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«La construction durable en Chine va se généraliser dans les prochaines années»
Immeuble de la télévision nationale chinoise à Pékin - © © Kevinpoh/Flick’r

«La construction durable en Chine va se généraliser dans les prochaines années»

Propos recueillis par Hugues Boulet |  le 15/06/2012  |  chineDDNormesInternationalImmobilierRéglementation

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La société de conseil Alcimed a réalisé une étude sur la construction durable en Chine (1). Où l’on découvre notamment la mise en œuvre accélérée d’une certification du cadre bâti élaborée par les autorités sur le modèle de Leed. Revue de détails avec Pierre Gadrat, directeur chez Alcimed et Vincent Pessey, responsable de mission.

Pour quelles raisons avez-vous réalisé une étude sur la construction durable en Chine ?

Pierre Gadrat. Cette étude – réalisée depuis le début de l’année, entièrement à partir d’une documentation en Chinois – tente de répondre aux questions que se pose un certain nombre de nos clients présents dans le secteur des matériaux de construction. Ils voulaient savoir ce que recouvre cette notion de construction durable, comment fonctionne le label chinois en ce domaine et à quelle vitesse celui-ci va-t-il se développer ? Pour ces industriels, l’objectif est de savoir comment positionner au mieux leurs produits sur ce nouveau marché. Ils se sont posé les mêmes questions pour certains pays d’Europe (en particulier ceux de l’Est). Par le passé, nous avons vu que la contrainte règlementaire de l’UE a été à l’origine du développement de certains produits. Il s’agit du même processus.

Vincent Pessey. Cette étude porte sur le contexte règlementaire de la construction durable en Chine. Il ne s’agit pas d’une étude de marché sur la construction durable dans ce pays, mais elle est un premier panorama de ce qui se passe dans le domaine du green building.

En quoi la notion de construction durable chinoise est-elle différente du modèle occidental ?

Vincent Pessey. L’attention apportée à la préservation de la ressource est beaucoup plus importante en Chine qu’en Europe ou aux États-Unis. Les exigences sont poussées beaucoup plus loin dans le domaine de l’utilisation des matériaux, de leur transport, du respect de l’environnement, de la qualité de l’air, de l’eau et même du bien-être des populations. Mais ce que le système chinois met vraiment en exergue, c’est la capacité à économiser de l’énergie.

La chose est logique, car le potentiel de construction dans le pays est énorme en termes de m² et leurs bâtiments consomment plus que ceux du monde occidental. Compte tenu des enjeux existants en Chine autour de l’énergie, il est nécessaire de mettre cette dernière au cœur de la réflexion. En Europe, la notion de construction durable ne s’accompagne pas obligatoirement de la notion d’efficacité énergétique.

En Chine tout bâtiment durable intègre la notion d’efficacité énergétique. Les Chinois vont, aussi, un cran plus loin concernant le coût énergétique du transport de matériaux. Au final, nous pouvons dire qu’ils ont une approche plus globale.

Existe-t-il une politique structurée autour de la construction durable ?

Vincent Pessey. Oui, car la construction durable est une notion portée par le gouvernement et sa mise en œuvre passe par des plans quinquennaux. Nous avons identifié quatre périodes – avant 2005, 2006-2010, 20011-2015 et après 2015 – avec des ambitions qui suivent une courbe exponentielle. La phase jusqu’à 2005 a correspondu à la prise de conscience des mesures à prendre, à leur nécessaire montée en puissance, à l’élaboration de définitions...

Pour 2006-2010, l’objectif a été de mettre en place un certificat du cadre bâti, ce que nous avons appelé le Green Building Label (GBL), qui couvre tous les types de bâtiments, en faisant une distinction entre résidentiel et non résidentiel. Mais ils ne font pas la différence entre le commercial, le bureau, l’industriel... Ce GBL fonctionne avec un système d’étoiles, d’une à trois, et l’attribution d’un certain nombre de points. Il existe un premier bloc de base sur lequel le bâtiment est obligé de satisfaire aux conditions pour obtenir la certification. Ensuite, il y a deux jeux d’items pour atteindre les différents niveaux (1,2 ou 3 étoiles). Au final, l’ensemble représente environ 80 items. C’est un système qui présente des similitudes avec le système de certification du cadre bâti nord-américain LEED, déjà bien présent en Chine.

Le ministère de la construction chinois chapeaute le tout. Durant cette seconde période ont également été mis en place les organismes certificateurs, qui sont reliés au gouvernement. C’est le contraire de systèmes tel que le LEED, où les organismes qui octroient la certification sont privés. Pour les bâtiments recevant la note trois étoiles, la certification est attribuée par un organisme central situé à Shanghai. Pour les niveaux une et deux étoiles, il s’agit de structures locales.

