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« La nouvelle réglementation amiante renchérit fortement nos prestations », Daniel Midavaine, président du Syndicat national des entreprises de démolition

Florent Lacas |  le 21/06/2012  |  Nord

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Alors que le Syndicat national des entreprises de démolition (Sned) tient sa Rencontre des métiers à Lille, les 22 et 23 juin, son président Daniel Midavaine détaille comment la nouvelle réglementation amiante changera la donne dans le secteur, en particulier en termes de prix.

AMIANTE

Le décret du 4 mai divise par dix la valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) à l’amiante en 2015. Comment les entreprises de démolition vont-elles s’adapter ?

 Ce décret nous impose en effet, d’ici le 1er juillet 2015, de passer à une VLEP à  dix fibres par litre, alors que nous sommes aujourd’hui à 100. À partir du 1er juillet 2013, nous devrons faire appel, sur chaque chantier, à un organisme contrôlant le niveau d’empoussièrement des lieux désormais par la méthode du microscope électronique à transmission analytique au lieu de la MOCP. Et la distinction, dans le Code du travail, entre l’amiante friable et non-friable a été supprimée. La principale conséquence de ce durcissement de la réglementation sera qu’avant d’attaquer chaque chantier, les démolisseurs devront mener une réflexion profonde pour définir les moyens humains et techniques adaptés à la situation. Cela passe, entre autres, par l’obligation d’intégrer un bureau méthodes au sein de nos entreprises.

Les entreprises devront consentir à un lourd investissement en machines ?

Oui. Nous devons en effet robotiser quand c’est possible le maximum de tâches. Des solutions existent aussi pour éviter la pollution de certains équipements, difficiles à décontaminer, en installant le bloc-moteur par exemple d’une centrale d’aspiration en dehors de la zone de travail. Plus puissant et plus efficace que des centrales individuelles, cet équipement pose cependant d’autres contraintes de transport et d’acheminement sur le chantier. Nous nous penchons également vers des appareils radioguidés, mais le marché est encore trop atomisé. Notre commission « Machines et outils » travaille avec les fabricants pour trouver les meilleurs moyens de mécaniser le retrait de l’amiante.

Y a-t-il toujours un manque d’équipements de marques françaises pour la mécanisation du désamiantage ?

Cela évolue de par l’investissement des fabricants. Ils sont conscients du fait que, dans les années à venir, il faudra de plus en plus robotiser. Le démantèlement des centrales nucléaires est un exemple, porteur d’enseignements pour l’avenir, même si nous ne disposons, pour le moment, que d’embryons de réponses. Par exemple, humidifier l’air pour supprimer les particules en suspension pose deux soucis : les produits mouillés à terre peuvent migrer dans le sol et l’humidité peut colmater les masques respiratoires portés par les salariés.

Quelles sont vos démarches en cours en matière d’amélioration des conditions de travail ?

 La sécurité de nos salariés est un de nos soucis primordiaux. Nous tiendrons, lors de notre assemblée générale, un atelier sur les conditions de travail dans le cadre de la découpe de béton. En collaboration avec l’agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, six de nos entreprises ont ouvert leurs portes à un consultant en prévention des risques. Nous tirerons de cette expérience un guide de recommandations pour nos entreprises. Elles y trouveront des indications sur les éléments incontournables de l’évaluation des risques professionnels. Une partie de ces recherches concerne également l’amélioration des outils utilisés par nos salariés, que nous aimerions rendre à la fois plus ergonomiques et économiques.

Comment le Sned pourra-t-il soutenir ses adhérents pour relever ces défis ?

 Nous allons recruter un collaborateur chargé des affaires techniques  au sein du syndicat. Le Sned, par ailleurs, continuera son travail de veille sur les textes qui concernent nos métiers.

CONJONCTURE

 
De quelle manière cette nouvelle réglementation amiante impacte-t-elle le climat économique pour vos entreprises ?

Elle génèrera une forte augmentation du prix de nos prestations, du fait des investissements importants en matériel, préparation de chantier et formation des salariés. Le désamiantage représente aujourd’hui entre 30 et 40 % de nos dépenses sur une opération. Auparavant, nous nous situions à 20-25 %.

Cela augure-t-il d’un coup de frein sur votre activité ?

En effet, la révision des conditions financières de nos prestations nous laisse craindre qu’un certain nombre de chantiers ne soient plus réalisés. Les élections présidentielles puis législatives constituent un autre facteur d’attentisme. Il y a toutefois un point positif : en 2011, nous avons profité d’une progression de 5 % du volume d’activité, ce qui nous a permis de reconstruire partiellement nos marges. Nos entreprises peuvent donc maintenir leur effort en recherche-développement.

De quelle manière l’année 2012 se soldera-t-elle pour vos entreprises ?

Nous sommes réservés pour 2012 et 2013. Dans certaines activités, nos prix vont être multipliés par deux voire par trois. Or, on ne peut vendre que si le client a la capacité d’acheter... Ce que nous craignons, c’est que les offices HLM décident de construire moins. Nous nous retrouverions alors avec des friches urbaines, et moins de chantiers à gérer.

Y a-t-il un risque que l’on ne fasse plus appel aux démolisseurs, parce que l’on privilégiera la réhabilitation ? 

Pas forcément, puisque quand vous réhabilitez, vous devez également désamianter. Et il peut coûter encore plus cher de déposer de l’amiante lorsque vous ne démolissez pas le bâti ensuite, puisque cela complexifie la logistique du chantier.

DIAGNOSTIC DÉCHETS

 
Le Sned est, semble-t-il, satisfait du décret entré en vigueur en mars imposant, avant la démolition de certains bâtiments, la réalisation d’un diagnostic déchets…

Nous réclamions depuis plusieurs années un tel outil, permettant d’établir une traçabilité des déchets. En particulier, car certains démolisseurs peu soucieux de la protection de l’environnement font de la concurrence déloyale, en proposant des prix inférieurs aux entreprises de démolition vertueuses sur le plan du tri des déchets. À présent, chacun sera mis en face de ses responsabilités, et cela permettra de mieux responsabiliser également les maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre sur les solutions retenues.

Ce décret s’applique-t-il bien sur le terrain ?

Pas toujours, car il n’y a pas assez d’experts compétents et indépendants disponibles pour réaliser ces diagnostics déchets. Il faudra du temps pour en former, car il n’est pas donné à tout le monde, par exemple, d’établir un diagnostic de la ferraille précis. Et si l’on constate des écarts entre les diagnostics initiaux et le résultat final, l’entreprise devra les justifier. Nous aborderons d’ailleurs la question de la responsabilité de l’entreprise de travaux dans le cadre de ces diagnostics déchets lors de notre assemblée générale.

Les diagnostics ne sont donc pas toujours assez précis ?

Pas assez précis et souvent incomplets. En tant que professionnels, nous avons l’obligation d’informer nos clients en cas d’erreurs dans le repérage. Mais ils soupçonnent parfois l’entreprise d’exagérer la quantité de déchets à traiter puisque cela augmente le prix de notre prestation. Les maîtres d’ouvrage peuvent aussi nous trouver très exigeants, alors que nous ne faisons qu’appliquer la réglementation. Pour tenter de résoudre ces malentendus, nous allons présenter, le 22 juin lors de notre assemblée générale, un guide sur les points essentiels que doit contenir un dossier de consultation des entreprises, réalisé avec l’Union nationale des économistes de la construction.

IMAGE DU MÉTIER

Les jeunes ont-ils toujours une image datée des métiers de la démolition ?

Nos métiers ont beaucoup évolué ces quinze dernières années. Lorsque l’on évoque la démolition, la plupart des jeunes imaginent un gros brise-béton en action, alors même que nous en utilisons de moins en moins au profit de petits engins parfois téléguidés. Si nous avons un espoir d’attirer les jeunes ingénieurs, c’est en leur rappelant que nos chantiers sont très diversifiés : chaque opération contient un problème particulier à gérer, selon que nous opérions en bâtiment occupé ou en site urbain, par exemple. Nous voulons également « positiver » l’image du démolisseur, en insistant sur le fait qu’il intervient pour permettre qu’une construction se fasse dans la foulée.

Quel bilan tirez-vous de vos deux mandats en tant que président du Sned ?

La gestion environnementale des chantiers est une exigence constante de notre métier. Nous sommes passés de la démolition à la déconstruction, avec un objectif permanent de valorisation des déchets. . Pour accompagner cette évolution qui, avec le développement de technologies de pointe, nous conduit à raisonner de plus en plus comme des industriels, nous avons réorganisé le Sned en trois sections professionnelles : déconstruction, découpe du béton au diamant et désamiantage. Ce qui nous a permis de presque doubler notre nombre d’adhérents sur la période 2006 - 2012, qui est passé de 85 à 150.

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