc.).

E - Réussir la rénovation des copropriétés : MOE, AMU… what else ?

En copropriété, ce processus souple d'AMU qui peut s'apparenter à une colonne vertébrale de l'accompagnement (squelette et protocoles du coaching professionnel par exemple), est insuffisant. Le métier d'« AMO coach accompagnateur de copropriété », doit se pourvoir aussi de compétences en « ingénierie financière », communication, juridique et stratégie sociale. Il endosse ainsi une posture de « tiers de confiance », un intermédiaire entre copropriétaires et secteur professionnel.

L' ingénierie financière est nécessaire pour être en capacité de synthétiser de manière robuste, la diversité des dispositifs complexes de subventions à la rénovation, et donner une vision simple du reste à charge de chaque copropriétaire afin qu'il puisse se projeter. Elle doit aller plus loin en proposant des scenarii d'étalement des dépenses adaptées au profil socio-économique du syndicat des copropriétaires. Ceci permet parfois d'accéder à des travaux ambitieux pour des foyers populaires. Une connaissance de la comptabilité et une aide à la gestion de trésorerie renforce la sécurisation du projet (nombreux sont les projets en travaux stoppés pour déficit de trésorerie).

Des compétences ou une sensibilité aux enjeux de communication, sont primordiales pour passer outre les clivages d'intérêts personnels au sein des copropriétés, et rendre accessible, à tous, l e travail « technique » et économique des MOE (maîtres d'œuvre) « sachants ». Il est difficile pour ces derniers d'être et paraître « experts » (crédibilité par le vocabulaire technique), tout en vulgarisant grâce à un vocabulaire courant (position basse). Contrairement aux MOA professionnels (collectivités, entreprises, etc.), les MOA copropriétaires ont rarement les compétences et le temps pour appréhender aisément ces projets de rénovation. De plus, ceux-ci revêtent une image inaccessible du fait de leurs coûts et caractère unique dans la vie d'une résidence.

L'aspect juridique de la copropriété est couvert par le syndic, et méconnu [...]

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