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La Part-Dieu se reconstruit plus grande et plus haute

CATHERINE SABBAH |  le 17/06/2011  |  Alpes-MaritimesGirondeRhône

quartier d’affaires -

Comme dans le quartier de Paris-La Défense, la dalle des années soixante de la Part-Dieu à Lyon, et son enchevêtrement de fonctions superposées, a fait son temps. Sous la houlette des architectes urbanistes de l’AUC, la restructuration du quartier se focalise sur trois enjeux : simplifier, ouvrir et accueillir.

Densifier, animer, mixer et porter la Part-Dieu au rang de quartier d’affaires européen prendra dix, quinze, vingt ans selon la conjoncture. L’ambition de Gérard Collomb, le maire de Lyon, n’est pas limitée dans le temps.

En tout cas, le pli est pris par la communauté urbaine du Grand Lyon comme par les investisseurs et propriétaires fonciers du quartier qui voient là l’incroyable aubaine de rénover leurs immeubles ou d’en construire de nouveaux avec la bénédiction de la collectivité. Les architectes urbanistes de l’AUC (Djamel Klouche, François Decoster et Caroline Poulin) ont bâti ce grand projet urbain prospectif selon quatre axes : un quartier « stimulé », dont le nombre de mètres carrés Shon de bureaux pourrait passer de 880 000 à 1,5 million d’ici à 2030, la taille critique pour prétendre à l’envergure européenne, si le marché le permet. Il s’agit d’attirer des investissements tertiaires, commerciaux et hôteliers, et d’ajouter des logements à un quartier essentiellement doté de bureaux.

Intégrer les projets en cours

Un « sol facile » transformera aussi la structure sur dalle des années soixante, qui privilégiait les accès automobiles et les souterrains, en un secteur accessible relié à la ville par des rues en lieu et place de passerelles, de rampes ou d’escaliers. Le piéton et les transports doux devraient l’emporter sur la voiture. Troisième axe, les urbanistes ont imaginé une « skyline » en écho à la ligne des Alpes à l’horizon : les tours seront plus nombreuses et plus hautes, les grands gestes architecturaux sont évidemment les bienvenus. Enfin, le quartier sera durable par le respect de toutes les contraintes de construction désormais attachées à ce terme, comme par le mélange des fonctions et des populations qu’il devra accueillir.
Loin de la « table rase », les urbanistes, qui travaillent sur des problématiques voisines à Paris-La Défense et à Mériadeck à Bordeaux, ont intégré à leur plan des projets déjà en cours. La gare devrait être agrandie et ouverte sur l’extérieur pour accueillir le doublement de la ligne TGV. Des concours sont déjà lancés pour de nouveaux immeubles.
La mécanique est enclenchée et s’appuiera pour réussir sur des partenariats à inventer : sans l’impulsion de la collectivité, le projet ne pourrait aboutir, mais pour réussir, il a besoin des investissements massifs des partenaires privés qui décideront de participer (ou pas) à cette dynamique. Dirigée par Bernard Badon, la mission Part-Dieu est chargée de mettre en musique les projets et de s’assurer que les centaines de milliers de mètres carrés prévus n’arrivent pas tous en même temps sur un marché tertiaire tout de même limité à 50 000 m 2 par an. La révision du plan local d’urbanisme devrait être entamée avant la fin de l’année et se fera en plusieurs phases.

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La Part-Dieu en chiffres (en 2011)

2 200 entreprises
40 000 emplois ; 75 000 estimés en 2030
2 000 chambres d’hôtels
267 boutiques
8 000 places de parking
185 000 voyageurs/jour (TGV, TER, TCU) ; 337 000 estimés en 2030

fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Grand Lyon. Maîtrise d’œuvre (phase études) : l’AUC, architectes urbanistes ; PRO-Développement, programmation ; RFR éléments, BET développement durable ; Citec, BET mobilités durables. Superficie : 135 ha. Programme : 950 000 m 2 Shon, dont 650 000 m 2 de bureaux, 150 000 m 2 de logements, 200 000 m 2 d’équipements, services, commerces. Montage opérationnel : en cours d’études. Calendrier : 2010-2030.

