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«La quasi-totalité des agences d’architecture a fait une demande de chômage partiel», Jean-Michel Woulkoff, président de l’Unsfa
Jean-Michel Woulkoff, président de l'Unsfa, interpelle le gouvernement sur les difficultés rencontrées par les architectes. - © HASE
Interview

«La quasi-totalité des agences d’architecture a fait une demande de chômage partiel», Jean-Michel Woulkoff, président de l’Unsfa

Propos recueillis par Marie-Douce Albert |  le 25/03/2020  |  CoronavirusJean-Michel WoulkoffUnion nationale des syndicats français d'architecture (Unsfa)France

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Coronavirus
Jean-Michel Woulkoff
Union nationale des syndicats français d'architecture (Unsfa)
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France
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Selon l’Union nationale des syndicats français d’architectes (Unsfa), l’activité des agences s’est réduite de moitié en raison de la crise du coronavirus. Son président, Jean-Michel Woulkoff, interpelle Franck Riester, le ministre de la Culture, tutelle de la profession, et demande des garanties, notamment sur le maintien de la chaîne des paiements pour tous les acteurs de la construction.

En cette deuxième semaine de confinement, de quelles difficultés vous font part vos confrères?

Tout d’abord, l’arrêt des chantiers prive les agences de 50% de leur activité. Nous avons jugé, il y a quelques jours, que la relance des travaux ne pouvait de toute façon être envisagée sans garanties sur la sécurité sanitaire de tous. Mais de facto, la moitié de nos collaborateurs n’a plus de travail tandis que 50% de nos honoraires ne sont plus versés.

Côté conception, tout est ralenti également. Nos maîtres d’ouvrage sont évidemment eux aussi confrontés aux difficultés engendrées par cette crise et donc sont peu présents.

Par ailleurs, les dossiers d’appels d’offres en cours sont bloqués, les jurys de concours sont reportés ou annulés et très peu de nouvelles consultations sont lancées. Déjà depuis la mi-janvier, en raison des élections municipales, l’activité des marchés publics était très ralentie, et tout cela dans un contexte déjà atone ces dernières années, en raison de la baisse des dotations publiques. Mais avec le COVID-19, nous faisons face à un arrêt total. Et la situation n’est pas propice à se constituer une nouvelle clientèle du côté du privé.

Par ailleurs, vous déplorez que la machine administrative soit enrayée…

Les décisions administratives, comme les instructions de permis de construire, sont suspendues. En effet, la dématérialisation des procédures n’est aujourd’hui qu’une réalité partielle. Elle est effective dans les métropoles ou les grandes communautés de communes, mais toutes les municipalités n’en ont pas les moyens. Et de toute façon, il reste une trop forte culture du papier dans ce pays.

Permis accordés tacitement

Dans cette situation, des permis vont être accordés de manière tacite, ce qui les fragilisera, même si la loi du 23 mars minimisera cela tout en rallongeant les délais d’instruction. Nous risquons d’avoir des recours ou des retraits demandés par les préfets qui exerceront leur contrôle de légalité. Dès lors, il faudra reprendre tout le travail, ce qui nous fera perdre des mois.

Les agences d’architecture ont-elles recours au chômage partiel?

La quasi-totalité des agences d’architecture en a fait la demande. Mais au bout de dix jours, elles n’ont toujours pas reçu de numéro d’attribution de dossier, ce qui signifie que celui-ci n’a pas encore été instruit. Evidemment, les services sont débordés puisqu’on estime actuellement qu’une entreprise française sur trois a recours au chômage partiel. Il faut ajouter à cela la question de la garde des enfants à domicile et celle des architectes libéraux dont l’indemnisation n’est pas encore acquise.

Fiches pratique en ligne


Chômage partiel et télétravail, fonds de soutien aux petites entreprises, gestion des chantiers, prévoyance... l’UNSFA met à disposition sur son site internet un certain nombre de fiches pratiques pour aider les agences à gérer les conséquences de la crise en cours.

Tel que le dispositif est prévu, nous devons verser les salaires avant d’être remboursés… Mais la fin du mois arrive. Comment allons-nous faire? On nous a certes annoncé que nos demandes de prêts bancaires seraient garanties par l’Etat et nous saluons cette mesure. Mais comment cela va-t-il être mis en œuvre, et dans quel délai? Tout cela fait que la reprise de l’activité s’annonce très difficile. Des agences fermeront sûrement.

Qu’attendez-vous aujourd’hui du gouvernement?

Nous demandons le soutien de Franck Riester, ministre de la Culture, qui est notre tutelle. Jusqu’à présent, nous n’avons eu aucunes nouvelles de sa part. Pratiquement, nous souhaitons l’instauration d’un service administratif minimum afin que l’instruction des permis puisse se poursuivre.

