En direct

La grande mosquée de Djenné,colosse d’argile

francis gouge |  le 13/03/2008  |  InternationalCulteProduits et matérielsVar

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

International
Culte
Produits et matériels
Var
Valider

La grande mosquée de Djenné, le chef-d’œuvre de l’art soudano-sahélien, au Mali, a célébré son centième anniversaire lors du traditionnel crépissage annuel qui a eu lieu fin décembre. Cette opération qui s’accompagne de festivités est indispensable à la survie de cet édifice en terre crue qui, sans ce travail d’entretien, tomberait en poussière. Au cœur du Mali, Djenné, sœur aînée de Tombouctou, est considérée comme la plus belle ville du pays. L’Unesco l’a d’ailleurs inscrite, depuis 1988, au Patrimoine mondial. Sa grande mosquée en est le joyau.

Démolie à plusieurs reprises.Construite en banco, un mélange d’argile tirée du Bani – un affluent du Niger – et de paille de mil, elle est le plus grand bâtiment du monde en terre crue. Edifiée une première fois au XIIIe siècle, à l’emplacement d’un palais dont elle utilisa une partie des structures, elle fut démolie à plusieurs reprises. Sa dernière reconstruction date du début du siècle dernier. Commencée en octobre 1906, elle fut achevée un an plus tard. Son concepteur, Ismaïla Traoré, chef de la très influente corporation des maçons bozos que l’on appelle les Baris – qui dirigea aussi les travaux –, se préoccupa fortement des risques d’inondation, mortels pour une telle construction. En effet, la plaine alluviale du Bani, sur laquelle elle s’élève, est régulièrement envahie par les crues de cette rivière. C’est pourquoi elle a été construite sur une plate-forme surélevée de 5 625 m2 qui, jusqu’à présent, l’a préservée des eaux.

Réalisée avec des briques d’argile, appelées djenné-ferés, auxquelles on ajoute une herbe – le bourgou – pour prévenir des fissures causées par le soleil et obtenues après quatre jours de séchage, elle est couverte d’un crépi de banco qui lui donne ses formes aux doux arrondis. Bon isolant, le banco protège des fortes chaleurs du jour et de la fraîcheur de la nuit. On peut y ajouter de l’écorce de riz contre les termites. Cependant, matériau fragile, il n’en subit pas moins une forte érosion sous l’action conjuguée de la pluie, du soleil et des changements de températures, malgré les herbes et les poutres de palmier rônier, les torons qui hérissent ses murs de 40 à 60 cm d’épaisseur et qui absorbent, en partie les fissures dues aux chocs thermiques. Des gouttières, également en terre, débordent largement du toit pour évacuer les eaux de pluie le plus loin possible des murs afin de les protéger de l’érosion. Les torons servent aussi d’échafaudages permanents pour des opérations d’entretien. C’est notamment le cas, chaque année, après la saison des pluies avec les cérémonies de crépissage qui donnent lieu à de grandes réjouissances populaires et religieuses. Pendant les jours qui précèdent, on prépare une grande quantité de banco. Cet enduit pâteux devant être remué régulièrement, les enfants sont invités à jouer dedans ce qui assure le brassage nécessaire tout en participant à la fête. Des jeunes gens montés sur les torons badigeonnent les murs… Tout ce processus est placé sous l’autorité des maîtres Baris.

Pouvant accueillir mille personnes, la grande mosquée forme un carré de 75 m de côté. Haute de 20 m, elle est protégée par un toit sur la moitié de sa surface, l’autre étant occupée par une cour de prière à l’air libre. Quatre-vingt-dix piliers de bois supportent le toit percé de 104 trous d’aération que l’on recouvre de dômes amovibles, en céramique, lorsque la pluie menace. Le mur de prière – le quibla – tourné vers l’est, en direction de La Mecque, surplombe la place du marché. Trois tours rectangulaires, faisant saillie, en surgissent. A l’intérieur, des escaliers en colimaçon permettent d’accéder à une plate-forme sommitale. Un espace regroupant les tombes d’anciens chefs locaux est tout ce qui reste de la première mosquée édifiée par le roi Koi Komboro, vers 1280.

Une réplique réduite à Fréjus. Sitôt achevée, l’actuelle mosquée s’est imposée comme la référence architecturale de toute cette partie de l’Afrique. On retrouve son influence sur un grand nombre d’édifices religieux à Mopti, M’Pessoba, San, Niono au Mali mais aussi Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), Kong et Odienné (Côte-d’Ivoire)… Il en existe même une réplique réduite à Fréjus.

De nombreuses mosquées maliennes ont été équipées de réseaux d’électricité et d’eau. Certaines ont même vu leur toit recouvert de tuiles, dénaturant leur aspect traditionnel. Ce n’est pas le cas de celle de Djenné dont les habitants ont eu la sagesse de préférer la conservation de son intégrité historique à l’appel du progrès… à l’exception d’un dispositif de haut-parleurs.

PHOTO - 5442 HOR DJENNE.eps
PHOTO - 5442 HOR DJENNE.eps - © akg-images / GÈrard Degeorge

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

L'assurance construction

L'assurance construction

Date de parution : 04/2019

Voir

La concession d'aménagement et ses alternatives

La concession d'aménagement et ses alternatives

Date de parution : 04/2019

Voir

Urbanisme de dalle

Urbanisme de dalle

Date de parution : 03/2019

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur