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La Marseillaise, haute en couleurs
En 2006, Constructa a passé commande à l’architecte Jean Nouvel pour concevoir sa tour tertiaire dans le secteur d’Arenc, à Marseille. - © JEROME CABANEL

La Marseillaise, haute en couleurs

Marie-Douce Albert |  le 09/11/2018  |  ArchitectureBouches-du-RhôneJean Nouvel

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Tertiaire -

L'architecte Jean Nouvel s'est attaché à donner une identité méditerranéenne à la tour de bureaux.

Jean Nouvel sait ménager ses effets. A présenter la tour La Marseillaise qu'il a érigée sur le port de la cité phocéenne, l'architecte minimiserait presque : « Sur son principe, quatre façades et un noyau central, elle est basique », prévient-il. Si la va-leur d'un édifice se jauge à ses mensurations, avec ses 135 mètres, cette tour de bureaux est loin de briser des records. Ce projet lancé par le promoteur Constructa (voir page 48) est même un peu plus bas que son aînée, la tour CMA-CGM, soit 143 m livrés sur ces mêmes quais d'Arenc en 2011 par Zaha Hadid. Alors modeste pour ne pas dire banale, La Marseillaise ? Ce serait mal connaître son concepteur, qui fustige les architectures génériques et ne manque jamais, au contraire, de rappeler son obsession pour les édifices contextuels.

Inaugurée le 25 octobre à l'issue d'un chantier de quatre années réalisé par les filiales méridionales de Vinci Construction France, La Marseillaise n'a pas dévié de cette ligne. Jean Nouvel l'assure, « sachant qu'une tour de cette hauteur peut créer un traumatisme, nous devions faire en sorte qu'elle soit un bâtiment du lieu. » Elle devait tout bonnement être de Marseille. Voilà comment l'on doit comprendre ce nom choisi par l'architecte, et non comme une référence à l'hymne national. Et si son enveloppe à dominante bleu-blanc-rouge semble aussi filer la métaphore républicaine, le concepteur ne cesse d'expliquer qu'elle est d'abord le reflet des teintes de cette rive de la Méditerranée, de l'azur de la mer et du ciel ou de l'ocre des tuiles de Provence et de la coque écarlate des bateaux.

Pampilles. L'identité de la réalisation tient en effet à sa robe légère et moirée. La tour est parée de brise-soleil réalisés en BFUP qui se présentent comme de simples lames verticales sur les faces peu exposées de l'est et du nord mais façonnent une fantastique guipure à motifs géométriques, de 2 mètres d'épaisseur, sur les côtés ouest et sud. Là réside l'exploit technique, ou du moins la méticulosité poussée à l'extrême, du chantier de La Marseillaise. Trente couleurs, du bleu éclatant au jaune poussin, ont été appliquées, au pistolet ou à la main, sur des milliers de pièces de béton fibré et toujours selon des combinaisons uniques. « Ces trente couleurs finissent par en créer 500 », considère l'architecte qui décrit ces nuances qui perdent en intensité au fur et à mesure des étages : « Plus on monte, plus la tour est atmosphérique. » En jouant de ce dégradé, de la finesse des brise- soleil mais aussi de la transparence maximale de ses baies vitrées toute hauteur, La Marseillaise se fait caméléon. Elle parvient à s'évaporer. Grâce à elle, Jean Nouvel a peut-être réalisé son rêve d'une tour « sans fins » qu'il avait imaginée, sous une autre forme et d'une autre ampleur, pour la Défense à la fin des années 1980. Cette absence de limite, l'architecte l'a enfin voulue entre l'intérieur et l'extérieur du bâtiment avec une couleur qui passe les portes de l'édifice. La sous-face du péristyle comme le plafond du hall d'accueil sont hérissés de grosses pampilles de métal bleues. Mobiles, celles-ci oscillent, dehors, au gré du vent. Alors que la neutralité est d'ordinaire de mise sur les plateaux de bureaux destinés à la location, les bleus et les rouges s'immiscent également dans les étages, s'étirant dans le prolongement des lignes du béton de la façade. Rien de plus n'a été ajouté. Le véritable, l'extraordinaire atout des espaces de la tour est en effet dans la vue, sur la mer et sur la ville. Ces bureaux, aussi, sont marseillais.

Maîtrise d'ouvrage : Constructa Urban System.

Groupement conception-réalisation : Travaux du Midi Provence (Vinci Construction France), mandataire. Maîtrise d'œuvre : Ateliers Jean Nouvel (AJN), architectes. Architectes d'exécution : AJN (lots façades), Tangram Architectes (lots architecturaux et paysage).

BET principaux : Aedis et SIDF (structure), Arcora (façades), Alto Ingénierie (fluides et HQE). Entreprises principales : Groupement Dumez Méditerranée (mandataire), GTM Sud, Travaux du Midi, Crudeli (fluides). Surface utile brute locative : 37 574 m².