Aucunes pénalités de retard

Nous demandons la garantie, de la part du gouvernement, que les maîtres d’ouvrage assurent la poursuite des appels d’offres ainsi que la continuité de la chaîne de paiements, et ce, bien sûr, pour l’ensemble des entreprises de la construction. Nous voulons aussi avoir l’assurance que les architectes ne subiront aucunes pénalités de retard sur des chantiers fermés ou ralentis, que ce soit en privé ou en public.

Au-delà des conséquences immédiates sur l’activité des agences, cette crise changera-t-elle la profession d’architecte à long terme?

Nous travaillerons sûrement différemment. Nos méthodes en matière de communication, d’échanges et de déplacements évolueront. Nous deviendrons peut-être plus responsables, dans une optique de développement durable. Notre rapport à l’administration aussi changera.

Enfin, plus généralement, nous observerons, côté industriel, un phénomène de rapatriement des productions et des savoir-faire. Car nous voyons tous, dans cette crise, les limites de l’externalisation.

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«La quasi-totalité des agences d’architecture a fait une demande de chômage partiel», Jean-Michel Woulkoff, président de l’Unsfa

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Architectes en colère …

26/03/2020 16h:18

Mesdames, Messieurs, Cette crise du Coronavirus devrait permettre à l’Ordre des Architectes de recadrer avec le Gouvernement certaines difficultés rencontrées auprès de nos clients promoteurs immobiliers. Le gouvernement devrait être plus attentif à nos demandes pour relancer l’économie qui sera fortement affaiblie après cette crise. Les recommandations de l’Ordre des Architectes concernant les contrats avec les promoteurs immobiliers sont judicieuses … Mais la difficulté est que tous les promoteurs nous imposent leurs contrats type rédigés par les avocats de leur direction nationale, et que localement les directeurs régionaux n’ont pas ou peu de liberté pour les changer. Si on insiste on nous répond que tous les architectes signent ces contrats sans discuter, et que si on est pas d’accord d’autres architectes cherchent du travail. L’Ordre des Architecte doit se préoccuper de ces graves dérives qui mettent à mal notre trésorerie, et qui ne nous donnent plus les moyens financiers de faire correctement nos missions. Quelques exemples de clauses imposées : - L’architecte reprendra son projet autant de fois qu’il sera nécessaire pour obtenir le permis de construire (sans honoraires correspondants). Y compris quand la mairie ou l’ABF décident arbitrairement de réduire les possibilités constructibles sur un terrain ou quand le promoteur change son programme. - L’architecte ne touche que 10 à 20% des honoraires de permis de construire au dépôt de permis de construire alors que sont travail est totalement accompli. La loi ne prévoit elle pas qu’un travail totalement accompli doit être payé dans les 45 jours ?L’architecte ne touche aucun acompte avant le dépôt du permis de construire. Le solde des honoraires est soumis à l’obtention du permis de construire et au recours des tiers. Le pire (je le vis en ce moment), c’est qu’après 4 ans de procédure suite à un recours des tiers sur un projet important, le solde des honoraires dépend maintenant de la date d’acquisition du terrain (6 mois d’attente supplémentaire…). Malgré le fait que la qualité de notre travail a permis de remporter deux appels à projets totalisant 240 logements, le promoteur qui ne doute de rien nous fait quand même travailler sur le DCE/PRO et les plans de vente qui seront eux aussi payés après l’achat du terrain. Et malgré les difficultés actuelles le promoteur ne veut toujours pas payer le solde des honoraires d’un PC accordé en 2016… il s’en remet à ce qui est signé dans le contrat. - Il est à préciser que si le promoteur ne va pas au bout de l’opération quelqu’en soit la raison, aucun honoraire ne sera du à l’architecte. La conjoncture actuelle pourrait aboutir à cela … - les permis de construire modificatifs sont inclus dans le cout des prestations, ainsi que les modifications du promoteur et des acquéreurs sur les plans de vente, de même sont inclus les plans de décoration des halls d’entrée, parfois même les plans DCE/PRO des réseaux et des fluides (pas de BET) alors que cela n’est pas dans nos compétences ... L’Ordre des Architectes pourra évoquer qu’il ne faut pas signer n’importe quoi, il n’empêche que les architectes ont à payer les salaires et les charges en fin de mois, et qu’on ne peut pas faire le poids face à des clients qui n’ont que l’embarras du choix d’architectes tous prêts à accepter ces conditions pour survivre. Il est du devoir de l’Ordre des Architectes de monter au créneau pour éviter de telles dérives qui sont généralisées (presque tous les promoteurs imposent ce type de contrats), et de faire imposer par la Loi l’interdiction de telles pratiques intolérables. Sinon la profession s’affaiblira par manque de moyens, et suite au risque de régression de la qualité de nos prestations, et elle disparaîtra tout simplement. Une pensée affectueuse pour Jean-Edouard Girardot architecte talentueux qui avec un humour désespéré appréciait ce repos imposé dans son lit d’hôpital quelques jours avant de nous quitter.

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