Réalisations

La « Maison bleue » de Dives-sur-Mer, morceau d’art brut abandonné

La « Maison bleue » de Dives-sur-Mer (Calvados), une création d’art brut en mosaïque inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, est aujourd’hui laissée à l’abandon. Malgré les attaques du temps, le bleu de méthylène dont sont enduits les joints de la mosaïque qui donne le ton de la bâtisse et du jardin résiste et rappelle à ceux qui passent devant la demeure son joli nom.
A l’origine de cette création, il y a un immigrant portugais venu trouver du travail en France. Peu après être venu s’installer dans un quartier populaire de Dives-sur-Mer, il est atteint par la tuberculose. Sans travail, il a alors noyé son ennui dans une ferveur artistique. Euclides Da Costa Ferreira trouve ensuite dans la mosaïque une passion qu’il étend aux murs de sa maison, à son mur de clôture, à son jardin. Il y fait pousser des constructions en modèle réduit d’édifices religieux au milieu de réalisations plus païennes.

Dans cet espace hors du temps, la basilique de Lourdes fréquente des moulins sous l’oeil vigilant du Sacré Coeur… Le prix d’une telle réalisation se mesure davantage en sueur qu’en argent, Da Costa Ferreira récupérant ses matériaux de base dans la remorque de sa mobylette dans les décharges des environs. Grès, porcelaine, faïence, miroir, verre ou encore tessons de bouteilles ont fait son bonheur. Les motifs très soignés de la mosaïque, constituée surtout d’animaux, réels ou fabuleux, se jouent du visiteur dans le jardin et attirent les touristes. Du vivant de l’artiste, c’est par cars entiers que les curieux ont visité le lieu.

A la mort d’Euclides en 1984, sa femme a continué à entretenir les créations de son mari jusqu’en 1989, date de son décès. La ville achète alors la propriété, qui sera inscrite en 1991 à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. outrages du temps Mais depuis, rien ne va plus. Vandalisme, outrages du temps, manque d’entretien font disparaître peu à peu l’éclat de la Maison bleue. « Le grand moulin, au fond du jardin, est recouvert de calcite et à certains endroits le lierre pousse à travers les mosaïques », déplore Suzanne Tribouillard, responsable de la bibliothèque municipale où sont gérées les archives de la Maison bleue. Suzanne Tribouillard se bat, comme bon nombre de ses concitoyens, pour la préservation de la Maison bleue, une bataille qu’elle mène « simplement par amour » pour cette création.

A charge à 60% pour la mairie, propriétaire des lieux, la restauration de la Maison bleue tarde et semble ne jamais devoir venir. Pour les défenseurs du site, seuls l’arrivée de mécènes prenant en charge le coût de la protection et de la restauration de l’oeuvre pourrait pallier le « blocage des élus » sur le sujet. Un blocage avant tout financier. La mairie recherche actuellement une entreprise pouvant effectuer la mise hors d’eau pour protéger le bâtiment des intempéries. Le choix pour cette première tranche de travaux sera pris « suivant le coût » tandis que la restauration en elle-même, qui « va coûter très très cher », n’est pas prévue avant 5 ans. La mairie espère attirer des partenaires financiers pour l’aider dans ce chantier qui pourrait durer dix ans.

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