Aménagement

La métamorphose d’un Centre d’accueil des Français d’Indochine

Le 15 août 2014, en présence du préfet de Lot-et-Garonne, d’élus locaux, de représentants d’associations d’Eurasiens de France, et des différents financeurs; ont été inaugurés la pagode, la chapelle et le lieu de mémoire du Centre d’accueil des Français d’Indochine (Cafi) de Sainte-Livrade-sur-Lot (Lot-et-Garonne). Dans ce camp, ont été rapatriés en 1956 un millier de femmes et enfants Indochinois. La cérémonie célèbre la fin du programme de rénovation urbaine commencé en 2008 pour offrir aux habitants du camp des logements décents.

Du Centre d’accueil des français d’Indochine (Cafi) de Sainte-Livrade-sur-Lot, ne subsistera bientôt plus qu’une partie des 36 bâtiments recouverts de toits en fibrociment, dont la pagode, la chapelle et le lieu de mémoire réhabilités dans le cadre de la convention signée le 11 janvier 2008 avec l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru). Dans ce camp ont été rapatriés, du printemps à l’automne 1956, deux ans après Dien-Bien-Phu et les accords de Genève, un millier de femmes et d’enfants indochinois fuyant le régime communiste nord-vietnamien. Leur hébergement dans les 36 bâtiments, répartis sur 7 hectares et créés en 1939 par le gouvernement français pour loger les ouvriers qui doivent y construire une poudrerie, devait être temporaire. Le provisoire aura duré soixante-ans…

 

Titre dérogatoire

 

En 2002, les pouvoirs publics s’émeuvent de l’habitat indigne de la centaine de «mamies », qui habitaient encore le Cafi devenu, au fil des années, un monde à part avec ses jardins familiaux, ses commerces, sa pagode et son église. Le décès fin 2005 d’une habitante lors de l’incendie de son logement accélère la prise de conscience de l’urgence à intervenir. Au départ, la commune et les services de l’Etat ont pensé recourir aux financements au titre de la réhabilitation de l’habitat indigne. Mais, une première étude conclut à une salubrité remédiable. Profitant de l’appel à projets de l’Anru, la commune présente un dossier qui sera accepté à titre dérogatoire par l’Etat. Ce qui aboutit à la signature d’une convention avec prise en charge par l’Anru de 100% des frais de démolition, de la maîtrise d’œuvre urbaine et sociale confiée au Pact Habitat et développement 47, ainsi que de la rémunération de la société d’économie mixte départementale SEM 47, qui intervient comme AMO auprès de la commune. L’Anru a financé également à hauteur de 50% l’étude de recomposition urbaine. Dans cette opération atypique, le Pact Habitat et développement 47 a joué un rôle essentiel d’accompagnement des habitants du Cafi qui ont accepté la démolition de ce qui a constitué pendant cinquante ans leur lieu de vie…

Monuments historiques

 

En parallèle, l’étude de préfiguration confiée au cabinet Arcus aboutit à la protection, au titre des Monuments historiques, d’un îlot, au nord-ouest du site, comprenant quatre barres, la pagode et l’église. Outre la construction de 94 logements par Ciliopée Habitat, Habitalys et Clairsienne, l’opération de rénovation urbaine a ainsi consisté à réhabiliter la pagode et la chapelle, ainsi qu’à aménager un lieu de mémoire dans une des quatre barres conservées. Confiée à l’architecte du Patrimoine Stéphane Thouin, associé à Vo Van et Broggini Architectes et au BET Maurice Caradant, la restauration a consisté à conserver au mieux la structure et l’aspect des bâtiments actuels sans les reconstruire afin de préserver un sentiment d’authenticité. Ainsi, avec le parti de «retrouver au maximum la matérialité du lieu d’origine », la maîtrise d’œuvre a proposé de remplacer la toiture en fibrociment par un équivalent non amianté, de doubler les cloisons intérieures, ou bien encore de reproduire des décors sur enduits, des menuiseries bois et des poteaux bois à l’intérieur. «L’exercice a été difficile car les bâtiments, sans valeur constructive, étaient très dégradés. Par exemple, toute la charpente au niveau des poteaux porteurs était mangée par les termites.», témoigne l’architecte Paul Vo Van. «Après un important travail de recherche pour choisir les solutions destinées à conforter la structure, nous avons finalement opté pour la solution proposée par le BET structures. Nous avons recréé des socles de fondation en béton, puis sommes venus doubler chaque poteau par un autre en bois maintenu par des étriers métallique. Par ailleurs, les façades existantes ont fait l’objet d’un nouveau contreventement par des feuillures métalliques et par l’ajout de refends porteur», détaille-t-il.

 

Focus

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Ville de Sainte-Livrade-sur-Lot.

Maîtrise d’œuvre : Stéphane Thouin Architecture (mandataire), BLV2 Atlantique, BET Caradant.

Entreprises : Bonis (gros œuvre), AR construction (charpente, couverture), Renaud & Fils (menuiserie), Bufaumène (peinture).

Coût : 600 000 euros HT.

 

Coût de l’opération de rénovation urbaine : 20 millions d’euros (dont 50% financés par les bailleurs sociaux Ciliopée, Habitalys et Clairsienne, 36% par l’Anru, 4% par le Conseil régional d’Aquitaine; 6,5% par le Conseil général de Lot-et-Garonne, 3% par la commune de Sainte-Livrade-sur-Lot.

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