La Fondation Avicenne : modernité sans frontière

Dernière construction de la Cité universitaire en 1968 à Paris, la Maison de l'Iran, rebaptisée Fondation Avicenne en 1972, tranche par sa modernité. Rien d'oriental dans ce bâtiment, dont la technologie nouvelle valut bien des soucis à ses "inventeurs", dont le Français Claude Parent.

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La Fondation Avicenne : modernité sans frontière
Fondation Avicenne

Peut-être en souvenir de Paris et de sa chambre d'étudiante, la Shahbanou d'Iran, Farah Diba, émit le vœu qu'un pavillon représente son pays au sein du parc de la Cité universitaire à Paris. Mais le premier projet de deux architectes iraniens, Moshen Foroughi et Heydar Ghiai, fut refusé par les autorités françaises au début des années soixante. Pour faire avancer leur dossier mal ficelé dans le maquis administratif parisien, ils en appelèrent à l'influence d'André Bloc. Le fondateur de "l'Architecture d'aujourd'hui" avait justement dans sa manche un jeune architecte prometteur. Il chargea Claude Parent de démêler l'affaire. "Nous avons tout recommencé à zéro, avec un programme de 100 chambres et un terrain. Les Iraniens nous faisaient confiance. Depuis Téhéran, ils auraient eu du mal à suivre le chantier, c'est moi qui le fis", raconte ce dernier, encore surpris d'avoir pu, si jeune, profiter de cette tribune internationale. "Ils avaient fait un projet de type Bauhaus sur lequel ils incrustaient des motifs de l'art décoratif persan, il y avait comme une contradiction, nous avons changé de style".

Blocs suspendus

Changement de style et de structure : la trame classique et étroite choisie par les premiers concepteurs se serait effondrée sur les carrières qui s'ouvraient sous le futur bâtiment. Il fallait combler ces 24 mètres de vide et de terrains mouvants et trouver un nouveau système de fondation. Bloc et Parent imaginèrent six puits de 2 m de diamètre, profonds de 25 m. Ils y ficheraient trois portiques parallèles de 38 m de long et y accrocheraient l'immeuble. Les huit étages, en deux blocs de quatre, seraient suspendus à ces grandes poutres; entre les deux, un "vide structurant", l'appartement du directeur et quatre chambres; au-dessus, entre les étages et la toiture, un autre vide. La façade côté périphérique devait être aveugle pour isoler l'intérieur du bruit. Un escalier en spirale viendrait habiller cette grande surface métallique plane.
Cette architecture était spectaculaire, mais le projet fut... rejeté. "Le délégué général de la Cité universitaire a dit qu'il ne laisserait pas construire un gratte-ciel et il a eu gain de cause, se souvient l'architecte. Nous sommes passés à autre chose..." Jusqu'en 1966 et... l'annonce d'une visite officielle du Shah d'Iran en France au cours de laquelle il compte bien poser, pour la seconde fois, la première pierre du pavillon. "Et là, il n'a plus été question de gratte-ciel ni de goût architectural, les rouages se sont huilés comme par miracle et le permis a été accordé en un temps record", ironise Claude Parent.

Béton injecté

Mais les ennuis ne sont pas terminés. Le chantier démarré en 1966, tout en structures, ressemble plus à celui d'un pont qu'à celui d'une résidence pour étudiants et attire l'attention de la commission de sécurité qui tente d'en modifier certains aspects. L'ascenseur que l'architecte voulait à l'extérieur est réintégré au centre du pavillon. C'est la seule colonne qui relie tous les "morceaux" de l'immeuble en partant du sol. Il est enfermé dans une cage autostable détachée des planchers par un vide de 6 cm qui ne contrarie pas les mouvements latéraux.
Pour augmenter la résistance au feu de cette structure métallique, les pompiers exigèrent aussi que l'architecte rajoute du béton dans ses planchers. "Tout était déjà monté, raconte Claude Parent. Alors mon entrepreneur a acheté une pompe à béton et nous en avons injecté là où il fallait, heureusement le bâtiment était assez solide pour résister à ce poids supplémentaire". Détachées des façades d'une vingtaine de centimètres, les sections des portiques purent rester brutes (sans isolation) à condition qu'elles soient remplies de béton sur deux niveaux; on ressortit la pompe...

Bâtiment sauvé

Déçu que l'Iran n'ait pas choisi son mobilier dessiné sur mesure, Claude Parent est toujours fier de ce bâtiment dont les chambres de 18 m2 sont alignées le long d'un couloir de 3 m de large. Il reconnaît un raté : les paliers de l'escalier extérieur conçus pour accueillir des rencontres et des discussions ne servent aujourd'hui que de... paliers. Les autres critiques ne portent pas sur l'architecture, mais sur l'exploitation du bâtiment. "Je pense qu'il doit coûter cher à chauffer, accorde son concepteur, mais je pensais que le luxe de l'espace valait bien une dépense d'énergie supplémentaire. Dans les années soixante, les normes n'avaient rien à voir avec ce que l'on nous impose aujourd'hui".
Inauguré par le Shah en 1968, le bâtiment a été sauvé en mai par les étudiants qui empêchèrent qu'il soit occupé et détérioré. Son emplacement, qui en fait un support publicitaire parfait pour le périphérique, rentabilise son coûteux entretien et l'a sans doute sauvé de la démolition... En 1972, la Maison de l'Iran a été rebaptisée Fondation Avicenne en l'honneur du philosophe perse du XIe siècle. Au XXIe siècle, elle est gérée par la fondation nationale de la Cité universitaire et accueille des chercheurs et des postdoctorants de toutes nationalités.

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