En direct

La métamorphose énergétique des universités

Sophie Vincelot |  le 08/09/2017  |  ConjonctureBâtimentIlle-et-VilaineLoire-AtlantiqueNord

Mise en place d'un smart grid, rénovation des bâtiments… Les facultés se mettent au vert.

Plus d'étudiants, donc moins de place… En attendant de pousser les murs, les universités vont devoir rénover les 18,6 millions de m² qu'elles possèdent, et qui leur coûtent déjà 40 euros/m² chaque année (1), dont un tiers est consacré aux dépenses d'énergie. En pleine disette budgétaire, les facs n'ont plus le choix : elles doivent se lancer dans de grands chantiers de rénovation pour faire baisser leurs factures. A la fois morceau de ville, maître d'ouvrage et écosystème local de chercheurs et d'entrepreneurs, les campus constituent également des territoires d'innovation. Une occasion pour les acteurs publics et privés de « questionner les usages et initier des changements d'espaces », estime Franck Faucheux, chargé de mission au sein du réseau des acteurs publics et privés de la ville durable Vivapolis. Les bons élèves travaillent déjà sur leur copie.

Rennes 1, maîtriser sa consommation énergétique grâce au smart grid

« D'ici à 2030, nos dépenses d'énergie pourraient être telles qu'elles dépasseraient notre capacité à rénover », avertit Patrice Barbel, chargé de mission politique développement durable et responsabilité sociétale de l'université de Rennes 1, qui a réglé une facture énergétique de 5,7 millions d'euros en 2013. En réaction, la faculté a participé à l'appel à projets national Smile - sur les réseaux électriques intelligents (smart grid) - dont la vocation est de faire émerger une nouvelle filière industrielle au service des territoires, en associant partenaires publics et privés. Ce programme l'aide à « repenser l'espace de travail et à maîtriser les consommations liées à la façon dont nous l'occupons », explique Patrice Barbel.

Grâce à cette meilleure connaissance de son patrimoine, Rennes 1 vise une réhabilitation complète de tous ses campus. Dans un premier temps, l'université entend lancer la rénovation de 10 % de son patrimoine immobilier, soit 370 000 m² au total. Et après un premier retour d'expérience, elle lancera une deuxième tranche de travaux, à nouveau sur 10 % du parc à réhabiliter. A terme, la faculté souhaite « diviser par quatre l'ensemble de [ses] consommations actuelles », précise Patrice Barbel.

Lille, être un campus zéro carbone d'ici à 2050

Pour la communauté d'universités et établissements (Comue) de Lille Nord de France, le dessein est ambitieux. Le territoire universitaire veut devenir un campus zéro carbone à horizon 2050. Une première étape devrait être franchie d'ici à 2020, avec la réduction de 10 % de la consommation énergétique des campus. Pour y parvenir, « la Comue équipe plusieurs bâtiments de panneaux photovoltaïques sur les toits, comme l'université catholique de Lille. Nous pensons aussi rénover et construire des bâtiments à énergie positive, comme celui qui est en chantier à l'IUT de Roubaix », résume Lenaïg Lijeour, chargée de projet. Dans ce processus de transformation, démarré en 2014, les consommations d'énergie seront optimisées en fonction de l'occupation des bâtiments.

Comme l'université de Rennes 1, la Comue compte aussi installer un smart grid. Même si le budget alloué est toujours en discussion, l'objectif clairement annoncé pour les campus nordistes consiste à rendre le territoire universitaire plus attractif et à remplir des objectifs pédagogiques. Les étudiants sont ainsi pleinement intégrés à cette mutation. « A l'université du Littoral-Côte-d'Opale, les étudiants travaillent sur des jardins partagés et la récupération de l'eau », illustre la chargée de projet. La communauté d'universités se concentre aussi sur la mobilité. « Sur les campus d'Arras, Douai et Lens, nous créons une application de covoiturage car le réseau de transports en commun est limité. Et à Valenciennes, nous essayons de développer une mobilité douce, en aménageant des parkings à vélos sécurisés », souligne Lenaïg Lijeour.

