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La mémoire retrouvée d’un camp d’internement

MARGOT GUISLAIN |  le 15/11/2013  |  ArchitectureAllierBouches-du-Rhône

Equipement -

Près d’Aix-en-Provence, le camp des Milles, ancien centre d’internement laissé en l’état depuis plus de soixante-dix ans, renaît sous forme de mémorial, avec la volonté de le laisser intact. Une opération sensible des architectes de l’Atelier Novembre.

«Rien n’a bougé, sauf l’énorme quantité de poussière difficile à sauvegarder ! », rit Pierre Karczag, rescapé du camp des Milles, un centre d’internement de la Seconde Guerre mondiale situé aux portes d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), récemment restructuré en mémorial. Dans cette ancienne fabrique de tuiles, le régime de Vichy regroupa les « indésirables » du moment, juifs redirigés vers les crématoires d’Auschwitz - un cheminement paysager conduit aujourd’hui au « wagon souvenir » - et réfugiés étrangers croyant trouver asile en zone libre, dont de nombreux artistes qui ont laissé leurs traces dans le bâtiment. Les architectes Marc Iseppi et Jacques Pajot (Atelier Novembre) ont gardé dans son jus cet édifice, rare témoin de l’internement et de la déportation en France, afin qu’il restitue sa mémoire de la façon la plus brute. Une opération délicate étant donné le délabrement du bâtiment : « C’est une réhabilitation lourde qui, au final, ne devait pas se voir », explique Marc Iseppi. Ainsi, hormis les deux ailes restructurées (administration, centre de ressources, auditorium, atelier pédagogique), le dispositif mis en place dans la zone muséographique établit une distance entre les interventions contemporaines et l’existant, jetant ainsi, par contraste, une lumière crue sur le camp des Milles.

Mise à distance

Une nouvelle structure en acier supplée, sans la toucher, celle en béton trop fragilisée, mais néanmoins conservée et restaurée. De même, les aménagements muséographiques s’inscrivent en décalage avec l’existant, à l’aide de châssis métalliques décollés des murs, mélange aléatoire de moellons et de béton qui portent le poids de l’Histoire. En vis-à-vis, des cimaises sérigraphiées en acier forment des alcôves aux surfaces lisses. Puis, c’est la plongée dans l’univers de l’internement au travers de dortoirs préservés comme un site archéologique. Dans « Die Katakombe », le dortoir des hommes ainsi nommé par les internés allemands en souvenir d’un cabaret berlinois, graffiti et dessins ont été remis à nu au-dessus des fours de l’ancienne tuilerie, rappel terrifiant de ceux d’Auschwitz. La grande salle d’exposition, spectaculaire par ses hauts murs à l’état brut, abrite les travaux sur la Shoah de l’historien Serge Klarsfeld. On regrettera que les œuvres des artistes internés (dont les peintres Max Ernst et Hans Bellmer), réalisées ici même, soient reléguées dans un bâtiment satellite au lieu d’être exposées dans l’environnement qui les a fait surgir. Dans le dortoir des femmes et des enfants, les visiteurs cheminent sur des passerelles lancées au-dessus de planchers en bois, troués par endroits, incapables de supporter la moindre charge. Retour au présent enfin, entre des murs blancs sur lesquels sont présentés les mécanismes de soumission à l’autorité et la possibilité offerte à chacun de résister, aujourd’hui comme hier, pour que le camp des Milles, les massacres au Rwanda ou en Syrie puissent un jour ne plus exister.

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