En direct

La cage s'ouvre au numérique

Mathieu Dejeu |  le 16/02/2018  |  UrbanismeTechniqueBâtimentHauts-de-SeineFrance entière

Dans les bâtiments de grande hauteur, les ascenseurs doivent transporter un nombre croissant de passagers, de plus en plus vite.

L'informatique tente de résoudre cette équation en anticipant déplacements et pannes.

Pour l'employé du XXIe siècle, rien n'est plus anodin qu'une cabine d'ascenseur. Il oublie bien vite le voyage de quelques secondes qui le mène du rez-de-chaussée à son bureau. Pourtant, sans ces appareils discrets apparus il y a plus d'un siècle, les bâtiments n'auraient jamais dépassé 10 étages, et les villes auraient une tout autre physionomie. Les tours des quartiers d'affaires du monde entier ne vivent que grâce à leurs va-et-vient perpétuels.

Cette dépendance technologique s'accroît à mesure que les immeubles grandissent. Mais si le nombre d'occupants par édifice explose, augmenter le nombre de cages n'est toutefois pas au goût du jour. « Nous cherchons plutôt à augmenter la capacité de transport de nos machines, explique Emmanuel Altmayer, président de ThyssenKrupp Ascenseurs pour la France. L'accroissement de la vitesse pourrait résoudre cette équation, en autorisant davantage de déplacements. Toutefois, au-delà de 10 m/s, nous nous heurtons rapidement à des problèmes de pression et d'aéraulique. Nous devons donc réfléchir à d'autres options. »

L'ordinateur au pouvoir. Les années 2000 ont vu émerger quelques réponses d'ordre mécanique pour réduire l'emprise de la gaine et des espaces de circulation attenants, qui occupent entre 30 et 40 % de la surface d'une tour. Des moteurs sans réducteur, plus compacts, sont venus remplacer les modèles traditionnels. « Ils s'installent dans la gaine et ne nécessitent pas de local technique, ce qui induit un gain de place », détaille Alain Meslier, directeur général de la Fédération des ascenseurs. A la même époque, ThyssenKrupp a commercialisé le Twin, un dispositif où deux cabines circulent dans la même gaine (lire aussi p. 75). Aucun concurrent ne lui a encore emboîté le pas.

Exception faite de ces deux innovations, les principales avancées de cette décennie-là sont dues à l'informatique. L'entreprise Schindler avait ouvert la voie dès les années 1990 avec les premiers systèmes de gestion de destination, grâce auxquels un ordinateur adaptait la course des cabines en fonction des demandes des passagers en attente. Aujourd'hui, le procédé s'est généralisé à toutes les installations de grande taille et tend à s'interfacer avec d'autres systèmes numériques, notamment les logiciels qui régissent les droits d'entrée.

« Les échanges d'informations entre le contrôle d'accès et la gestion de destination des ascenseurs améliorent encore la fluidité des déplacements. L'utilisateur est reconnu lorsqu'il franchit un portillon d'accès, sur lequel il peut visualiser la cabine qu'il doit prendre pour atteindre son étage, explique Alain Piguet, directeur de l'expérience client et du people f low intelligence chez Kone France. En outre, nos produits communiquent avec les téléphones portables. Un utilisateur peut ainsi appeler une cabine via notre application mobile. » Les gestionnaires de parcs immobiliers peuvent modifier ces réglages au moyen de supervisions informatiques. « Ces logiciels donnent une visibilité en temps réel sur le fonctionnement des machines », indique le directeur. Dans le futur, les programmes pourront aussi « mémoriser » le trafic habituel d'un bâtiment et l'anticiper.

Les logiciels apprennent à identifier les signes avant-coureurs d'un incident.

Objectif zéro panne. Toutefois, cette optimisation des flux se révèle vaine si les appareils sont constamment immobilisés. La fin des pannes devient donc un nouvel impératif pour le secteur. Et d'énormes progrès restent à faire. « Ces dernières années, le traitement de ces incidents a gagné en rapidité. Cependant, la maintenance se limite encore à une action curative. Peu d'ascensoristes recherchent les causes des arrêts », observe Hervé Lasseigne, président du groupe d'ingénierie Ascaudit.

Dans ce domaine aussi, les technologies de l'information et de la communication pourraient être d'une aide précieuse. Dans cette optique, Kone vient de lancer une option de maintenance prédictive : des capteurs transmettent les vibrations, les bruits et la température de la cage à la plate-forme numérique IBM Watson. Celle-ci croise les données enregistrées avec les pannes renseignées par les techniciens. Elle peut ainsi identifier les signes avant-coureurs d'un incident.

Certains concepteurs utilisent l'ascenseur pour animer les façades.

« Nos nouveaux produits intègrent déjà les équipements nécessaires, précise Patrick Renou, directeur des services maintenance de Kone France. Pour les modèles d'autres marques, nous avons conçu un boîtier qui peut se visser ou se coller sur la cage ». Les autres constructeurs devraient suivre le mouvement dans les prochaines années. Reste encore à trouver les moyens de financer ce surplus de matériel. « La réglementation actuelle fixe une fréquence de contrôle de six semaines.

Une réduction du nombre de visites pourrait aider à financer l'installation de capteurs », estime Hervé Lasseigne. Les économies permises par les énergies renouvelables constituent une autre piste (lire p. 70).

Exhiber la mécanique. Par ailleurs, aussi indispensable soit-il, les clients voient toujours l'ascenseur comme une boîte vide et encombrante. Les fabricants rivalisent donc d'ingéniosité pour singulariser leurs cabines (lire p. 7 1). Quelques concepteurs s'en emparent pour animer les façades (lire p. 7 1 et 72-73).

L'architecte Xavier Gonzalez a expérimenté cette pratique au Centre de formation des apprentis de Gennevilliers

(Hauts-de-Seine), livré en 2013. Un pignon vitré laisse apparaître la machinerie de huit gaines (photo p. 65). « C'est une façon de mettre en scène l'enseignement d'ascensoriste dispensé sur le site, souligne-t-il. Cette transparence exige une maîtrise totale de la mise en œuvre et des finitions, sous peine d'un résultat disgracieux. ». Sur des chantiers en cours, l'architecte poursuit dans cette veine avec des gaines en verre. « La lumière naturelle séduit certains maîtres d'ouvrage. Elle révèle ainsi des espaces négligés. Ce choix renforce aussi l'esthétique du bâtiment », conclut-il.

PHOTO - 11405_705574_k2_k1_1682787.jpg
PHOTO - 11405_705574_k2_k1_1682787.jpg
PHOTO - 11405_705574_k3_k1_1682796.jpg
PHOTO - 11405_705574_k3_k1_1682796.jpg
PHOTO - 11405_705574_k4_k1_1682799.jpg
PHOTO - 11405_705574_k4_k1_1682799.jpg

Commentaires

La cage s'ouvre au numérique

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Presse - Vente au n°

Prix : 37.00 €

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookiesOKEn savoir plusX