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« La construction durable transforme nos métiers en profondeur »

Propos recueillis par Julien Beideler et Laurence Francqueville |  le 24/05/2013  |  SantéEvénementEntreprisesTransportsTechnique

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Yves Gabriel, P-DG de Bouygues Construction -

Récemment désigné attributaire pressenti de la rocade L2 à Marseille (Bouches-du-Rhône) et de la Cité de la musique à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), Bouygues Construction démarre bien l’année en France. Pour autant, Yves Gabriel, son P-DG, n’en fait pas mystère : les perspectives de croissance sont hors d’Europe. Pour y faire la différence, il a décidé d’intensifier les efforts de R & D du groupe, notamment sur des thèmes liés à la construction durable.

De bons résultats dans une conjoncture dégradée

Bouygues Construction vient de présenter ses résultats trimestriels. L’année a bien démarré…

C’est vrai qu’après une très bonne année 2012, l’année commence plutôt bien pour Bouygues Construction. Au premier trimestre, notre chiffre d’affaires a augmenté de 3 % à 2,45 milliards d’euros et notre marge opérationnelle se maintient à un bon niveau à 3,5 %. Notre carnet de commandes à fin mars est en hausse de 4 % sur un an et atteint 17,3 milliards d’euros, dont 43 % à l’international. Cela couvre 89 % de notre objectif de chiffre d’affaires pour cette année, prévu à 10,75 milliards d’euros. Au-delà de la qualité de notre carnet de commandes, nous constatons avec satisfaction que le volume de nos affaires probables a également légèrement progressé à fin mars.

La concurrence - notamment étrangère - s’est-elle encore intensifiée ?

Oui, bien entendu, même si la situation est très différente selon nos marchés. En France, sur nos projets, nous n’avons pas encore constaté la présence de concurrents étrangers. Cependant, des entreprises espagnoles ou italiennes répondent à des appels d’offres dans le sud de la France en appliquant, semble-t-il, des prix anormalement bas, sans doute liés aux écarts de charges sociales entre ces pays et la France. C’est très dommageable pour l’emploi local. A l’international, même si les potentialités restent importantes dans de nombreux pays, la compétition s’est également renforcée, en particulier avec les acteurs européens confrontés à des marchés domestiques en recul. Malgré cette concurrence, la visibilité que nous avons sur notre activité future nous permet de rester très sélectifs afin de toujours privilégier la rentabilité au volume.

Vu la conjoncture dégradée, avez-vous souffert de défaillances de sous-traitants ?

Pas pour le moment. Nous avons de nombreux partenaires sous-traitants et sommes très vigilants sur ce point car de nombreuses entreprises vont certainement connaître des difficultés dans les mois à venir.

Vous arrive-t-il de faire travailler des sous-traitants étrangers ?

Oui, notamment à chaque fois que nous ne trouvons pas les compétences en France. Nous allons alors les chercher ailleurs, particulièrement en Europe. C’est le cas pour les charpentes très complexes du stade Vélodrome ou de la Philharmonie de Paris, où nous faisons appel à des expertises espagnoles et anglaises. Sur le parc zoologique de Paris, nous faisons aussi travailler plus de 80 PME, dont des entreprises allemandes, danoises ou néerlandaises.

L’Ile-de-France, principal moteur d’activité

Le fossé se creuse-t-il entre région parisienne et province ?

Les situations sont contrastées. En Ile-de-France, après une croissance à deux chiffres de notre activité en 2012, nous prévoyons une évolution du même ordre cette année. Notre filiale Bouygues Bâtiment Ile-de-France a enregistré de très nombreux succès (ministère de la Défense, palais de justice de Paris, rénovation du Ritz, centre commercial de Beaugrenelle, Philharmonie de Paris, aménagement de l’ancien hôpital Laennec…) et reste leader sur de nombreux segments de marché. L’organisation par spécialités (habitat social, habitat résidentiel, rénovation privée, construction publique…) mise en place en 2003 a démontré toute sa pertinence.
En régions, les affaires sont nettement moins nombreuses et de plus petite taille, la concurrence y est donc plus rude. Notre part de marché n’est pas la même partout, mais nous avons finalisé de belles affaires récemment comme le partenariat public-privé pour cinq collèges dans le Loiret, l’université de Bordeaux ou la tour Incity à Lyon.

D’une manière générale, comment jugez-vous les décisions gouvernementales pour soutenir le logement ?

En 2012, 340 000 logements ont été construits en France ; cette année, ce niveau devrait être proche de 300 000. Nous sommes bien loin de l’objectif des 500 000 affichés au début du quinquennat. Mais mieux vaut tard que jamais. La décision récente du gouvernement de légiférer par ordonnances sur certains points critiques - les recours abusifs, l’allégement des procédures, la transformation de bureaux en logements… - va dans le bon sens, même si elle n’aura pas d’effet sensible avant 2014. Ces mesures vont favoriser le volume des offres. Il serait également nécessaire de dynamiser la demande : faire revenir les investisseurs institutionnels, resolvabiliser les ménages…

Après la remise en cause du canal Seine-Nord, il n’y a plus de grands projets d’infrastructures sur la table. Comment voyez-vous la situation ?

Bouygues Construction vient d’être nommé attributaire pressenti de la rocade L2 à Marseille, dernier grand projet d’infrastructures en métropole. La profession manque de visibilité sur les grandes affaires qui prendront le relais des projets en cours après 2016-2017. Le travail de hiérarchisation du Snit, entrepris par la commission Mobilité 21, est important et nous en attendons les résultats avec impatience. Il doit permettre d’établir des priorités, un calendrier et la mise en place de financements hadhoc. Ce sera une façon pour le gouvernement de montrer sa détermination, comme il l’a fait pour le Nouveau Grand Paris qui devrait constituer un relais de croissance fort dès 2015.

Cap sur l’international

Le marché du nucléaire tient-il ses promesses ?

Bouygues Construction a réalisé les deux premiers EPR. Celui d’Olkiluoto en Finlande, livré en 2011. Celui de Flamanville, où nous sommes à 87 % d’avancement. Ce sont des projets complexes, car il s’agit de prototypes industriels dont la conception évolue au fur et à mesure de l’avancement de la construction et dont les impératifs de sûreté sont particulièrement exigeants. Mais l’expérience acquise est précieuse. Je pense qu’elle a compté dans notre désignation comme attributaire pressenti pour réaliser les deux centrales d’Hinkley Point en Angleterre.

Et du côté du démantèlement ?

Nous sommes présents depuis longtemps dans ce domaine et y avons développé un savoir-faire spécifique. C’est un marché qui va se développer dans les prochaines années.

L’avenir de Bouygues Construction s’écrit-il essentiellement à l’international ?

Le marché hexagonal restera toujours très important pour Bouygues Construction. Mais vu la situation économique en France et en Europe, nos perspectives de croissance sont ailleurs. Nous poursuivons notre développement dans des zones en forte croissance où nous sommes un acteur local reconnu depuis très longtemps. C’est le cas notamment de l’Asie (Hong Kong, Singapour, Thaïlande). Nous voulons également pérenniser nos implantations dans les pays dans lesquels nous avons remporté de premiers succès. C’est le cas du Canada, de l’Australie ou plus récemment des Etats-Unis où - après la réalisation d’un tunnel à Miami - nous allons enregistrer la commande d’un important complexe immobilier. Enfin, nous conservons notre démarche de pionnier dans de nouveaux pays. Je pense à Cuba, il y a quelques années, ou à la Birmanie où nous venons de remporter un premier contrat.

Priorité à l’innovation

La conjoncture a-t-elle un impact sur votre politique de recherche et développement ?

Non, au contraire. Nous continuons à la renforcer car la R & D est et restera un élément déterminant de notre compétitivité. Nous avons mis en place deux types de programmes : les premiers sont transverses à toutes nos activités et concernent principalement la construction durable ; les seconds sont propres à chaque métier. Pour les mener à bien, nous avons noué de nombreux partenariats avec des industriels, des centres de recherche ou des laboratoires universitaires… En 2013, notre investissement R & D sera d’environ 30 millions d’euros, dont 50 % sur des thèmes liés à la construction durable.

Quelques exemples de sujets de R&D ?

En matière de construction durable, nous travaillons notamment sur l’énergie (production, stockage…), les solutions « bas carbone », l’utilisation de ressources alternatives au béton - comme le bois ou les matériaux recyclés - ou bien encore de nouvelles méthodes pour construire plus vite et moins cher (industrialisation, robotisation…). Nous investissons aussi sur la thématique des usages, notamment au sein de la chaire « Bâtir durable et innover ».
Dans les métiers, nous menons des recherches sur des thèmes comme le candélabre urbain du futur ou l’amélioration des tunneliers. Nous avons ainsi développé des systèmes de changement robotisé des molettes de tunnelier, ou bien encore des systèmes d’inspection et de nettoyage des têtes de coupe par bras robotisé.

Vous parlez aussi d’« innovation commerciale ». Qu’entendez-vous par là ?

C’est par exemple ce que nous avons mis en œuvre pour le Grand Paris. Dès 2010, nous avons constitué une équipe avec des représentants de tous les métiers de Bouygues Construction. Elle est allée à la rencontre des différentes parties prenantes du projet pour échanger et proposer une vision novatrice notamment autour des futures « places de gare » du Grand Paris. Cette démarche s’est faite en collaboration avec des architectes, des sociologues, des urbanistes, des écoles… Cette innovation dans l’approche commerciale de Bouygues Construction a considérablement modifié notre positionnement vis-à-vis de nos interlocuteurs.

Si vous deviez résumer votre stratégie globale…

Notre stratégie peut se résumer en deux grands axes. Le premier axe consiste à développer des compétences et des activités sur une chaîne de valeur la plus longue possible, de l’amont à l’aval de l’acte de construire qui reste notre cœur de métier. L’amont, c’est l’aménagement, le développement immobilier, le design, l’ingénierie juridique ou financière… L’aval, ce sont les services sur le long terme à l’ouvrage et à ses utilisateurs. Le second axe, c’est la construction durable qui transforme en profondeur notre façon d’exercer nos métiers. Ces deux axes s’enrichissent mutuellement et sont le moteur de notre développement en France comme à l’international. Cette stratégie a permis, en dix ans, à Bouygues Construction de plus que doubler son chiffre d’affaires et de multiplier par huit son résultat net.

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De multiples projets

Bouygues Construction est attributaire pressenti sur plusieurs projets d’importance : en France tout d’abord, avec notamment la rocade L2 à Marseille ou la Cité de la musique à Boulogne-Billancourt, mais aussi à l’international avec par exemple l’aéroport de Zagreb, le contournement de Port-Louis à l’île Maurice, un centre hospitalier au Ghana, un complexe immobilier à Miami.
Les résultats de plusieurs offres majeures sont par ailleurs attendus par le numéro deux du BTP français, comme un tunnel à Hong Kong, plusieurs projets en Australie ou les deux EPR d’Hinkley Point en Grande-Bretagne.
Parmi les opérations à venir auxquelles le major répondra, figurent notamment la route du Littoral à la Réunion et l’extension en mer de Monaco.

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