Le plan courant de 2011 à 2015 correspond au début de la phase opérationnelle, avec une croissance programmée du nombre de projets. Nous en sommes donc au début de l’application concrète des certifications, mais il existe une vraie volonté du gouvernement d’entretenir la montée en puissance de ces labels. La Chine va alors rencontrer des problématiques proches de celle de l’Occident : obtenir une certification a un impact sur le coût de la construction, notamment parce que les technologies et les modes constructifs associés ne sont pas encore totalement maîtrisés.
C’est pour cette raison que les projets certifiés en Chine se situent plutôt sur un niveau une ou deux étoiles. Le trois étoiles est réservé à des projets de prestige dans le non résidentiel. Durant cette phase 2011-2015, l’idée des Chinois est donc d’avancer sur les courbes d’apprentissage, de mieux intégrer les technologies et de favoriser l’émergence de projets deux-trois étoiles. Sur la période post 2015, les ambitions sont grandes avec une généralisation des certifications en 2017. Il faut toutefois se poser la question de savoir si ce programme sera réalisable ou pas.

En pratique, que contient ce plan 2011-2015 ?

Vincent Pessey. Suivant les types de bâtiments (bâtiment public, résidentiel…) différents niveaux de réduction de la consommation d’énergie sont définis. Sont également définies des zones urbaines qui doivent atteindre un certain nombre de projets certifiés par an. Toute la procédure pour le GBL est codifiée dans ce plan, avec les ramifications existantes à l’intérieur des ministères.

Combien de projets GBL ont-ils déjà été certifiés (ou en phase de certification) ?

Vincent Pessey. Nous avons pu en identifier une centaine, avec une réelle accélération depuis 2010. Par rapport au LEED, le nombre est encore faible, mais il y a moins d’historique. La dynamique est là et le GBL devrait prendre le pas sur le LEED, car le gouvernement va prendre des mesures incitatives pour le GBL.

Plus largement, peut-on dire que le GBL étant contrôlé par l’État, qui peut l’imposer, il va être amené à se développer plus rapidement que les autres certificats occidentaux ?


Vincent Pessey. En tout cas, au regard des objectifs fixés, nous pouvons arriver à cette conclusion-là. On peut toutefois se demander s’ils auront les moyens de mener à bout leur politique. Mais ils ont l’obligation de le faire, car ils ont une vraie contrainte sur la gestion de la ressource énergétique. Il y a davantage un réel besoin qu’un effet vitrine, dans un secteur de la construction qui est montré du doigt comme fortement consommateur en énergie. Il ne s’agit pas d’un effet d’annonce, une dimension que l’on peut retrouver en Europe

Dans cette étude, vous avez réalisé une comparaison entre le certificat nord-américain LEED et le GBL. Quelles sont vos conclusions ?

Vincent Pessey. Il est difficile de comparer la qualité des deux certifications, car il faudrait comparer les performances des bâtiments en fonctionnement. Nous avons plutôt mis en parallèle les items. Sur la qualité de l’air, le LEED et le GBL ont à peu près les mêmes approches. Elles sont un peu différentes dans l’efficacité énergétique. Reste que les résultats sont globalement homogènes et les retours sur le terrain nous montrent que les deux certifications ne sont pas réellement différentes.

Quelles sont les opportunités pour les grands groupes européens sur le marché de la construction durable en Chine ? Existe-t-il une demande d’apports extérieurs de la part des autorités chinoises au niveau de l’efficacité énergétique ?

Pierre Gadrat. Nous ne donnons pas cette réponse dans l’étude, mais les autorités chinoises ont des réflexions sur les modes constructifs et ils peuvent être intéressés par certaines technologies que ces groupes européens maitrisent. Il faut toutefois garder à l’esprit que l’important, pour les Chinois, est d’aller vite et que ce ne soit pas cher. Les Chinois n’iront pas chercher toutes les technologies hors de leurs frontières mais, selon nous, il y a un certain nombre d’acteurs européens, leaders sur leur marché, qui ont une carte à jouer. Ces groupes européens sont déjà présents sur le marché chinois et ont envie de mieux le pénétrer. De leur côté, les Chinois commencent à s’intéresser aux technologies de ces firmes. Cette étude permet à nos clients industriels d’avoir une vision du marché de la construction durable en Chine, car ces certifications Green building sont un moyen de sentir s’il va se développer ou pas et quel peut-être son potentiel. Mais, bien sûr, après, il faudra retravailler au cas par cas.

(1) Alcimed est une société française de conseil et d’aide à la décision en marketing stratégique, spécialisée dans les sciences de la vie (agroalimentaire, biotech, santé), la chimie, les matériaux et l’énergie, ainsi que dans l’aéronautique/spatial/défense.  L’étude évoquée ici  est payante. Elle est disponible auprès de Vincent Pessey (vincent.pessey@alcimed.com).

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