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La culture fait partie des besoins de base

Propos recueillis par Pascale Braun, Laurent Miguet et Christiane Perruchot |  le 15/03/2013  |  France entièreHaut-RhinCollectivités localesArchitectureCulture

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Mondialement connus, les architectes de la cité des arts de Besançon, du centre Pompidou-Metz et de l’extension du musée Unterlinden de Colmar évoquent leur premier grand projet public français.

Christine Binswanger, Shigeru Ban et Kengo Kuma ont dénoué le fil qui relie architecture et attractivité, à travers leur référence majeure dans l’Est de la France. Réponse à « un besoin de base » selon Christine Binswanger (Herzog & de Meuron), la culture s’inscrit dans des projets urbains au long cours.

Comment résumeriez-vous le parti architectural ?

Kengo Kuma : Mon architecture résulte de l’assemblage de petits éléments qui fractionnent l’espace et que je nomme les particules. Ils me permettent de trouver la bonne échelle pour que le bâtiment se fonde dans le paysage et trouve une dimension humaine. Sur 10 000 m2, je courais le risque d’un bâtiment volumineux, imposant. Les panneaux de bois des façades effacent le volume et créent une ambiance intime, douce pour les gens. Par la trame différenciée, ils rendent clairement identifiables le conservatoire et le Frac. Ces deux équipements ont un public et un rythme de fréquentation différents. La toiture les unit. J’y attache une grande importance, comme dans l’architecture traditionnelle japonaise. Généreuse, elle reste cependant légère grâce aux pixels que forme l’alternance d’éléments opaques et transparents.

Christine Binswanger : Les rénovations et extensions de bâtiments existants constituent un des fils conducteurs de notre travail, depuis la Tate Modern de Londres ou le musée Küppersmühle à Duisburg, jusqu’au Caixa Forum de Madrid, tous équipements issus de la reconversion d’anciens bâtiments industriels. Le musée Unterlinden prolonge la recherche autour de la matérialité de la brique. Parmi les autres équipements de la même veine encore en cours de réalisation, citons le projet de Park Avenue Armory à New-York, initié en 2006.

Shigeru Ban : L’élément le plus spectaculaire de Pompidou-Metz est sa toiture, que personne n’avait jamais faite nulle part ailleurs. Cet équipement concentre toute l’expérience que j’ai acquise en 25 ans d’études des espaces, des structures et des matériaux. Je suis très fier d’emmener des amis japonais, allemands ou new-yorkais voir cette réalisation. La démonstration messine m’a ouvert le marché des États-Unis, où j’ai été retenu pour la création d’un musée à Aspen, dans le Colorado. Les Américains ne tentent pas ce genre d’expérience architecturale sans s’assurer que cela fonctionne ailleurs. En France, les maîtres d’ouvrage savent prendre le risque d’être les premiers. Lorsque j’ai commencé à travailler sur ce projet voici sept ans, il y avait une grande discussion à propos des musées entre les partisans d’une architecture iconique et ceux d’une architecture fonctionnelle. Pompidou-Metz constitue une combinaison des deux aspects, en répondant à des exigences techniques très particulières.

Comment votre projet s’insère-t-il dans son contexte urbain ou paysager ?

Christine Binswanger : Au centre de la place Unterlinden qui finalement méritera son nom, une petite maison marque la présence du musée. Elle occupe la place de l’entrée des anciennes dépendances du couvent, avant la construction des bains. Nous reprenons le volume de cet ancien bâtiment, mais il ne s’agit pas d’une reconstruction littérale. Cette maison offre aux curieux une vue restreinte sur la galerie souterraine de liaison. De même, les quelques ouvertures en forme d’ogives qui cadrent la partie extérieure des baies de l’aile nouvelle ne cherchent pas à imiter le gothique : parlons plutôt d’une évocation, appropriée à un projet qui évite le clash, la rupture radicale avec le contexte historique, qu’aurait provoqué une boîte en verre ou en béton. Il essaie de s’inscrire dans son contexte sans devenir un pastiche.

Shigeru Ban : Outre la toiture, l’autre concept fort du Pompidou-Metz est celui des baies vitrées panoramiques braquées sur les éléments-clé de l’histoire de la ville – la gare et la cathédrale. Cette spécificité contribue à rendre le bâtiment unique : il ne pouvait être bâti nulle part ailleurs.Kengo Kuma : Le site dégage une force naturelle. D’un côté, les berges du Doubs ; de l’autre les collines ; à l’intérieur, des vestiges du passé : le bastion de Vauban et le bâtiment en briques des anciens entrepôts portuaires des années 1930 que j’ai choisi d’envelopper dans le projet. Et puis, imposante, la citadelle inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. Ce fut pour moi non pas intimidant, mais honorifique de travailler à proximité d’un édifice qui dégage cette force. Le projet tisse un lien fort avec la rivière, grâce au passage des arts. Espace de transit et de connexion, ce passage couvert fait entrer la nature en ville.

Quelle contribution pensez-vous apporter à l’attractivité locale et internationale du site ?

Shigeru Ban : Je sais que le centre Pompidou-Metz a rencontré plus de succès qu’espéré, et que sa fréquentation a eu un effet bénéfique pour l’hôtellerie et la restauration. Rarement une réalisation n’avait suscité autant de remerciements et de félicitations. C’est le plus beau compliment qu’un architecte puisse recevoir.

Kengo Kuma : En France, les maîtres d’ouvrage se passionnent pour l’architecture. Je ne doute pas qu’ils sauront partager cet engouement avec leurs concitoyens. À Besançon, le bois est peu présent dans les bâtiments publics, ce qui rend la Cité des arts peu ordinaire. Cela donnera envie aux gens de la voir.

Christine Binswanger : Chacun sent à Colmar que quelque chose bouge dans la ville. Nous avons toujours senti beaucoup d’enthousiasme et une grande appréciation. En changeant la vocation des bains, initialement prévus comme lieu d’exposition, notre projet contribue à l’adhésion générale. Cet espace événementiel donnera aux colmariens l’occasion d’un usage du musée dans leur vie quotidienne, au-delà des arts visuels ou de l’histoire du patrimoine.

Pour moi, la culture ne vient pas en plus du reste… Elle fait partie de nos besoins de base, pour aider à construire une identité. Cette considération s’ajoute à celle des retombées économiques que ce projet va créer.

Shigeru Ban

Né en 1957 1984 : diplôme d’architecture à la Cooper Union de New-York 1995 : création de maisons en tubes de carton, après le tremblement de terre de Kobe (Japon) 2010 : livraison du centre Pompidou Metz

Christine Binswanger

Née en 1964 1990 : diplôme de l’école polytechnique fédérale de Zürich 1994 : entre à l’agence Herzog et De Meuron. Fait partie des cinq Senior Partners. 2009 : chef de projet pour le musée Unterlinden de Colmar

Kengo Kuma

Né en 1954 1979 : diplôme d’architecture à l’université de Tokyo 1997 : prix de l’Institut architectural du Japon 2013 : livraison simultanée du Fonds régional d’art contemporain, à Marseille, et de la Cité des arts à Besançon

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