Nantes, accompagner la transformation de la métropole

Avec 38 000 étudiants dispersés sur 400 000 m² et 120 bâtiments sur plusieurs sites, l'université de Nantes doit relever trois défis : maintenir en bon état les bâtiments existants, optimiser les surfaces et entamer de façon concrète la transition énergétique. L'objectif ? « Devenir responsable financièrement pour faire face à la baisse des dotations tout en gérant la pression démographique étudiante », spécifie Jean-Louis Kerouanton, vice-président du patrimoine immobilier de l'université de Nantes.

Incluse dans une logique métropolitaine, cette transformation, entérinée en 2012, s'organise autour d'une nouvelle centralité, celle de l'Ile de Nantes, nouveau projet d'aménagement urbain sur la ville de demain. Pour l'université, la plus grande mutation apparaît au niveau du futur CHU, installé sur l'Ile. « Nous regrouperons toutes les formations de santé et paramédicales sur un même site », résume Jean-Louis Kerouanton. D'autres changements sont prévus. « Nous entreprendrons aussi une série de réhabilitations, par exemple, sur une partie du secteur de l'IUT de Saint-Nazaire », ajoute le vice-président. Déjà, des premiers projets se concrétisent, comme la restauration de la faculté de lettres (campus du Tertre), dont la première phase a été lancée en 2017. Une question reste en suspens, le budget total alloué à cette transformation globale, toujours en cours de discussion.

Paris-Est, devenir un démonstrateur de la ville durable

En plus de vouloir faire baisser la facture, les facultés se montrent en exemple. L'université Paris-Est - qui rassemble 22 établissements, dont l'Ecole des ingénieurs de la ville de Paris et l'Ecole nationale des ponts et chaussées - a un objectif : devenir l'un des 10 sites les plus reconnus au monde sur la ville de demain. Son projet, nommé « Future », suit trois axes : la volonté d'attirer les meilleurs étudiants et universitaires, le soutien à l'innovation pédagogique et le développement de plates-formes expérimentales. A terme, « nous voulons former une nouvelle université qui sera le démonstrateur de la ville de demain. Notre ambition consiste à croiser des disciplines, pour que l'architecte et l'ingénieur puissent travailler ensemble sur un même projet de construction ou de réhabilitation », annonce Cécile Delolme, vice-présidente de la Comue Paris-Est.

Dans un premier temps, le groupement d'universités s'est appuyé sur l'appel à projets I-Site, lancé dans le cadre du deuxième programme d'investissements d'avenir (PIA 2), qui lui octroie 9 millions d'euros par an sur la période 2017-2021. « Les subventions financent les études préalables au montage des expérimentations », précise Cécile Delolme. Dans un second temps, la Comue cherchera des partenaires publics et privés pour l'aider à monter ses projets. Ces derniers s'articuleront autour de la gestion des risques naturels, économiques et sociaux, et de la mise en place d'une ville intelligente. « Nous récolterons les données urbaines, comme l'occupation des lieux, puis les mettrons au service des citoyens pour qu'ils puissent les réutiliser », ajoute Cécile Delolme. Dans sa transformation, Paris-Est assoit sa stature internationale en s'associant à des universités étrangères, dont celles de Delft et de Wageningen, aux Pays-Bas, l'Institut de technologie du Massachusetts (MIT) à Boston et l'université technologique de Singapour.

PHOTO - 8834_559881_k2_k1_1364624.jpg
PHOTO - 8834_559881_k2_k1_1364624.jpg
PHOTO - 8834_559881_k5_k1_1364636.jpg
PHOTO - 8834_559881_k5_k1_1364636.jpg

Commentaires

La métamorphose énergétique des universités

Votre e-mail ne sera pas publié

Librairie du Moniteur

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Presse - Vente au n°

Prix : 37.00 €

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookiesOKEn savoir plusX