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La difficile percée du bâtiment biosourcé
Immeuble paille et bois en R+8 à Saint-Dié-des-Vosges - © Arno Paul /Light Motiv/Le Moniteur

La difficile percée du bâtiment biosourcé

Guillaume Maincent |  le 13/03/2014  |  BiosourcébatbiosourceProduits et matérielsBoisFrance entière

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Chanvre, lin, miscanthus, paille, bois, ouate de cellulose… Ces matériaux entrent très peu dans la construction des bâtiments, alors qu’ils sont parés de toutes les vertus. En Ile-de-France, les acteurs s’interrogent.

Mi-février, l’Agence régionale des nouvelles énergies d’Ile-de-France (Arene) avait réuni les acteurs de la construction durable, dans la très symbolique halle Pajol, à Paris, pour discuter biosourcing. Évidemment, il ne fallait pas s’attendre à ce que la filière ait décollé, depuis la parution, l’été dernier, d’une étude sur le sujet qui décrivait ce marché de niche. Mais ce fut l’occasion de redire ô combien la filière est pertinente « étant donné le besoin en matériaux de construction lié au Grand Paris et l’objectif du schéma directeur de la région Île-de-France (SDRIF) de construire 70 000 logements par an entre 2005 et 2030 », comme le résume l’Arene.

Deux obstacles apparaissent toutefois : les matériaux biosourcés ne sont pas suffisamment connus, et quand ils le sont, ils proviennent souvent de l’extérieur. Des régions montagneuses, voire de l’étranger, dans le cas du bois, les chantiers privilégiant les résineux aux feuillus. Sur le marché francilien de la maison individuelle, par exemple, la construction bois atteint péniblement une part de marché de 4,2 %, le plus faible taux de France.

Conflits d’usage

 

À l’inverse, certaines productions régionales sont écoulées à l’extérieur, faute de demande locale. C’est le cas des bétons de chanvre proposés par la SAS Planète Chanvre, implantée à la Ferté-sous-Jouarre, en Seine-et-Marne. « Nous exportons tout vers l’Allemagne, témoigne Anne-Marie Nuyttens, qui gère cette société fédérant huit exploitants fournisseurs. C’est une entorse au principe de boucle locale, mais c’est notre seul marché. » « Les lieux de consommation doivent être proches des sites de production », explique en effet Bernard Courtin, de l’association Biomis G3, qui promeut le miscanthus (environ 160 hectares cultivés en Ile-de-France, dans les Yvelines et le sud de la Seine-et-Marne).

Car s’il y a trop de kilomètres à faire, le bilan carbone s’alourdit, et il devient moins pertinent de recourir à ces matériaux censés « stocker le CO2 dans les murs ». Ou dans les planchers, comme avec le lin (1 000 hectares en Ile-de-France), qui fait d’excellentes sous-couches de parquet.

Enfin, certains conflits d’usage peuvent apparaître, comme pour la paille, convoitée aussi pour l’élevage, l’énergie et l’enrichissement des sols agricoles. Ou pour la ouate de cellulose, issue des vieux papiers, un matériau qui dispose d’une solide filière de recyclage en boucle fermée (pour refaire du papier neuf), mais d’aucun outil régional de production pour le marché du bâtiment.

Le rôle des prescripteurs

 

Dans ce contexte, le rôle des prescripteurs est fondamental. « Le point dur, c’est la demande. On réussira par là, en ajoutant un cahier des charges relatif aux écomatériaux dans les chantiers, comme pour ce projet de village nature près de Disneyland Paris », martèle Thierry Vincent, chef de projet Prospective et transition écologique à Arene, qui a supervisé l’étude.

L’argument a porté au niveau national, puisque le bâtiment biosourcé dispose d’un label (depuis 2012), d’une interprofession portée par l’association Constructions & Bioressources et d’un plan de promotion, sous l’égide des ministères de l’Écologie et du Logement.

Certaines grandes marques du bâtiment se disent prêtes à suivre, comme Ciments Calcia ou Alkern, intéressées par le miscanthus.
Mais ce sont les collectivités locales qui détiennent la clé. Jean-Marc Naumovic, adjoint au maire de Villepinte délégué à l’urbanisme, en est la preuve vivante : « Nous avons intégré, non sans difficultés, les matériaux biosourcés dans le plan local d’urbanisme. Les constructions qui y ont recours bénéficient d’une majoration d’emprise », dit-il. En somme, à projet identique, on peut ajouter un peu plus de mètres carrés si le bâtiment fait appel au chanvre, au bois ou à la paille.

Gilles Liautard, de l’établissement public d’aménagement de Sénart, annonce de son côté l’introduction d’une clause biosourcing dans le cahier de charges pour 250 nouveaux logements. « On a longtemps raisonné thermique, avec les différentes RT ; il faut passer à une autre logique et rendre durable la production de logements », explique-t-il, en balayant l’argument du coût - « la laine de chanvre coûte deux fois moins cher qu’il y a quinze ans ». Minimiser les émissions de carbone des consommations énergétiques du bâtiment, c’est bien ; stocker le carbone dans les murs, c’est encore mieux.

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