Coût des travaux : 113 M€ HT.

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Plan d’étage courant. - ©
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Dès le hall, le béton brut caractérise les espaces de circulation. Au plafond sont suspendues des pampilles. - © JEROME CABANEL
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Un autre IGH de 80 m s’insérera entre la tour CMA-CGM (à gauche) et l’ensemble de quatre édifices de Constructa : La Marseillaise (a), Le Balthazar (b), La Porte bleue (c) et H99 (d). - ©
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La création d’une nouvelle skyline marque la reconversion de friches industrielles sur une bande littorale longue d’environ 3 kilomètres. - © MICHELE CLA VEL
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Les couleurs se manifestent jusque sur les plateaux de bureaux. - © JEROME CABANEL
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Pour Jean Nouvel, « l’essentiel est d’être dans le paysage. » - © MICHELE CLA VEL
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Tour orientée, La Marseillaise affiche des façades distinctes avec des brise-soleil plus ou moins épais selon l’ensoleillement. - © JEROME CABANEL

Projet urbain - Sur le port de Marseille, la skyline se redessine

Dressée sur une friche industrielle du nord de la ville, entre deux viaducs autoroutiers, La Marseillaise est une pièce d'un bien plus vaste projet, la reconversion de l' hinterland portuaire porté par l'établissement public d'aménagement Euroméditerranée. « Nous avons proposé une stratégie urbaine à l'échelle du site.

A l'instar de la tour CMA-CGM ou du Mucem, l'édifice procède de notre parti de fabriquer des signes forts sur la façade maritime », explique l'architecte-urbaniste Yves Lion, auteur du plan-guide de la ZAC Cité de la Méditerranée. D'une surface de 60 ha, celle-ci a été créée en 2005 pour recomposer cette bande littorale d'environ 3 kilomètres : entre l'Arenc (la plage en occitan), au nord, et le fort Saint-Jean, au sud. Cette ZAC n'était donc pas encore opérationnelle et la tour CMA-CGM, dessinée par l'architecte anglo-irakienne Zaha Hadid, pas bâtie quand, en 2002, Constructa a acheté son terrain à une filiale de la Compagnie générale des eaux. Mais pour le P-DG du groupe immobilier, Marc Pietri, le projet baptisé « Quais d'Arenc » devait se développer en cohérence avec le dessein d'Euroméditerranée.

Epannelage. Yves Lion a ainsi déterminé le positionnement des futurs bâtiments et leur épannelage respectif. Il a conçu la première mouture d'une tour résidentielle de 116 m, troisième élément d'un programme qui en compte quatre. L'architecte-urbaniste a même conseillé à Marc Pietri de s'adresser à Jean Nouvel pour concevoir l'immeuble de grande hauteur (IGH) qui allait devenir La Marseillaise. La crise de 2008 a obligé le promoteur à revoir ses ambitions à la baisse et le chantier a débuté en 2014 alors que le permis de construire initial avait été déposé en 2007. Le Balthazar, l'immeuble de bureaux en R + 8 conçu par Carta Associés, a, lui, été livré en 2014. Quant au projet de tour de logements, il a été retravaillé par l'architecte Jean-Baptiste Pietri (fils de Marc Pietri) et ramené à 56 m.

« Cela a du sens. Plus petit, il fera moins écran entre la mer et les 2 000 logements du Parc Habité imaginé par Yves Lion dans le cadre de la ZAC », estime Pierre-Alain Martin, chargé d'opérations chez Constructa. Désormais baptisé La Porte bleue en référence à la mer, le bâtiment ne sera finalement pas 100 % dédié au logement : une résidence hôtelière exploitée par Odalys City occupera les 11 premiers niveaux du bâtiment en R + 17. Les travaux de La Porte bleue doivent commencer l'été prochain pour une durée de deux ans et demi. Puis suivra l'immeuble de logements de 99 m de haut, nommé H99 (R + 27). Cette quatrième et dernière pièce des « Quais d'Arenc » a aussi été pensée par Jean-Baptiste Pietri.

Mais le dessin définitif de la nouvelle skyline n'est pas complètement connu. Associés au sein d'une société civile immobilière de construction, la CMA-CGM et Bouygues Immobilier ont en effet déposé l'été dernier le permis de construire d'un IGH de 80 m, signé de l'architecte libanaise Hala Wardé. La tour de bureaux se glissera entre La Marseillaise et la tour de Zaha Hadid, sur une parcelle aujourd'hui occupée par le siège historique de l'armateur. Il faudra ainsi attendre 2022 pour que ce front portuaire de la cité phocéenne ait vraiment changé de physionomie.

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