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La filière tente de remonter le courant
PHOTO - 14210_861300_k2_k1_2024803.jpg - © MARC CARAVEO / EDF

La filière tente de remonter le courant

Augustin Flepp |  le 27/07/2018  |  EnergieNormesBâtimentEnvironnementFrance entière

Petite hydroélectricité -

Producteurs et gouvernement veulent réhabiliter les petits ouvrages hydrauliques, tels que les moulins.

Mais les normes environnementales et la fiscalité locale fragilisent l'équilibre économique des projets.

Engie et EDF croient dur comme fer au potentiel de la petite hydroélectricité (1). Tellement que la Société hydroélectrique du Midi (Shem), filiale du premier nommé qui gère 24 petites centrales, a décidé de créer une division dédiée à ce segment. « Cette structure disposera d'une enveloppe de 7 M€ sur cinq ans et bénéficiera d'une autonomie décisionnelle et budgétaire », explique Vincent Petillon, son directeur du développement. Opérationnelle début 2019, elle aura pour mission d'exploiter une quinzaine de centrales. Et de soutenir les ambitions du groupe dans la petite hydro, qui vise 30 MW de puissance supplémentaire d'ici à dix ans.

Son grand rival EDF poursuit la modernisation de son gigantesque parc hydraulique (320 petits ouvrages exploités). Dans la Haute-Vienne, l'électricien a engagé 30 M€ pour rénover six centrales de la basse Maulde, de 3 MW de puissance installée chacune, datant des années 1960. Initiés en 2014, les travaux consistent notamment à remplacer les conduites et les vannes et à installer un nouveau système de contrôle-commande.

Un scénario à dessiner. Cette politique d'investissements conduite par les deux leaders du marché - EDF gère 80 % du parc, Engie 12 % - intervient au moment où la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) est renégociée (lire encadré p. 9) . Les hydroélectriciens espèrent que les objectifs de la prochaine feuille de route seront plus ambitieux que la dernière. La PPE publiée en 2016 ne prévoyait en effet d'augmenter la capacité de production que de 500 à 750 MW à l'horizon 2023. Très loin des 3 GW annoncés lors du précédent scénario de programmation adopté en 2009. Et encore plus loin des capacités de développement calculées par le syndicat France Hydro Electricité. Selon lui, il serait possible d'injecter 11,7 TWh supplémentaires dans le réseau grâce à la création de nouvelles petites centrales au fil de l'eau et à l'équipement de sites existants (5,5 TWh).

« La loi sur l'eau bloque 71 % du potentiel de développement de l'hydroélectricité. » Jean-Marc Lévy , délégué général de France Hydro

Il faut dire que la filière peut compter sur un formidable patrimoine d'ouvrages hydrauliques (seuils, écluses… ) sous-utilisés, voire carrément abandonnés. « Lorsqu'ils sont exploités, ce sont des ouvrages de petites tailles qui s'intègrent très bien dans l'environnement et délivrent une énergie de proximité dont tirent profit un grand nombre d'acteurs », exposait Yves Giraud, directeur d'EDF Hydro, à l'occasion d'un atelier dédié à la question organisé dans le cadre du débat public sur la PPE. C'est le cas des moulins à eau (au nombre de 25 000 à 30 000 dans l'Hexagone, selon France Hydro), qui pourraient constituer une nouvelle source de revenus pour les producteurs, dans le cas d'un projet d'autoproduction, par exemple. Selon France Hydro, le potentiel de développement de ces installations serait estimé entre 350 et 400 MW.

Deux appels d'offres ministériels. Pour relancer le marché, un premier appel d'offres a été lancé en 2016 par Ségolène Royal, alors ministre de l'Environnement. Objectif : développer 60 MW. Mais cette initiative n'a pas connu le succès escompté, puisque seuls 19 projets ont été retenus, pour un volume de 27 MW. La mauvaise prise en compte des critères environnementaux par les candidats aurait conduit à écarter de nombreuses propositions. Car le secteur doit composer avec une réglementation contraignante. « La loi sur l'eau et les milieux aquatiques de 2006 bloque 71 % du potentiel de développement de nouveaux ouvrages », estime Jean-Marc Lévy, délégué général de France Hydro. Pour attirer davantage de candidats, le ministère de l'Environnement a décidé de simplifier le cahier des charges du deuxième appel d'offres en limitant à deux le nombre de catégories où postuler et en proposant un calendrier pluriannuel pour lisser le déploiement des projets. Problème : les écologistes, France Nature Environnement en tête, ont reproché au gouvernement de vouloir construire des petites centrales sur des cours d'eau encore « indemnes » au détriment de la biodiversité. Face à ces critiques, les hydro électriciens innovent en développant des turbines lentes ou des vis d'Archimède pour préserver la faune aquatique.

Par ailleurs, les défenseurs de la petite hydro ont tenté de faire passer deux amendements au projet de loi de finances pour 2018 : le premier pour exonérer temporairement de taxe foncière les nouvelles installations hydroélectriques, le second pour exonérer les parties des installations destinées à préserver l'environnement, comme les passes à poisson. « L'augmentation constante de la fiscalité couplée à la hausse des exigences environnementales remet en cause l'équilibre économique d'ouvrages existants », argumente Jean-Marc Lévy. Le gouvernement a rejeté les propositions estimant, notamment, que les exonérations doivent conserver un caractère extrêmement limité. En outre, il estime que la rentabilité d'un ouvrage hydraulique n'est pas tellement liée à la fiscalité locale mais au prix de l'électricité et au tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité. En 2017, la fiscalité locale représentait 10 €/MWh, soit près d'un cinquième du prix de vente de l'électricité, selon France Hydro.

2 500 petites centrales en France.

7 TWh produits chaque année, soit l'équivalent d'un réacteur nucléaire.

10 % de la production hydraulique française.

2 GW de puissance installée.

2/3 des petites centrales sont exploitées par la SNCF, VNF, des industriels, collectivités et producteurs indépendants.

Source : France Hydro.

L'avenir de l'hydro en négociation

Le gouvernement est resté flou sur la publication de la prochaine programma tion pluriannuelle de l'énergie (PPE) pour les périodes 2018-2023 et 2024-2028.

Le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot a toutefois assuré qu'un « scénario clair » serait publié d'ici à la fin de l'année. Pour l'hydro électricité, les débats organisés au premier semestre ont tourné autour du potentiel de développement des nouveaux ouvrages et de la modernisation du parc existant. Mais les associations de défense de l'environnement s'y sont fermement opposées, considérant que les installations existantes sont responsables du mauvais état écologique actuel des cours d'eau français.

(1) Le concept regroupe les centrales de moins de 10 MW. Si leur puissance est inférieure à 4,5 MW, elles appartiennent généralement aux particuliers, aux petites entreprises et aux collectivités. A partir de 4,5 MW, elles dépendent de l'Etat et sont exploitées en concession.

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