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La moquette tente de sortir des décharges
Pour faciliter la réutilisation, les maîtres d’ouvrage sont encouragés à se tourner vers des dalles de 50 x 50 cm. - © NEOM

La moquette tente de sortir des décharges

Augustin Flepp |  le 19/12/2018  |  MatériauxRecyclageMoquette

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Malgré les efforts de fabricants pour lever les freins au recyclage, les matériaux usagés restent peu valorisés.

Missionné pour les travaux de modernisation du centre commercial Quais d'Ivry, l'architecte Alberto Rochat s'est procuré 350 m2 de moquettes d'occasion auprès d'IBDC, l'entreprise de curage chargée de la rénovation du siège social de Gécina, à Paris. « Au lieu de les envoyer en décharge, le cureur a accepté de les conditionner en vue de les réemployer », raconte Coline Blaison, responsable développement durable au sein de Cycle Up, plate-forme de réemploi des matériaux qui a mis en relation l'acheteur et le vendeur. Au final, le repreneur a réalisé une économie de 80 % par rapport à une moquette neuve. Et de telles d'initiatives réalisées à petite échelle commencent à fleurir un peu partout sur le territoire.

Le potentiel de valorisation des déchets de moquettes est en effet gigantesque. Sur les 30 000 tonnes produites par le BTP français chaque année, seuls 2,3 % sont récupérés en vue d'être réemployés, recyclés ou valorisés comme combustible. Le reste finit généralement en décharge ou à l'incinération, avec un impact négatif sur l'environ…).

Seulement 2,3 % des déchets de moquettes générés par le BTP sont valorisés

Processus de démantèlement délicat. Plusieurs facteurs expliquent ce si faible taux de valorisation. « La moquette est un produit composite constitué d'éléments intimement liés les uns aux autres, comme de la fibre synthétique, de la colle et une sous-couche, avance Bernard Guiraud, président de l'Union française des tapis et moquettes. Le processus de démantèlement est délicat : nous réussissons à séparer une partie de ces éléments mais pas la totalité, ce qui rend le recyclage difficile. » Tarkett, l'un des leaders mondiaux des revêtements de sol, estime ainsi qu'environ 50 % du volume des matériaux qu'il collecte dans son centre de traitement à Waalwijk (Pays-Bas) ne peut être recyclé.

Pourtant, des solutions existent. Ainsi, des industriels des revêtements de sol tentent, dès la conception, de lever les barrières technologiques qui empêchent de démonter facilement les moquettes (lire encadré de gauche) . La recherche se porte notamment vers le polyamide 6, une fibre synthétique qui présente l'avantage d'être entièrement décomposable chimiquement pour être transformée en de nouvelles fibres.

D'autres difficultés freinent aussi le réemploi. Sur les chantiers de démolition et de curage, les professionnels collectent parfois des moquettes déchirées et poussiéreuses. Quant à l'absence d'information sur les propriétés techniques du produit, comme sa résistance au feu, elle rebute les potentiels repreneurs.

Les professionnels du réemploi conseillent de bannir les colles lors de la pose

Eviter l'utilisation de colles. Pour faciliter la réutilisation, les maîtres d'ouvrage sont encouragés à se tourner vers des dalles de 50 x 50 cm, au lieu des grands rouleaux, et à éviter l'utilisation de colles. Autre préconisation : « Lorsque les moquettes sont souillées, les acheteurs peuvent faire appel à des entreprises de nettoyage dont le coût des prestations demeure très compétitif », glisse Coline Blaison. Et en cas de doute sur la performance du produit recyclé, des laboratoires peuvent être sollicités pour réaliser des tests de résistance au feu et à l'humidité. Dernière solution : faire appel à une entreprise de location de revêtement de sols. La société française Textifloor s'engage à transmettre les dalles de moquettes usagées récupérées à l'issue d'une location à des associations intervenant dans le secteur de l'économie sociale et solidaire (Emmaüs, Le Capharnaüm… ).

La hausse annoncée de la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) devrait encourager les alternatives à la mise en décharge et l'incinération, tout comme la transformation du diagnostic déchets en outil de réemploi des matériaux.

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Une ligne de recyclage de sous-couches de moquettes dans le centre de traitement d’Interface à Scherpenzeel (Pays-Bas). - © INTERFACE

Des fabricants engagés dans une démarche zéro déchet

 

Tarkett et Interface, les deux leaders mondiaux de la moquette, affichent des objectifs environnementaux ambitieux. L'américain Interface vend ainsi des produits constitués de 58 % de matières recyclées, issues de différentes sources d'approvisionnement : moquettes recyclées (programme ReEntry), filets de pêche en nylon abandonnés, huiles d'origine végétale… En 2017, l'industriel affirme avoir recyclé 5 900 tonnes de moquettes dans le monde (+ 24 % sur un an).

Via son programme ReStart, Desso, filiale néerlandaise du français Tarkett spécialisée dans les moquettes professionnelles, a quant à elle développé une ligne de traitement qui permet de séparer le fil des autres fibres du support. En particulier, le fil polyamide 6 peut être retourné à son fabricant afin de produire de nouvelles fibres.

Optimum, la valorisation cachée des dalles de moquette

 

Lancé en 2010 par l'Union française des tapis et moquettes et l'Union professionnelle des métiers de la finition de la FFB, Optimum est un dispositif de collecte et de valorisation des dalles de moquettes usagées issues des chantiers du BTP. Le service se présente comme une alternative vertueuse à la mise en décharge ou à l'incinération des revêtements de sol. Les moquettes usagées sont envoyées par camion dans un centre de traitement en Belgique en vue d'être transformées en combustibles et en matière première (craie) à destination de l'industrie cimentière. Ce dispositif affiche un volume collecté en très forte hausse : il est passé de 10 310 m2 en 2010 à 129 738 m2 en 2017. L'utilisation de moquettes utilisées comme combustible solide de récupération par les cimentiers européens reste cependant très marginale.

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