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«La hausse des températures se traduit déjà par des phénomènes climatiques extrêmes», Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du Groupe 1 du Giec
Valérie Masson-Delmotte est co-présidente du Groupe 1 du Giec. - © Bruno Levy / Divergence images
Interview

«La hausse des températures se traduit déjà par des phénomènes climatiques extrêmes», Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du Groupe 1 du Giec

 Propos recueillis par Julie Nicolas |  le 23/06/2021  |  France ClimatCO2Empreinte carboneStratégie nationale bas carbone

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Valérie Masson-Delmotte est paléoclimatologue, chercheuse et directrice de recherche au CEA. Elle est aussi co-présidente du groupe 1 du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec) et membre du Haut conseil pour le climat (HCC).

 

En 2021, où en sont les émissions de gaz à effet de serre ?

Parmi les facteurs d’origine humaine, le dioxyde de carbone est bien le gaz le plus impactant pour le climat. Chaque année dans le monde, nous en rejetons plus de 40 milliards de tonnes. Depuis quelques années, nous observons une stagnation des émissions avec même une baisse en 2020 du fait de la pandémie et des confinements. Mais nous constatons déjà l’effet rebond avec la reprise de l’économie chinoise en particulier, qui entraîne de nouveau une hausse. Or, le CO2 perdure pendant environ 1 000 ans dans l’atmosphère. Les émissions actuelles auront des répercussions pendant très longtemps.

Le méthane est le deuxième gaz qui impacte le plus le réchauffement climatique. Il est émis dans l’atmosphère lors de fuites dans les mines de charbon ou de gaz, mais aussi par les ruminants ou la fermentation des déchets. Ses émissions connaissent une croissance forte et continue, or si sa durée de vie dans l’atmosphère est relativement courte, de l’ordre d’une dizaine d’années, son pouvoir de réchauffement est bien plus important que celui du CO2. Si nous parvenons à réduire ces émissions, les bénéfices seront très nombreux, d’autant plus qu’il agit sur la chimie de l’atmosphère et favorise la production d’ozone toxique.

 

Quelles sont les conséquences de cette hausse continue sur le réchauffement planétaire ?

Parler du climat n’a de sens qu’à condition de considérer une période moyenne d’une vingtaine d’années, car les échanges de CO2 entre l’atmosphère, les océans et les écosystèmes terrestres entraînent des fluctuations de l’ordre du dixième de degré. Nous constatons une hausse moyenne qui dépasse 1 °C par rapport à la période 1850-1900. Et le réchauffement se poursuit à un rythme rapide puisqu’il augmente de +0,2 ou +0,3 °C tous les dix ans ! Dans notre prochain rapport, nous allons d’ailleurs actualiser le moment où nous franchirons le seuil de +1,5 °C, qui va se produire beaucoup plus tôt que prévu dès les prochaines décennies.

 

L’imputation des phénomènes climatiques extrêmes aux émissions anthropiques de CO2 fait encore souvent débat. Comment procédez-vous ?

Il est en effet impossible de réagir juste après un événement climatique précis, mais je peux citer l’exemple particulier de la vague de chaleur qui a touché toute l’Europe pendant plusieurs semaines entre juin et juillet 2019. A Paris, le mercure a dépassé les 40 °C, et même les 45 °C dans le sud de la France.

Pour étudier le phénomène, les scientifiques l’ont d’abord comparé avec les variations passées du climat, puis nous avons réalisé des simulations informatiques avec deux modèles. Sur le premier, les influences du climat se limitaient schématiquement aux effets des volcans, du rayonnement solaire et de la variabilité naturelle. Sur le second, l’impact de l’homme était pris en compte. Résultat : sans nos émissions continues de GES, cette vague de chaleur n’aurait pas pu se produire. Ces résultats confortent également nos modèles lorsqu’ils indiquent que ces épisodes caniculaires seront plus fréquents et plus intenses à l’avenir.

 

Lors de l’Accord de Paris en 2015, les états se sont engagés à réduire leurs émissions de GES de façon à limiter le réchauffement en deçà de 1,5 °C. Visiblement les promesses ne sont pas tenues.

En effet, tous les ans à l’automne le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) publie un rapport qui montre le décalage entre les promesses et les trajectoires qui permettent de limiter le réchauffement. La dernière édition, qui date de la fin 2020, met en évidence des ambitions de réduction trop modestes qui nous placent sur une trajectoire où le thermomètre mondial affichera +2 °C en 2050, puis +3 °C en 2100.

Ce rapport souligne aussi à quel point les plans de relance peuvent jouer un rôle important et permettre une baisse radicale des émissions de GES tout en favorisant les investissements en faveur de l’emploi. A l’inverse une relance basée sur les énergies fossiles pourrait bloquer la possibilité de limiter le réchauffement.

