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La Cité des arts, une précision de mise en œuvre pour tous les corps de métier

le 15/03/2013  |  France Collectivités localesEtatArchitectureMaîtrise d'ouvrage

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La première commande publique française de l’architecte japonais Kengo Kuma a suscité une maîtrise d’ouvrage conjointe entre le Grand Besançon et le conseil régional de Franche-Comté.

Premier équipement public que réalise Kengo Kuma en France, la Cité des arts et de la culture concentre une multitude de défis techniques, depuis le choix du site jusqu’à sa conception et à sa mise en œuvre. Les deux bâtiments qui abritent, l’un le conservatoire à rayonnement régional de musique (CRR), l’autre le fonds régional d’art contemporain (Frac), sont implantés sur la friche portuaire de la rive gauche du Doubs, en lisière du centre historique et face à la citadelle de Vauban. Ses dimensions sont imposantes. D’une surface hors œuvre nette de 11 400 m2, l’équipement s’étire sur 185 mètres et s’élève jusqu’à 15 mètres. Deux documents réglementaires guident la requalification du site de deux hectares : le plan de prévention des risques contre les inondations (PPRI) et le plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) du secteur sauvegardé.

Pixels expérimentaux

Signatures architecturales du projet, la toiture et les façades imposent une rigueur de mise en œuvre pour tous les corps d’état, organisés en groupement par famille de métiers dans le cadre d’une procédure restreinte. Trait d’union entre les deux bâtiments séparés par un passage couvert appelé «Le passage des arts», la toiture se déploie sur 5600 m2 et découvre le dernier étage du bâtiment en brique de l’ancien entrepôt fluvial.

Une appréciation technique expérimentale (Atex) a validé la double pente de la surtoiture, inclinée de 1,6% vers le centre du bâtiment. Des panneaux en verre, en aluminium, photovoltaïques et de bacs végétalisés forment ce que l’architecte nomme « des pixels ». Disposés en apparence de façon aléatoire, ils se répartissent en fonction des besoins des espaces abrités: les foyers sont transparents, les espaces de travail et d’exposition opaques. Posés sur place, un à un, sur une ossature métallique, les panneaux sont clipsés sur le bac d’étanchéité dans le sens de la longueur et sont autoportants dans le sens de la largeur. « Des essais de chargement ont été faits en atelier », indique Christian Jacob, chef de projet à l’entreprise alsacienne Hefi Roschmann, titulaire du lot couverture étanchéité en groupement avec Soprema (Mulhouse).

En poutres de bois lamellé collé, la charpente épouse une courbe au-dessus du passage des arts. Selon les endroits, elle repose sur une ossature en bois, les murs en béton armé ou de minces colonnes en acier. « Le montage de cette structure unique de 40 mètres de large à 15 mètres de hauteur et le calage de la pente ont nécessité une précision au millimètre », se souvient Delphine Tissandier, conductrice de travaux à l’entreprise jurassienne Avenir Bois Structure.

Études d’exécution très poussées

Sur les façades, Kengo Kuma réinterprète les motifs en damier des anciens textiles japonais par une alternance de panneaux de bois et en acier thermolaqué. Les deux équipements se différencient par leur trame, horizontale pour le Frac, et verticale pour le CRR. « Le parement forme un écran qui dissimule le plus possible les ossatures en acier », explique Sarah Markert, architecte à l’agence Kengo Kuma. Sur les façades opaques, les panneaux en acier sont positionnés par crapautage et maintenus par une fixation mécanique. Un système de boutonnière fixe les panneaux de bois. De chaque côté du passage des arts, de larges baies vitrées fixées sur un mur rideau en profilés reconstitués soudés forment les cloisons. Sur la façade arrière, les panneaux de bois suffisent à constituer le damier, par leur alternance avec des vides. « Les études d’exécution ont été très poussées en raison du nombre important de détails », précise Benjamin Jourdan, chef de projet chez Laubeuf (Val-de-Marne), mandataire du lot-façades avec Codex Obliger (Doubs) et Bové (Vosges).

Spectaculaire dans l’auditorium de 290 places du conservatoire de musique, l’acoustique se veut au contraire invisible dans les salles de répétition. Les plus bruyantes sont conçues comme « une boîte dans la boîte ». L’isolation est indépendante des cloisons et des planchers pour éviter les vibrations. Composées de cinq éléments sur la scène de l’auditorium et de quatre dans l’espace spectateurs, les coques en bois tressé traduisent la dextérité des menuisiers du Doubs, Martel et VD Menuiserie.

De forme courbe, les panneaux de 10 mm d’épaisseur renforcés de trois plaques de plâtre ont été fixés un à un sur une structure métallique. « Avec 30 kg au m2, c’est un véritable exploit », reconnaît Sarah Markert.

