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La filière cisèle son bilan environnemental

Paul Falzon |  le 25/05/2018  |  ImmobilierInternationalHygièneBois

Portés par la réglementation, les acteurs du bois cherchent à valoriser la qualité environnementale du matériau tout au long de son cycle de vie.

Aujourd'hui, la construction bois devient une solution technique privilégiée sur nombre de chantiers. L'expérimentation E+C- a donné un coup de pouce au matériau en généralisant la démarche d'analyse du cycle de vie (ACV) et en créant un indicateur qui valorise les projets en fonction de leurs émissions de carbone. « Auparavant, les ACV étaient réalisées en fin de projet. Il n'y avait plus de marge de manœuvre sur les matériaux, déplore Maxime Pousse, responsable de l'équipe performance environnementale du centre technique Nobatek/Inef 4. Avec l'expérimentation E+C-, nous sommes impliqués dès le départ. Nous pouvons ainsi influencer la conception. » Le spécialiste rappelle que « l'indicateur carbone des bâtiments en bois est en moyenne 10 à 15 % meilleur que celui des autres systèmes constructifs. On aurait pu s'attendre à un écart plus net, mais les lots bois se limitent souvent à la structure et à l'enveloppe, qui ne représentent qu'environ la moitié des produits mis en œuvre ».

Autre conséquence de l'expérimentation : les industriels ont accru leurs efforts pour réaliser des fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES). Quand elles sont inexistantes, des données forfaitaires très pénalisantes sont appliquées dans les calculs d'ACV, rendant quasiment impossible l'obtention du label E+C- comme des autres certifications environnementales. Au sein de la filière bois, une trentaine de FDES collectives ont été élaborées, principalement par l'institut technologique FCBA. Ce dernier procède actuellement à leur mise à jour, à la fois par respect des exigences réglementaires et pour permettre à la filière de mieux valoriser ses performances.

Comparer des matériaux sur un même projet. En définissant des unités de mesure standard, les FDES permettent une première comparaison des matériaux, que ce soit en termes d'énergie grise (lire glossaire p. 72) ou de d'émission de gaz à effet de serre. Mais l'exercice montre vite ses limites : confronter 1 m3 de bois et 1 m3 de béton ne présage en rien des performances du bâti dans toute sa complexité. « On ne peut comparer des matériaux qu'à l'échelle du projet, pour un service identique rendu, avec les produits associés dans le système constructif : isolants, équipements techniques, etc. Et les résultats sont parfois surprenants », indique Luc Floissac, conseiller environnemental et fondateur du bureau d'études Eco-Etudes (lire ci-contre).

D'autres facteurs peuvent donc alourdir le bilan environnemental. « Le bois possède des qualités intrinsèques formidables, que l'on peut plomber en en faisant un produit très transformé : traitements chimiques et mécaniques, recours à des produits de la pétro chimie… Plus le matériau est travaillé, plus ses impacts énergie et carbone risquent de s'alourdir », pointe Thomas Jusselme, créateur de Vizcab, un outil qui facilite la réalisation des ACV et la comparaison des solutions techniques. Matériau en pleine croissance, le lamellé-croisé (CLT) contient des colles qui pèsent seulement 2 % du produit en volume, mais 10 à 15 % de son empreinte carbone et 15 à 30 % de son énergie grise. Le transport constitue une autre faiblesse, notamment pour les résineux importés de Scandinavie.

Stocker le carbone. Ces limites ne doivent pas faire oublier le principal atout du bois : sa capacité à capter et à stocker le carbone présent dans l’atmosphère. La méthodologie actuelle des ACV aurait d’ailleurs tendance à minimiser ce rôle de poumon de la planète. « Sur l’ensemble du cycle de vie, les calculs ne distinguent malheureusement pas le carbone issu de la combustion d’énergies fossiles émis pour la transformation des matériaux de celui qui est piégé par le bois, et qui ne sera pas forcément relâché dans l’atmosphère en fin de vie », pointe Pierre Blanchet, titulaire de la chaire industrielle de recherche sur la construction écoresponsable en bois de l’université Laval, à Québec (Canada).

La normalisation internationale encadrant la réalisation des ACV (normes ISO 14040 et ISO 14044) a été révisée en 2006. L'analyse du cycle de vie est, de fait, un champ d'études récent et perfectible. Mais la généralisation de la démarche reste une chance pour l'ensemble de la filière bâtiment, insiste Thomas Jusselme : « Toutes les entreprises qui réalisent des ACV en sortent grandies par le niveau de connaissances et la montée en compétences qu'elles en tirent. »

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Glossaire

Analyse du cycle de vie : elle permet de mesurer l'ensemble des ressources mobilisées pendant toute la durée de vie du bâtiment.

Energie grise : énergie nécessaire à la fabrication, au transport et à la mise en œuvre des matériaux de construction avant exploitation.

Empreinte carbone :quantité de carbone (en tonnes de CO2 le plus souvent) émise par une activité, une personne ou… un bâtiment.

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