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«La clé du Grand Paris sera de coordonner les expertises»
Michel Kahan souhaite renforcer la part de l’international dans les activités de Setec, déjà présent en Afrique, en Russie, au Brésil… - © JULIEN FALSIMAGNE / LE MONITEUR
Interview

«La clé du Grand Paris sera de coordonner les expertises»

Propos recueillis par Jérémy Bellanger et Julie Nicolas |  le 02/11/2018  |  IngénierieSetec

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Michel Kahan, président du groupe Setec. Engagé dans le chantier du siècle, l'ingénieriste anticipe déjà les défis qui s'imposeront demain à l'ingénierie privée.

Comment expliquez-vous la montée en puissance de l'ingénierie privée ces trente dernières années ?

Le périmètre croissant des missions confiées à l'ingénierie privée s'explique pour partie par les lois de décentralisation.

Rapprocher la prise de décision du niveau local a eu, entre autres conséquences, un éclatement des compétences techniques. Si l'on considère la route par exemple, l'Etat continue de s'appuyer sur ses services techniques référents, mais il ne dispose plus des capacités à mener seul des projets et ne détient plus le monopole des bonnes pratiques. Pour autant, le privé ne s'est pas substitué au public. Les équilibres ont simplement été modifiés.

Dans ce nouveau contexte, plusieurs grandes vagues d'investissements nous ont également permis de progresser : aux projets autoroutiers ont succédé les lignes ferroviaires à grande vitesse, puis l'ouverture du marché de la régénération ferroviaire et, aujourd'hui, la réalisation des réseaux de transports urbains (tramways et métros).

Après avoir connu un palier entre 2014 et 2016, l'activité est repartie à la hausse en 2017. Notre groupe a ainsi enregistré une progression de 9 % de son chiffre d'affaires pour atteindre 276 millions d'euros en 2017. Une croissance purement organique portée par la seule activité.

Quel rôle tient le Grand Paris dans cette croissance ?

Un rôle clé. Nous intervenons en maîtrise d'œuvre de la Société du Grand Paris (SGP) pour les infrastructures des lignes 15 sud-ouest, 15 ouest, le site de remisage et de maintenance d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et, pour la RATP, sur la ligne 14 sud. Côté systèmes, nous sommes également sur les lignes 15, 16 et 17.

Par ailleurs, nous assurons la maîtrise d'œuvre du futur CDG Express et de l'extension du RER-E Eole à l'ouest, pour le compte de SNCF Réseau. A nos yeux, tous ces projets représentent bien plus que du chiffre d'affaires. Nous sommes bien conscients d'avoir là l'opportunité de dessiner l'ossature sur laquelle se greffera l'urbanisme du XXIe siècle.

Les chantiers sont désormais lancés. Comment mener à bien un projet d'une telle envergure ?

Le grand succès de la Société du Grand Paris a été de fédérer les énergies et d'obtenir le consensus politique pour soutenir le projet de rocade. C'est désormais le temps de l'opérationnel, des travaux, où le projet devient irréversible. La clé de notre réussite reposera sur notre capacité à coordonner les expertises de chacun : constructeurs, maîtres d'œuvre et maîtrise d'ouvrage.

Des difficultés, tout le monde en rencontrera. Il faut donc être transparent pour capitaliser sur les retours d'expériences respectifs. Une erreur peut être commise. Mais, lorsqu'elle se reproduit, elle devient une faute technique. C'est pourquoi nous avons constitué un groupe d'experts indépendants qui écume les chantiers.

La SGP a également créé le sien, les entreprises aussi. Il faudrait maintenant que ces professionnels communiquent leurs signaux d'alerte. Et si tous échangent dans l'intérêt commun du projet, nous aurons alors ensemble franchi un grand pas.

Intervenir sur le Grand Paris, c'est l'opportunité de dessiner l'ossature sur laquelle se greffera l'urbanisme du XXIe siècle.

Anticipez-vous déjà l'après-Grand Paris ?