Revêtement des salles d’exposition, des sanitaires et des escaliers du Frac, un sol en béton ciré s’exprime sur 2200 m2. « Une première en France par sa surface dans un équipement public », affirme Dominique Madec. Pour le directeur de la prescription du fabricant Grace, ce sera un test supplémentaire de la résistance de ce revêtement de 2 millimètres, en attente d’un avis du CSTB. « L’application qui a nécessité jusqu’à six personnes pour 500 m2 a été délicate car lorsqu’il fait froid, le produit sèche plus vite », témoigne Lucien Aranda, P-DG de Prosol Technologie.

Analyse de cycle de vie des matériaux

Témoin de l’histoire du site, l’ancien entrepôt en brique inséré dans le Frac, inscrit le projet dans une démarche de développement durable, déclinée dans les constructions neuves. « Évidence pour la maîtrise d’ouvrage, la prise en compte de la composante environnementale se concrétise par le label de performance énergétique BBC Effinergie et une démarche de certification HQE », indique Élodie Dumas, chef de projet chez Alto Ingénierie. Une lame d’air sépare les parements des bâtiments neufs d’un complexe isolant de 200 mm fixé mécaniquement sur la façade en béton. Le bâtiment ancien est isolé de l’intérieur. « Nous avons également travaillé sur la limitation des consommations d’eau grâce à des appareils hydro économes comme des urinoirs sans eau et des espèces végétales ne nécessitant pas d’arrosage…», ajoute-t-elle.

Pour compenser l’impact de l’isolation acoustique sur le bilan carbone du bâtiment, Alto Ingénierie a réalisé une analyse de cycle de vie et des impacts sanitaires des matériaux. Peintures, colles et enduits sont à faible émission de COV, les produits bois arborent la classe E1 et les sols en caoutchouc et les moquettes, un label. « Nous avons également abordé le sujet santé à travers la protection contre les émissions électromagnétiques, la qualité de l’air et de l’eau courante », ajoute l’ingénieure.

La géothermie sur nappe alluviale participe à l’aménagement paysager. Les eaux de la pompe à chaleur et de pluie se réoxygènent dans un bassin situé au pied du parvis du bâtiment et une noue en contrebas. Elles s’écoulent dans la rivière à travers les batardeaux enterrés à l’arrière du bâtiment, destinés contenir les crues.

Les spécificités du chantier n’ont pas échappé au lycée du bâtiment Adrien Paris de Besançon. Trois à quatre fois par semaine, Philippe Perreau, enseignant, a emmené sur le chantier des élèves du CAP au BTS ainsi que des adultes en formation continue. Une dizaine de classes a suivi le projet dès la phase d’appels d’offres et avec tous les corps de métiers. « Le maître d’ouvrage et le maître d’œuvre m’ont accordé une grande confiance. J’ai pu suivre des réunions de chantier et accéder aux plans. Une salle dans la base de vie nous était réservée. Ce fut très valorisant pour les élèves, pour l’enseignant aussi ! », explique-t-il. Une visite à l’agence de Kengo Kuma à Paris a étendu l’étude de cas à la culture japonaise.

30 kg

c’est le poids au mètre carré des coques en bois fixées au plafond et sur la scène de l’auditorium.

"

6000

panneaux rectangulaires d’une dimension de 0,625 m sur 1,25 m dessinent sur la toiture un motif visible à distance.

Sarah Markert, architecte chez Kengo Kuma And Associates

La cité des arts est le premier gros chantier que je conduis seule. J’ai travaillé sur la conception après le concours, puis conduit le chantier dès les terrassements. Au début, je venais régulièrement de Paris puis les quatre derniers mois, je me suis installée à Besançon. Ce fut un projet très exigeant par son architecture, mais aussi en tant que première commande publique de l’agence en France. Nous n’avions pas l’habitude de tous les aspects réglementaires qui ont engendré un travail administratif très lourd. Je garderai en mémoire la richesse des échanges avec tous les partenaires de l’opération.

Pierre Mignard, directeur du conservatoire de musique

Les échanges avec le programmiste ont tourné autour de la question : comment faire évoluer la pédagogie ? L’organisation spatiale y répond. Chaque famille instrumentale dispose d’une salle de pratique collective permettant des rencontres spontanées entre élèves et professeurs. Les couloirs et les escaliers larges ainsi que les flux séparés entre le rez-de-chaussée et le dernier étage évitent l’engorgement. Renforcée dans les salles des percussions et de répétition, les protections acoustiques n’empêchent pas la musique de filtrer dans les couloirs. L’ambiance sereine me stupéfait.

Fiche technique

Maître d’ouvrage: Grand Besançon et conseil régional de Franche-Comté. Architectes : Kengo Kuma et Associates (Tokyo et Paris) et Archidev (Cachan), architecte associé, Ingénierie ; Egis (Schiltigheim), bureau d’études techniques ; Agence de paysage L’Anton (Arcueil) ; Jean-Paul Lamoureux (Paris), acousticien ; Changement à vue (Paris), scénographe ; Guy Cholley (École-Valentin), économiste ; Alto Ingénierie (Lyon), bureau d’études techniques HQE ; Gescem (Sophia-Antipolis), AMO.

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