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La France risque de manquer de fibre

Christine Berkovicius |  le 20/04/2018  |  AinIndre-et-LoireSeine-et-MarneInternationalFrance entière

Face à l'envol de la demande, les industriels allongent les délais de livraison… Jusqu'à menacer le déploiement du réseau ?

Ce n'est pas encore un vent de panique, mais on sent poindre l'inquiétude : industriels, collectivités et pouvoirs publics ne cachent plus leur crainte de voir s'installer une pénurie de fibre optique qui ralentirait le déploiement du réseau, alors que le chef de l'Etat prône une accélération des travaux pour couvrir la France en haut débit (8 Mbits) dès 2020, et en très haut débit (30 Mbits) en 2022 (lire ci-dessous). Pour l'instant, les chantiers se poursuivent, mais « certaines entreprises ont fait part de leurs difficultés d'approvisionnement et de l'allongement de leurs délais de commandes », qui tournent désormais autour de douze mois, s'alarme Patrick Chaize, sénateur de l'Ain et président de l'Avicca, qui regroupe les collectivités engagées dans le numérique.

Demande chinoise. En réalité, la France subit depuis la fin 2017 les conséquences d'une surchauffe mondiale du marché de la fibre. Les prévisions pour 2018 sont passées en quelques mois de 430 à 570 millions de km de fibre nécessaires, tandis que la Chine absorbe à elle seule plus de la moitié de la production mondiale. La France, elle, ne représente que 3 % du marché, et utilise en outre une fibre spécifique préconisée par l'Arcep pour ses qualités techniques, qui n'est fabriquée que dans l'Hexagone. Ce qui place les industriels français devant un dilemme : doivent-ils produire pour le marché intérieur ou pour l'export, et dans quel volume ?

« Le problème, c'est de réussir à s'entendre sur des besoins à plusieurs années. Tant que ce cercle vertueux ne sera pas bouclé, nous allons courir après le temps », prévenait Marc Leblanc, directeur commercial Europe du Sud de la division Solutions télécom du groupe italien Prysmian, lors des Etats généraux des réseaux d'initiative publique (RIP), à Deauville en mars dernier.

Sur le terrain, les collectivités ne se retrouvent pas toutes logées à la même enseigne. « Celles qui sont rattachées à de très gros opérateurs n'ont pas de problème car les commandes sont sécurisées très en amont. Les autres rencontrent davantage de difficultés », observe l'Agence du numérique. Illustration de ce constat, TDF a récemment assuré au syndicat mixte Val de Loire Numérique (Loir-et-Cher et Indre-et-Loire), qu'il disposait de la fibre nécessaire pour raccorder les 306 000 prises du futur réseau. En revanche, le syndicat mixte Ardèche Drôme Numérique, qui prévoit 311 000 prises dans le cadre de marchés de travaux, a reçu des courriers d'entreprises qui craignent de ne pas tenir les délais. « Ce problème va se poser pour tous les chantiers qui démarrent en ce moment », déplore Denis Leroux, président du syndicat mixte Doubs Très haut débit.

Etude en cours. Pour répondre à la demande, les fabricants de fibre et de câble - ils sont trois en France - ont certes investi, mais il faut douze à dix-huit mois pour que les lignes de production soient opérationnelles. General Cable, implanté à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne), a ainsi multiplié par trois ses capacités depuis 2015, mais a du mal à fournir. « Tous les projets sont sortis en même temps, sans qu'aucune prévision ne soit donnée à la filière industrielle », souligne Arnaud Paitel, responsable marché France. Résultat, l'entreprise a dû décliner des commandes pour 2018, afin de privilégier ses clients actuels.

Reste toutefois à déterminer quel serait l'impact précis d'une possible pénurie sur les chantiers en cours et à venir. Ce que personne ne sait prédire pour l'instant. Pour « objectiver la situation », la Fédération des industriels des réseaux d'initiative publique (Firip) a décidé de lancer une étude auprès de tous les acteurs du secteur. Les résultats sont attendus en juin.

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Dix millions de lignes supplémentaires à installer d'ici à la fin 2020

Pour tenir ses objectifs sur le très haut débit, la France doit aller plus vite. Il est prévu de déployer dix millions de lignes dans les trois ans, soit autant que ce qui a été installé ces dix dernières années. Le déploiement en zone urbaine et périurbaine, assuré par Orange et SFR, en est à mi-parcours avec 9 millions de lignes installées, et le même volume à déployer d'ici à 2020 pour un raccordement total. Les déploiements sont plus en retard en zone moins dense d'initiative publique, avec 9 millions de locaux à fibrer (sur 14 millions au total) d'ici à 2022, et seulement 1,2 million de lignes installées.

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