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La pyrale du buis ravage la nature occitane
Voile en forêt créé par les attaques de la pyrale du buis. - © Laurent Miguet

La pyrale du buis ravage la nature occitane

Laurent miguet |  le 16/08/2018  |  Occitanie

L’attaque de la pyrale du buis prend une ampleur sans précédent cet été, dans les espaces naturels de la région Occitanie, en particulier en Ariège, dans l’Aude et dans l’Hérault. La fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles confirme des dégâts sans doute irrémédiables et constate l’absence de réponse à court terme.

Passé le col de Porte-Pa en montant de Montgailhard sur la rive droite de l’Ariège, la marche tourne au calvaire : un voile poisseux s’épaissit à chaque pas. Il colle aux cheveux, au sac à dos et aux vêtements. Des dizaines de chenilles vertes s’incrustent. Certes, les pyrales, inoffensives et peu combatives, succombent à la première chiquenaude. Mais elles triomphent par leur nombre. Non contentes de dépouiller les buis de leur feuillage, elles pendent à tous les arbres de l’épaisse forêt de feuillus, sur le chemin qui, au bout d’une dizaine de km, conduit à la forteresse et au village de Roquefixade, après la traversée du hameau de Leychert.

 

Randonneurs éprouvés

 

« Evitez de déposer les sacs sur les lits, ça facilitera l’aspiration », lâche, fataliste, le nouveau gérant du gîte communal, au moment d’ouvrir la porte du dortoir. Prévenus du fléau, d’autres randonneurs évitent désormais la forêt. Malgré l’ombre bienfaisante des feuillages dans ces premières journées caniculaires d’août, ils se résignent à subir la réverbération thermique du bitume dans les petites routes de fond de vallée.

Nulle part ailleurs qu’entre Foix et Roquefixade, la pyrale n’imprègne autant la forêt, dans les cinq étapes suivantes du sentier cathare en direction de la Méditerranée. Mais les foyers ne manquent pas. Joyau de l’itinéraire et ultime refuge des Cathares jusqu’au siège de 1243, la butte de Montségur présente encore des buis verts, en cette après-midi du 6 août. L’assaut commence. Avant même de voir les buis attaqués, le marcheur en sent l’odeur âcre. Armé d’un bâton, il balaye l’air devant lui au point de tituber sur le sentier escarpé : la dérisoire défense freine à peine l’imprégnation de la barbe à papa sur sa peau. Jamais plus il ne regardera cette confiserie du même œil. 

Voile en forêt créé par la pyrale du buis

 

 

Attaque sans précédent

« Oui, il s’agit d’une attaque sans précédent dans la région, comme nous l’avons constaté ce printemps avec la direction régionale de l’agriculture et de la forêt et le département de la santé des forêts », soupire Philippe Texier-Malicorne, directeur de la fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (Fredon). « En 2017, quelques défoliations partielles avaient atteint des sujets isolés dans la garrigue : rien à voir avec les ravages ahurissants dont nous alertent cette année les randonneurs, en Ariège, dans l’Aude et dans l’Hérault », poursuit le directeur.

Régulièrement questionnés par le public dans un état proche de la psychose, les collectivités qui interrogent la Fredon sur l’attitude à prendre se heurtent à un constat d’impuissance à court terme. « Certes, le Bacillus thuringiensis a prouvé son efficacité dans les parcs et jardins. Mais produit biologique ne veut pas dire neutre : sans même parler des coûts, on ne maîtrise pas l’impact sanitaire d’un épandage aérien sur les auxiliaires et les espèces protégées », détaille Philippe Texier-Malicorne.  Faute de recul suffisant et malgré l’exemple prometteur de la mésange face à la  chenille processionnaire du pin, la piste de la prédation naturelle reste au point mort pour la pyrale.

 

Voile en forêt créé par la pyrale du buis

 

 

 

Lueur d’espoir

Le constat de reprise des buis, après une invasion, offre un réconfort relatif : « Cumulées avec des vagues de sécheresse, plusieurs attaques successives finiront par détruire certaines forêts patrimoniales », pronostique le directeur régional de la Fredon. Mais Philippe Texier-Malicorne n’en reste pas moins convaincu que grâce à la mobilisation des pouvoirs publics et des chercheurs, « le buis finira par renaître de ses cendres ». La réussite de la mobilisation internationale, face au cynips du châtaignier, alimente cet espoir. Dans l’immédiat, la désaffection touristique constituerait la pire des réponses pour les amoureux de l’Occitanie : en laissant s’installer l’idée d’une perte de valeur d’un patrimoine d’exception, elle freinerait par ricochet la mobilisation des pouvoirs publics.

 

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