La Ferté-Bernard Une zone d'activités aux champs

Un exemple d'amélioration, par le paysage, d'une zone d'activités banale, en périphérie de ville. La trame paysagère organise le site et minimise l'impact des bâtiments.

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La trame paysagère qui est proposée dans cette zone d'activités en création relativise l'impact des bâtiments, « boîtes à chaussures » de gros gabarits posées au petit bonheur sur les parcelles. Elle démontre le pouvoir organisateur d'un traitement paysager sur ce type de lieu, quand il est conçu non pas comme un cache-misère mais comme une trame structurante et utile. A l'exception de « Nîmes ville active » où le projet de Jean Nouvel réalisé par Patrick Lemerdy développait une thèse similaire, de telles tentatives restent rares dans ces entrées de villes et zones industrielles trop vite poussées, dont les contraintes économiques défient les meilleures volontés politiques et architecturales.

L'effort qualitatif s'arqueboute souvent sur l'aspect des bâtiments.

Le scénario proposé ici est inverse : il postule que les bâtiments passent (ils sont reconstruits ou réorganisés au gré des rachats et regroupements), alors que le paysage reste. La paysagiste Pascale Hannetel a donc mis en oeuvre une palette complète de techniques paysagères (modelés de sol, tracés viaires, plantations, assainissement des eaux pluviales polluées) qui valorise l'espace public et libère les constructions de toute contingence.

A 80 francs HT du m2 de sol aménagé est ainsi proposé un exemple de « développement durable » qui dépasse les contraintes utilitaires du moment, et donne une qualité pérenne au site. Jean-Paul Landais, secrétaire général de la communauté de communes, un des partenaires qui a permis la naissance de ce parc d'activité particulier (voir ci-dessous), évalue le surcoût de la qualité à moins de10 % , les budgets habituels (70 à 75 francs HT/m2) étant absorbés à 80 % environ par les réseaux et la voirie, sur lesquels la conception du projet a permis de gagner des marges. Quant aux charges de gestion, elles devraient être, à terme, inférieures aux coûts habituels, en particulier grâce à l'absence de pelouses, après trois années de « rodage » et d'entretien de la structure paysagère.

Tirer parti du site. « L'île d'activités » des Ajeux est une plate-forme de remblai créée de toute pièce dans la plaine inondable de la Ferté-Bernard. Elle est bordée par la rivière Huisne d'un côté et un canal de délestage récemment creusé de l'autre. Ces singularités mises à part, son environnement est celui de son époque : gravières en exploitation, proximité de l'autoroute, no man's land entre la zone et la ville. L'opération tire parti de ces éléments : le fond de la vallée qui la sépare de la ville, appelé à se modifier selon le plan d'urbanisme réalisé par le Codra, prévoit la création d'un plan d'eau et d'une base de loisirs à l'horizon 2010.

Pour éviter l'effet de collage de ces formes urbaines substituées au paysage agricole, le projet les valorise l'une l'autre par un dénominateur commun : l'eau, omniprésente dans la vallée. La zone d'activités est donc aménagée sur ce thème : le chemin de rive du canal et la rivière lui servent d'horizon, des bassins plantés la découpent transversalement. La qualité paysagère se veut par ailleurs suffisante pour que la zone d'activités devienne un lieu de promenade en prolongement de la future base de loisirs.

Voies et talus. Un axe parallèle au cours de la rivière sert d'artère principale. Large de 7 m, accompagné d'une allée piétonne, il est bordé de part et d'autre par des talus de 9 m de large plantés de chênes et de pins qui lui donneront à terme l'atmosphère d'une allée boisée. Les talus, doublés d'un fossé, bornent les parcelles et cachent le désordre qui règne au pied des bâtiments. En direction de la base de loisirs, les parcelles sont desservies deux par deux par une fourche prenant naissance dans la voie centrale. La densité de voirie est ainsi réduite.

Stationnement. Entre deux parcelles, des parkings communs donnent la respiration d'un espace public soigneusement aménagé, lieu de prestige malgré son caractère utilitaire. La capacité de stationnement est volontairement surévaluée, afin d'absorber un jour, pendant les week-ends, le surplus de véhicules affluant vers la base de loisirs. Les parcelles disposent, en plus, de parkings individuels à l'intérieur de leur périmètre.