 

Quel rôle doit tenir le BTP dans ce contexte ?

Sur l’atténuation, les rapports successifs du Giec ont mis en évidence trois domaines qui permettent de maximiser les bénéfices pour le climat, dont deux concernent le BTP, puisqu’il s’agit de l’efficacité énergétique et de la sobriété en matériaux non-renouvelables. Le troisième concerne l’évolution des régimes alimentaires.

En matière d’adaptation, le BTP jouera aussi un rôle certain, puisque l’augmentation moyenne des températures mondiales se traduit déjà par une recrudescence de phénomènes climatiques extrêmes et va donc nécessiter des infrastructures adaptées. C’est le cas en particulier pour l’aménagement des littoraux, puisque non seulement le niveau des mers augmente, mais cette croissance s’accélère pour atteindre actuellement 3 à 4 mm/an. Cela signifie que ce qui est considéré aujourd’hui comme une « tempête du siècle » se produira tous les ans en 2050. Cette information doit être prise en compte dans la gestion des littoraux avec dans certains cas la construction d’ouvrages de protection ou, dans d’autres, le déplacement d’infrastructures stratégiques.

Nous constatons également que les extrêmes chauds vont augmenter partout dans le monde et que les extrêmes froids seront moins fréquents, moins intenses et plus rares. Ils peuvent alors devenir plus dommageables car nous y serons moins préparés. Dans certaines régions, comme les Cévennes par exemple, nous constatons depuis 30 ans à la fois une augmentation des sécheresses, qui deviennent plus longues et plus fréquentes, mais également des pluies plus intenses, ce qui augmente l’aléa de ruissellement brutal. Tous ces changements doivent être pris en compte pour élaborer des réponses adaptées qui prennent en compte les populations et leur bien-être.

 

[...]

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Commentaires

«La hausse des températures se traduit déjà par des phénomènes climatiques extrêmes», Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du Groupe 1 du Giec

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Laurent DENISE

28/06/2021 07h:10

Madame Masson Delmotte confond dangereusement causes et conséquences : Les inondations actuelles sont les conséquences directes des plans GEMAPI qui consistent à évacuer l'eau pour lutter contre les inondations, résultat les agglomérations en aval subissent de plein fouet les rejets des villes en amont ! Inondation c’est quand l’eau repart trop vite vers la mer, sécheresse c’est quand elle est repartie trop vite … Si on avait DEUX fois plus de précipitations on aurait DEUX fois plus d’inondations mais toujours pas assez d’eau l’été … en retenant moins de 10% du volume des inondations on ne parlerait plus jamais de sécheresse et de canicule

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laurent DENISE

30/06/2021 06h:11

Madame Masson Delmotte n'est pas climatologue ... elle interprète à sa façon des données climatiques ! Les émissions de Co2 posent effectivement de graves problèmes de pollution en ville (trop de CO2 = pas assez d'oxygène) mais en aucun cas de climat ! Dans les rapports du GIEC il est clairement établi que le principal gaz à effet de serre c'est la vapeur d'eau (60% des effets), Les scientifiques du GIEC n'ont jamais parlé de la vapeur d'eau parce qu'ils sont persuadés que les activités humaines n'ont pas d'impact sur le taux de vapeur d'eau de l'atmosphère, erreur fatale puisque c'est la dé-végétalisation des sols (déforestation) qui coupe le cycle de l'eau sur les continents au moment où on en a le plus besoin : l'été. Les inondations actuelles sont les conséquences directes des plan GEMAPI qui consistent à évacuer l'eau pour lutter contre les inondations, résultat les agglomérations en aval subissent de plein fouet les rejets des villes en amont ... consternant mais logique ! le résultat est là : on inonde à chaque orage et on est à sec juste après ! Inondation c’est quand l’eau repart trop vite vers la mer, sécheresse c’est quand elle est repartie trop vite …Nos sécheresses sont purement artificielles, administratives, politiques et idéologiques ! Si on avait DEUX fois plus de précipitations on aurait DEUX fois plus d’inondations mais toujours pas assez d’eau l’été …Même les castors savent que pour avoir de l'eau l'été il faut retenir l'eau l'hiver dans les bassins versants avec des barrages ... Depuis plus de 30 ans les climatologues disent bien, qu'avec le dérèglement climatique, il n'y aura pas moins d'eau mais une dégradation de la répartition annuelle des pluies : inondations l'hiver et sécheresse l'été, exactement le scénario qui s’installe durablement en Francehttps://www.mediaterre.org/actu,20210106085019,1.html

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