Des partenariats inédits

Ecoute, intérêt, soutien… Gérard Collomb pourrait rougir de ces compliments prononcés par plusieurs des acteurs privés du quartier de la Part-Dieu. Pour son réaménagement, le maire a mis sur pied une mission de cinq personnes chargée d’inventer de nouveaux partenariats et de faire prospérer ces bonnes relations avec les 2 200 entreprises locataires et les grands propriétaires du site. « Un euro d’argent public devra générer deux à trois fois plus d’investissements privés », dit-il. Les promoteurs sont donc invités à monter plus haut, à se positionner sur des lots « et il n’y en aura pas pour tout le monde », ajoutait le maire en vendant son projet lors du Mipim, le salon de l’immobilier d’entreprises à Cannes en mars dernier. Certains maîtres d’ouvrage sont aussi puissants ou presque que la communauté urbaine du Grand Lyon : la SNCF en passe de lancer les travaux d’agrandissement de la gare, Unibail-Rodamco qui possède - avec Decathlon, les Galeries Lafayette et Carrefour Property - les 267 boutiques du centre commercial construit en 1975, plusieurs grands groupes d’investissement comme Foncière des Régions, SwissLife… Certains espaces sont de fait partagés, comme la dalle, à la fois toit du centre commercial privé et espace public très fréquenté. « Aujourd’hui, espaces et acteurs sont si imbriqués que personne ne peut rien faire seul donc il va falloir se parler et innover », résume Bernard Badon, chef de la mission Part-Dieu. Il compte sur des coproductions public/privé, dont les discussions ont déjà commencé, et s’étonne de l’enthousiasme que suscite le projet parti « plus vite que prévu ». Le plan local d’urbanisme devrait être révisé avant la fin de l’année, pour permettre aux tours de monter plus haut.

Dalle Le « sol facile »

Marcher à plat sans avoir à monter sans arrêt des escaliers, à contourner des immeubles, à enfiler des passerelles, voilà qui changerait le quotidien des promeneurs du quartier de la Part-Dieu. C’est l’idée du « sol facile » : libérer la vue du paysage et relier la dalle à la ville via une diagonale « créative » partant à l’ouest des halles Paul-Bocuse pour rejoindre la place de Francfort à l’est, en passant par l’auditorium et la bibliothèque. « Pour retrouver l’échelle du piéton, un socle de 7 m abritant des commerces ou des services deviendra la règle en rez-de-chaussée des projets réhabilités ou nouveaux », explique François Decoster (l’AUC). Le toit du centre commercial, déjà très passager, se muerait en un grand espace aux « usages hybridés » doté d’une « info-structure » : « l’information devient une fonction indispensable dans l’espace, un enjeu important de la mobilité et de la circulation et la solution pour rendre praticable un espace saturé, poursuit l’urbaniste. Lorsque l’on est au-dessus, il doit être possible de savoir à quelle heure et de quel quai part son train, quelle est l’alternative s’il a du retard, si je peux louer un vélo… »

Recyclage Faire du neuf avec du vieux

Ni « table rase », ni départ à zéro. Certains projets en voie de transformer le quartier de la Part-Dieu sont déjà lancés et s’intègrent dans le grand lifting : la tour Oxygène a été livrée en 2010, le chantier de la tour Incity (200 m de haut, 40 000 m 2 ) démarrera en juin, General Electric a transformé un parking en immeuble de bureaux, Icade devrait juger avant l’été le concours d’un immeuble de 30 000 m 2 . Le projet de Foncière des Régions était aussi dans les tuyaux depuis plus d’un an. Plutôt que de démolir la tour que le groupe possède à 200 m de l’entrée de la gare, l’idée de l’agence MA Architecture est de la dédoubler. « Notre tour est construite à l’ancienne, creusée d’un noyau qui occupe beaucoup de place, explique Pascal Crambes, responsable du projet pour la Foncière. L’astuce consiste à le “ sortir ” et à mutualiser les escaliers, les ascenseurs et certains locaux techniques avec le nouvel immeuble de 107 m que nous construirons à côté. » (photo ci-dessus). Ce mixte ancien/moderne permet de limiter le coût total de l’opération à 200 millions d’euros et de construire un immeuble au loyer compatible avec le marché lyonnais. « Entre la rénovation et la construction neuve, notre modèle “ tourne ” », poursuit-il. Conçu avant le projet de l’AUC, il s’intègre parfaitement dans l’idée des urbanistes et leur souhait d’éviter la « table rase ». Le doublement de la tour, comme celle de SwissLife, stimule le quartier tout en respectant son histoire.

Usages Un quartier stimulé plutôt que densifié

« Stimulé » plutôt que « densifié »… Le vocabulaire de l’AUC est choisi avec soin. Une manière d’expliquer que l’ajout de mètres carrés est soigneusement pensé : « Nous ne sommes pas partis d’un raisonnement économique qui aurait consisté à vendre assez de mètres carrés pour financer les aménagements au sol. Nous avons réfléchi aux usages nécessaires et à la taille minimale d’un quartier d’affaires souhaitant s’imposer à l’échelle européenne. L’architecture vient ensuite », explique François Decoster. Dans une ou deux décennies, la Part-Dieu devrait avoir presque doublé de taille, avec 800 000 m 2 Shon supplémentaires partagés entre bureaux et équipements culturels et commerciaux. « Toutes ces surfaces n’arriveront pas en même temps sur le marché, précise Bernard Badon, directeur de la mission. Depuis des années, le quartier absorbe chaque année 25 % de la demande de bureaux à Lyon, soit environ 50 000 m 2 . Nous allons poursuivre sur cette moyenne tout en sachant que plus le quartier sera attractif et plus il servira de locomotive pour lui-même et le reste de l’agglomération. »

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