La ferme Melchior, foyer mondial de la biodiversité cultivée
Une station Vavilov va naître à Charly (Rhône), siège du centre de ressources de botanique appliquée. - © laurent miguet

La ferme Melchior, foyer mondial de la biodiversité cultivée

Laurent Miguet |  le 12/04/2019  |  Entreprises du paysageBiodiversitélyonPatrimoine

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Le centre de ressources de botanique appliquée (CRBA) prend pied dans la ferme Melchior à Charly, au sud-ouest de la métropole lyonnaise. Inaugurée le 11 avril dans un domaine de huit hectares dont l’origine remonte au XIVème siècle, l’implantation reflète le projet : puiser dans l’histoire les ressources pour répondre aux défis climatique et alimentaire.

Devant la maison de maître, un cercle de pots de terre symbolise  la coopération franco-russe pour la biodiversité cultivée : ce 11 avril sous une bise déchaînée, l’Institut Nicolaï Vavilov de Saint-Pétersbourg et le Centre de ressources de botanique appliquée  (CRBA) de la métropole lyonnaise y plantent des graines de tournesol, de maïs et de haricot, extraites de leur collection respective. Ce partage de semences anciennes va donner naissance à la 12ème station de l’institut créé en 1887, la première située hors de Russie.

Merci Vavilov

Les semeurs français et russes scellent une coopération engagée en 2014, au moment où la plus vieille banque de semences du monde traversait des heures noires, au point de mettre en péril ses collections exceptionnelles : 80 % des 300 000 variétés conservées datent d’avant la seconde guerre mondiale. En cinq ans, les lyonnais ont pu mesurer la valeur du trésor : grâce à l’Institut Vavilov, le CRBA a repris possession de 350 variétés végétales d’origine lyonnaise, et réputées disparues.
Au cours de l’inauguration qui a suivi le geste symbolique, Bruno Charles, vice-président de la métropole lyonnaise chargé de l’environnement et de l’agriculture, n’a pas eu besoin de se forcer pour trouver la paraphrase churchillienne à la hauteur de l’événement : « Rarement dans l’histoire, un si grand nombre de personnes aura contracté une dette aussi importante envers un petit groupe d’individus ». Outre le fondateur de l’institut éponyme Nicolaï Vavilov, mort de faim au goulag en 1943, l’hommage vise la poignée de scientifiques russes qui, contre vents et marée, ont sauvé le patrimoine génétique végétal mondial que la seconde moitié du XXème siècle s’est acharnée à détruire.

Bien commun

Soutien de la première heure du CRBA depuis sa création en 2008, le vice-président écologiste n’a pas manqué l’occasion d’expliciter la dimension politique du message : l’échange gratuit de semences anciennes et non répertoriées au catalogue officiel place l’organisme grand-lyonnais dans les marges du système règlementaire français. Mais cette pratique s’inscrit surtout dans le combat contre la prétention des firmes agro-alimentaires mondiales à s’arroger la propriété du vivant, à travers des brevets. « Les semences appartiennent à l’humanité », estime Bruno Charles.

Mécénat

Requinqué par une nouvelle gouvernance en phase avec le virage bio de l’agriculture russe, l’institut Vavilov trouve à Lyon le supplément d’âme apporté par le brassage des disciplines et des sources de financement : « Le mécénat n’existe pas en Russie. Animé comme le CRBA par une volonté pédagogique vers le grand public, l’Institut Vavilov découvre avec intérêt une structure où se croisent l’art et l’agronomie, avec l’appui de militants associatifs et d’entreprises », souligne Benjamin Canon, chargé du mécénat et de la biodiversité au fond de dotation De Natura.
Initiée par plusieurs entreprises de travaux et d’ingénierie paysagère au premier rang desquelles le lyonnais Tarvel, ce bailleur de fonds a créé la passerelle entre l’Institut Vavilov et le CRBA. L’acclimatation de semences russes et lyonnaises, dans les deux pays, apporte une pièce majeure aux volets conservatoire et expérimental du projet de restauration et d’aménagement des huit hectares du domaine de Charly, qui avait connu son précédent âge d’or au XVIIème siècle, sous l’impulsion du banquier Melchior Philibert.

Résilience

« Comme lui, nous allons expérimenter avec des techniques agricoles qui associent dans une même parcelle la vigne, les arbres fruitiers, les légumes et les céréales », annonce Stéphane Crozat, ethnobotaniste et directeur du CRBA. L’entreprise Tarvel tiendra les premiers rôles, dans ce volet agricole du projet programmé jusqu’en 2021. Pour l’heure et tout en se préparant à déménager du domaine de Lacroix-Laval, au nord de la métropole, le centre de ressources peaufine le dossier d’autorisation de travaux exigé par le ministère de la Culture. Cofinancé par une souscription ouverte du 15 avril au 15 mai, le projet inclut un bâtiment neuf, dessiné par l’agence Archipat, aux abords du monument historique.

La rénovation du domaine renouera avec la diversité des plantations sur une même parcelle.

Simultanément, De Natura poursuit l’essaimage des jardins conservatoires au nom de Nicolaï Vavilov : après celui du siège mondial de Seb à Ecully (nord de Lyon), la ville d’Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) et la Chartreuse de Neuville (Pas-de-Calais) ont embrayé. Premier banquier et premier assureur de l’agriculture, le Crédit agricole et Groupama entrent à leur tour dans le cercle vertueux. A leurs propres clients qui cherchent à sortir de l’impasse de la monoculture intensive dopée aux intrants chimiques, ils montrent la voie de la résilience écosystémique.

Commentaires

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DamZ

24/04/2019 10h:36

Charly est au SUD-OUEST de la Métropole lyonnaise, et non pas au sud-est ;)

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