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Philippe Roux, président de l'Union charpente, menuiserie, parquet (FFB) - © © FFB

"La décision du Conseil constitutionnel sur le décret 'bois' est un retour en arrière"

Propos recueillis par Florent Lacas |  le 28/05/2013  |  Second œuvreBoisParquetGirondeImmobilier

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Philippe Roux, président de l'Union Charpente-menuiserie-parquet (FFB), réagit à la décision du Conseil constitutionnel de rendre inapplicable le décret "bois", quelques jours avant la tenue de l'assemblée générale de son organisation professionnelle, le 31 mai.

Le Conseil constitutionnel, en remettant en cause la conformité à la Constitution de l’article L. 224-1, V, du Code de l’environnement, rend le décret "bois" de mars 2010 inapplicable. Q uel sera concrètement l’impact de cette décision sur votre filière ?

Philippe Roux : Je ne mesure pas encore précisément comment elle nous impactera. Mais c’est très inquiétant pour nos marchés. Tout ce que je peux dire, c’est que le Conseil constitutionnel remet en cause ce qui semblait pourtant faire consensus depuis le Sommet de la Terre de Rio en 1992, la loi sur l’Air de 1996 et enfin l’accord-cadre Bois Construction Environnement signé en 2001 par l’Etat, les représentants des maîtres d’ouvrages, des maîtres d’œuvres, des entreprises du BTP et de la filière bois, à savoir la contribution efficace à la réduction de l'effet de serre de l’utilisation du bois dans les constructions.

Par ailleurs, le décret « bois » de mars 2010 n’imposait pas de contraintes si draconiennes que cela. Il suffisait de construire un escalier, des plinthes ou des portes en bois dans un bâti pour le respecter. Quoi qu'il en soit, la crise économique aura beaucoup plus d’impact sur la santé financière de nos entreprises que cette décision du Conseil constitutionnel. C’est néanmoins un retour en arrière auquel nous assistons du fait de cette décision.

Comment s’est soldée l’année 2012 pour vos adhérents ?

PR : Nous nous attendions au pire en 2012, mais l’année a été moins catastrophique que prévu. Nous avons limité les pertes en termes de chiffre d’affaires et de résultat. Par contre, depuis début 2013, nos marges s’émoussent sérieusement. Le secteur de la construction bois a été assez porteur ces dernières années. Mais actuellement nous n’allons pas mieux que les autres corps de métier.

 

En quoi ce début d’année a-t-il été difficile ?

PR : La commande publique se raréfie et l’intensité de la bagarre sur les prix devient inquiétante. Des entreprises qui ont habituellement une visibilité sur dix, douze mois, n’en ont aujourd’hui plus que sur six mois maximum. Par ailleurs, les défaillances d’entreprises, dans notre secteur, ont notablement augmenté sur la dernière année. Certaines entreprises réputées ont mis la clé sous la porte. Cette année devrait donc se solder par une baisse du chiffre d’affaires et des résultats.

La loi d’avenir pour l’agriculture, l’agroalimentaire et la forêt réservera peut-être de bonnes surprises pour votre filière…

PR : Nous espérons qu’elle donnera un nouveau souffle à l’ensemble de la filière bois, en particulier en créant un fonds « bois » qui serait alimenté, entre autres, par le marché des quotas carbone ou la mise en œuvre d’une qualification facilitée, en temps et en coût, des produits finis destinés aux marchés de la construction.

Dans quelle mesure le crédit d’impôt compétitivité-emploi (CICE) constitue-t-il un soutien à vos entreprises ?

PR : Nous regrettons, sur ce plan, le fait que les donneurs d’ordres voient le CICE comme un moyen de faire baisser les prix des prestations des entreprises en 2013. Plus grave encore, l’Insee vient de décider d’introduire les effets du CICE dans les indices de prix et de coût, ce qui ne fait que confirmer l’attitude des donneurs d’ordre. Une telle évolution est scandaleuse au regard des objectifs initiaux d’amélioration de la trésorerie de nos entreprises. L’intention était bonne, mais la mise en œuvre va se traduire par une pression aggravée sur les prix. Cela est d’autant plus dommageable que, dans le même temps, le gouvernement justifie la hausse de la TVA à taux réduit par la nécessité de financer le CICE !

Quand prévoyez-vous la reprise pour vos marchés ?

PR : Difficile à dire. Certains avancent 2014, d’autres 2015. Ce qui est sûr, c’est que le prix du bois a légèrement augmenté ces derniers mois, de manière régulière. Cela  témoigne d’un renforcement de la demande mondiale pour notre matériau. Mais le marché français, pour l’instant, reste atone. Un élément positif, toutefois : le marché du crédit immobilier aux ménages semble se ressaisir, notamment dans l’ancien, alors même que les taux d’intérêt sont historiquement bas depuis la fin 2012.

Quels seront les principaux thèmes abordés lors de votre assemblée générale, qui se tient à Bordeaux le 31 mai ?

PR : Le principal sujet de préoccupation, nous venons de l’évoquer : c’est l’état dégradé de la conjoncture. Mais nous proposerons également à nos adhérents de participer à des tables rondes pour débattre autour de thèmes transversaux. Nous aborderons en particulier la révision de la nomenclature Qualibat, mais également celle des DTU « escaliers », « charpente bois », « ossature bois » ainsi que le futur DTU « façades à ossatures bois ». Un point sera également fait sur les marchés en développement, comme ceux liés à l’accessibilité aux personnes handicapées des établissements recevant du public, ou aux opérations d’extension et de surélévation. C’est un potentiel de travaux très important pour nous.

Vos professions ont-elles facilement passé le cap de la RT2012 ?

PR : L’application de la RT2012 se traduit principalement par une modification de la composition des murs, auxquels nous ajoutons de l’isolant par l’intérieur ou par l’extérieur. Par ailleurs, nos entreprises ont bien adopté la pratique des tests d’étanchéité à l’air. Globalement, la profession a bien vécu cette transition.

A l’occasion de votre assemblée générale, vous tiendrez une table ronde sur l’achat et la vente responsables. Quel message souhaitez-vous faire passer à vos adhérents?

PR : Sur le front de l’utilisation de bois écocertifiés, nous ne partons pas de rien : nos entreprises de construction bois trouvent aujourd’hui, sans difficulté, des bois écocertifiés. Mais ce n’est pas parce que l’entreprise achète des bois certifiés qu’elle peut en faire un argument commercial : la mise en place d’une chaine de contrôle dans l’entreprise est donc nécessaire. C’est pourquoi nous venons de réaliser avec l’association PEFC un guide de mise en œuvre des chaînes de contrôle à destination des constructeurs bois. 

Les maîtres d’ouvrage sont-ils sensibles à la provenance des bois qu’utilisent les entreprises ?

PR : Cela passe bien, en particulier auprès des maîtres d’ouvrage privés. En général, il choisit de faire appel à la construction bois parce qu’il a une sensibilité environnementale. Par ailleurs l’Etat s’est engagé à ne plus utiliser que des bois certifiés dans ses projets de construction. Il faut donc amener de l’eau au moulin de ces clients en mettant en place dans nos entreprises les chaînes de contrôle de la traçabilité des bois. Ainsi, l’ensemble de la filière bois ira dans le même sens, y compris le dernier maillon de la chaîne qu‘est l’entreprise. Aujourd’hui, les bois d’essences exotiques semblent passés de mode au profit des essences locales pour lesquelles un important travail de qualification est en cours notamment au niveau des essences feuillues.

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