A cette échéance, nous pourrons encore compter sur nos activités de management de projet dans l'industrie ou pour nos clients publics, sur nos activités en environnement et dans l'énergie, mais aussi sur le bâtiment, qui contribue à hauteur de 20 % à notre chiffre d'affaires, avec de très belles références. Néanmoins, nous préparons la décrue des grands projets neufs d'infrastructures. On le sait, la grande vitesse avec la ligne Bordeaux-Toulouse ou le bouclage de la LGV Rhin-Rhône sont autant de perspectives lointaines. Le Lyon-Turin et le canal Seine-Nord Europe sont engagés, mais avancent moins vite que les projets actuels.

Dans ce cadre, le renouvellement et l'entretien des infrastructures revêtira-t-il une importance cruciale ?

Les travaux de régénération et de maintenance tiendront une place prépondérante sur notre marché domestique.

Pour nous, la remise à niveau du réseau ferré est un véritable défi. Alors que la SNCF externalise nombre de ses missions, nous devons parvenir à assimiler l'expertise nécessaire pour grandir en compétence collégialement et ainsi mener ces chantiers sous fortes contraintes de sécurité et d'exploitation. Par ailleurs, le diagnostic et la maintenance des ouvrages d'art sont des sujets sous les feux de l'actualité, que nous suivons de près.

Vous êtes-vous préparés à cette future demande concernant les ouvrages existants ?

Depuis une décennie, nous nous sommes organisés pour couvrir toute la chaîne de la construction durable.

A nos savoir-faire en conception d'ouvrages neufs, nous avons adjoint une série de compétences telles que le diagnostic, l'étude des pathologies, la supervision ou encore l' asset management [gestion d'actifs, NDLR]. Cette démarche proactive visait justement à précéder ce besoin émergent de l'accompagnement des ouvrages tout au long de leur cycle de vie. A ce jour, rares sont les clients qui disposent d'une vision globale. Changer cet état de fait réclamera des investissements de la part des pouvoirs publics et des gestionnaires d'infrastructures. SNCF Réseau en consent déjà et nous espérons que son engagement fera tache d'huile pour concerner l'ensemble des infrastructures de transport.

Nous pourrions alors fournir un haut niveau de compétence technique sur le long terme afin d'assurer la performance et l'évolution des parcs dans le temps.

Comment s'intégreront les nouvelles technologies ?

Sur le patrimoine existant, l'internet des objets, les sciences de la donnée, l'intelligence artificielle et bien d'autres nouvelles technologies sont autant de sources formidables d'innovation pour une connaissance et un usage amélioré des ouvrages. Nous développons depuis longtemps des drones d'inspection, des solutions de réalité augmentée qui affichent les dégradations structurelles. Dans la maîtrise de l'énergie, nous avons lancé une start-up interne baptisée Setec Smart Efficiency qui vous renseigne en temps réel sur le bon usage des énergies de votre patrimoine foncier et vous prodigue des conseils par voie d'intelligence artificielle ou d'expertise qui, celle-là, reste bien humaine. Par ailleurs, nous soutenons aussi des start-up spécialisées dans le transport à la demande, ou dans les outils nomades pour chantiers.

L'international tient-il une place stratégique dans votre développement?

En dix ans, sa part dans nos activités est passée de 10 à 20 %.

A moyen terme, nous visons la réalisation d'une centaine de millions d'euros à l'international, soit un tiers de notre chiffre d'affaires. Là encore, nous adaptons nos pratiques à l'évolution du marché. Il n'est plus envisageable de se contenter d'exporter nos études à l'autre bout du monde pour remporter des affaires. Notre modèle à l'étranger consiste à réaliser 85 % de la prestation sur place, par le biais d'implantations locales ou de partenariats et d'apporter 15 % d'expertise de France ou de nos autres implantations dans le monde. Nous sommes ainsi aujourd'hui bien présents en Afrique du Nord et en Afrique de l'Ouest, en Russie, au Moyen-Orient, en Amérique Latine, au Brésil et plus récemment en Colombie, où nous venons de faire l'acquisition de la société de conseil en ingénierie Gómez Cajiao y Asociados.

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