Epuration des eaux. Deux systèmes d'évacuation des eaux sont mis en place pour économiser la création d'un réseau souterrain et dépolluer les eaux pluviales salies par les huiles et essences des semi-remorques, conformément à la loi sur l'eau. D'un côté de la voie principale, des noues servant de bassin d'orage et des fossés sillonnent les parkings, équipées de séparateurs d'hydrocarbures qui nettoient l'eau avant son rejet dans le canal. De l'autre côté de l'île, l'assainissement des eaux de la voirie est assuré par une lagune plantée d'espèces dépolluantes, avant rejet dans la rivière. Pascale Hannetel fait valoir que ces bassins d'eau seront respectés et maintenus à hauteur de leur utilité. Ils servent en outre de zones coupe-feu entre les entreprises.

Limites des parcelles. Elément délicat à traiter, la clôture des parcelles se limite ici à des barrières virtuelles (talus et fossés) qui évitent de morceler le paysage. Pour faire barrage à l'entrée des camions, outils indispensables aux cambriolages, de larges grilles roulantes en acier ferment les voies d'accès.

Plus symboliques qu'utiles, des bornes de pierre dressées au croisement des voies et à l'entrée des parcelles cadrent le paysage. Hautes de 2,20 m, construites en pierres du pays, elles servent aussi de support à une signalétique soignée et unitaire : des plaques d'inox perforées, éclairées par des lampes glissées dans une réservation prévue dans la maçonnerie.

FICHE TECHNIQUE

Maîtrise d'ouvrage : Syndicat mixte du parc d'activités d'intérêt départemental (PAID) des Ajeux. Le PAID est composé du département de la Sarthe (50 % des voix, 55 % du financement) ; de la communauté de communes du pays de l'Huisne-Sarthoise (26 communes) et du Syndicat mixte du parc d'activités d'intérêt départemental (PAID) des Ajeux (50 % des voies et 45 % du financement).

Maîtrise d'oeuvre : Pascale Hannetel, paysagiste mandataire ; Anne-Gaëlle Le Guillanton, paysagiste assistante ; Arnaud Yver, urbanisme et design ; Anne-Marie Werckle et Cabinet Dejoie, BET ; Dominique Hernandez, éclairage ; Espace étude, ingénieur agronome ; Armelle Sicart, conseil plantes aquatiques.

Surfaces aménagées : espace public, 9 890 m2 ; parcelles privées, 3 890 m2.

Coût des travaux : 10,915 millions de francs soit 88,60 francs HT au m2 (espaces publics + parcelles) :

Principales entreprises : Brule terrassement, voirie assainissement ; Cegelec, éclairage ; Dorisson, serrurerie ; Knittel/Thetten, espaces verts ; Baudin, maçonnerie, Cise, arrosage, eau potable.

DESSINS ET PLAN :

Ci-dessus, le plan-masse de l'île d'activités montre les séparatifs proposés : voies secondaires, lagunes, parkings publics.

2. Coupe sur la voie principale.

3. Zoom sur le système d'accès groupé aux parcelles et aux parkings.

PHOTOS :

1. Une lagune, avec ses plantes dépolluantes.4. La voie principale du parc d'activités.

5. L'entrée d'une parcelle : muret, signalétique et grille d'acier. A droite, un parking public.

6. Les talus plantés d'espèces tapissantes cachent le dé-sordre au pied des bâtiments.

Les composantes d'un partenariat unique en son genre

Initiative unique en son genre, le Parc d'activités d'intérêt départemental (PAID) des Ajeux est né d'un partenariat exigeant entre le département de la Sarthe, et la communauté de 26 communes des cantons de Tuffé et de la Ferté-Bernard. Dans le cadre du schéma économique qu'il a mis en place, le département soutient le développement de quatre sites porteurs, choisis à la fois pour leur dynamisme économique et pour l'existence d'une volonté intercommunale de partager les dépenses et les ressources. En contrepartie d'un financement de 55 % de l'aménagement, le département impose deux exigences :

création d'un syndicat mixte regroupant le département et la communauté de communes, avec représentations d'élus et décisions prises à 50/50. Ce syndicat est chargé de l'entretien et de la gestion. Dans le cas du PAID des Ajeux, premier parc à voir le jour, le département est propriétaire de la moitié des voies.

mise en place d'un paysage de qualité, afin que ces espaces s'apparentent davantage à un parc qu'à une « zone ». Le département a confié au CAUE de la Sarthe la mission de motiver cette qualité. Sur recommandation de ce CAUE, une consultation de concepteurs a été organisée.

Par ailleurs, une convention passée entre l'Etat et le syndicat du Perche-Sarthois (6 cantons, 62 communes) pour la valorisation de la région, « pays d'art et d'histoire », permet que les coûts de fonctionnement soient financés à 50 % par l'Etat.

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