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La maison de Radio France Un fonctionnalisme monumental

PAR SIMON TEXIER |  le 01/10/2005  |  ImmobilierLogementArchitectureParisFrance entière

Le 19 avril 2005, l’agence Architecture Studio a été retenue pour conduire le chantier de réhabilitation de la Maison de Radio France. Lauréate d’un « dialogue compétitif » qui l’opposait dans sa dernière phase à Christian Hauvette (associé à Alain Moatti et Henri Rivière) et SCAU, elle mènera pendant six ans

un chantier délicat à plus d’un titre. Cette gigantesque machine qu’est la Maison de Radio France, construite par Henry Bernard entre 1953 et 1963, devra être mise aux normes de sécurité actuelles (1), modernisée au point de vue fonctionnel et spatial, et ce, en ne cessant à aucun moment son activité. Figure emblématique de l’architecture des Trente Glorieuses, elle devra également faire l’objet d’un traitement respectueux : sa silhouette insolite, son inscription dans le site monumental de la Seine, l’originalité de ses matériaux de façade, inscrivent en effet sa réhabilitation dans une logique patrimoniale complexe.

Même si le projet d’Architecture Studio est le plus fidèle au schéma spatial d’origine, la réhabilitation de la Maison de Radio France devrait encore apporter la preuve qu’un édifice conçu de façon purement fonctionnelle peut être entièrement repensé sans rien perdre de sa cohérence formelle. Henry Bernard a conçu l’un des bâtiments les plus problématiques du Paris contemporain. A tel point que la monumentalité latente de ce manifeste du fonctionnalisme tendrait presque à faire oublier certains de ses traits les plus remarquables : la réalisation d’un gigantesque mur-rideau en panneaux d’aluminium, dont la pérennité exonère les architectes d’une réflexion de fond sur la question des façades, ou encore la mise en œuvre par suspension des plus grandes baies vitrées du moment (11x2 m) à l’entrée du bâtiment (4).

Il ne fait pas de doute que l’histoire de la

Maison de Radio France se comprend avant tout par son programme originel ; toutefois, il n’est pas moins certain que sa forme, cette « valeur ajoutée » qui en a immédiatement fait une sorte d’icône de la France de l’après-guerre,

est aujourd’hui encore l’un des principaux

atouts de ce bâtiment.

Un programme, un concours

Le projet d’une Maison de la Radio remonte aux années 30 (2), mais les difficultés politiques et financières n’en ont rendu possible la programmation définitive qu’en 1952, notamment grâce à la cession par la Ville de Paris des terrains de l’ancienne usine à gaz de Passy. Sur la base d’un programme très précis, rédigé pour l’essentiel par l’ingénieur en chef de la Radiodiffusion-Télévision française (RTF), Léon Conturie – qui a visité au préalable la plupart des maisons de la Radio européennes, en Allemagne principalement (3) –, un concours est ouvert en novembre 1952, auquel participent 26 équipes (dont Maurice Novarina, Eugène Beaudouin et Louis Hoym de Marien, Daniel Badani et Pierre Roux-Dorlut). La Maison de la Radio doit regrouper, d’une part, l’ensemble des services d’administration et de gestion générale de la RTF – son siège social – et, d’autre part, l’ensemble de l’appareil de conception, de réalisation et de diffusion des programmes de la radiodiffusion à Paris – ce dernier comprend des studios, de grandes salles publiques, un centre de montage et de diffusion, un important lieu de conservation des collections et des salles de rédaction pour les journalistes. Les principales contraintes auxquelles les architectes sont confrontés sont l’exiguïté du terrain – dont la moitié est affectée à un ensemble de logements, finalement abandonné –, la nécessité d’isoler les studios et les salles publiques, enfin le besoin d’enchaînement rapide des opérations, qui implique un système performant de circulation des hommes et des informations.

Sous la devise « Cheval », le projet d’Henry Bernard, jugé à la fois fonctionnel et esthétique, est désigné lauréat à une large majorité en mai 1953, devant ceux de Pierre Laborde et Jacques Lhuillier (2e prix), Léon Azéma, Georges Labro, Edouard et Jean Niermans (3e prix), enfin Jacques Carlu, Maurice Babin, Michel Joly et Henri Mathé (mention honorable). Comme le stipule le règlement du concours, l’architecte lauréat peut se voir associer d’autres concurrents plus expérimentés que lui. Henry Bernard a tout juste quarante ans et n’a alors, outre son Premier Grand Prix de Rome, que l’Université de Caen et la reconstruction de l’église Saint-Julien pour carte de visite. Léon Azéma, l’un des constructeurs du Palais de Chaillot, est alors pressenti pour assurer la conduite générale des travaux mais il sera remplacé par Georges Sibelle. Les frères Niermans, auteurs avant-guerre de l’Hôtel de Ville et du groupe scolaire Marius Jacotot à Puteaux, sont chargés des trois salles publiques, tandis que Jacques Lhuillier, élève et ami d’Henry Bernard – devient son adjoint.

Temps long, changements mineurs ?

« Je n’avais aucune idée préconçue. Mon but n’était pas d’épater le bourgeois. Cette Maison, c’est la concentration extrême : sur un petit terrain, faire tenir un peuple important qui arrive de l’extérieur – les musiciens, le public, les invités – et un personnel restreint et qualifié qui travaille au centre et doit avoir sous la main une quantité croissante d’archives. Par la force des choses, je suis arrivé à une forme ronde, avec une grande tour au milieu. Je n’en ai pas démordu » (4).

Le projet d’Henry Bernard repose sur une réponse stricte au programme donné, associée à une forme régulière qui, on le verra, a été décisive lors du concours. Une grande couronne extérieure, d’environ 500 mètres de circonférence, contient en partie basse les foyers et dans les étages les bureaux. Elle protège du bruit la couronne intérieure basse, qui accueille d’un côté les trois grandes salles publiques et de l’autre une vingtaine de studios, chacun de ces volumes étant complètement isolé ; pour des raisons acoustiques, leur forme est trapézoïdale et donne ainsi sa forme circulaire à l’ensemble du bâtiment. Sous la cour annulaire intérieure sont disposés la centrale thermique, les foyers d’artistes et des magasins. Dans le noyau central (petite couronne), se trouvent en sous-sol la chaufferie, les appareils de conditionnement d’air et les réserves de matériel, aux deux premiers niveaux la centrale technique et aux trois niveaux supérieurs les zones de consultation des collections ; ces dernières sont conditionnées dans les 22 étages de la tour centrale, entièrement dédiée à la conservation.

S’il faut dix ans pour voir la Maison de la Radio inaugurée, le schéma proposé par Henry Bernard ne subit pas de modification spatiale ni formelle importante jusqu’aux plans définitifs, établis en novembre 1955. C’est sur le plan structurel que l’architecte est contraint à consentir quelques économies, en optant pour le béton au lieu du métal pour les deux couronnes, mais surtout en renonçant à un plan totalement libre : « La conception du projet de concours, éminemment souple, visait à créer une série de volumes annulaires vides de tout appui intermédiaire, pour permettre [...]

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