Environnement

« La biodiversité doit être perçue comme un bienfait et non une contrainte », Jean-Christophe Benoit, directeur du développement et de l’investissement chez CDC Biodiversité.

Mots clés : Démarche environnementale - Gouvernement

Lors de son annonce de l’ouverture de trois grands chantiers en faveur de la reconquête de la biodiversité, le 31 octobre, Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a notamment rappelé l’importance de la préservation de la biodiversité au même titre que la lutte contre le changement climatique. Le point avec Jean-Christophe Benoit, directeur du développement et de l’investissement chez CDC Biodiversité.

Pourquoi est-il important d’intégrer la biodiversité au développement économique ?

Jean-Christophe Benoit : La France est dépositaire d’un patrimoine naturel exceptionnel. Elle est la seule parmi les principaux pays concernés à compter 5 des 34 « hotspots » de biodiversité. Ce patrimoine est aujourd’hui menacé par l’exploitation et l’artificialisation annuelle de quelques 30 000 ha en métropole. Nos activités polluent, fragmentent les habitats naturels et contribuent à une érosion de la biodiversité. Elles peuvent aussi faire disparaître les services écosystémiques dont dépendent pourtant fortement nos activités économiques. En France, le chiffre d’affaires des secteurs fortement dépendants de la biodiversité est évalué à 275 milliards d’euros.

 

La biodiversité est encore peu prise en considération par les acteurs économiques. Pourtant, depuis 1976, la réglementation impose aux projets d’aménagement le respect de la séquence « Éviter, Réduire, Compenser ».

J-C. B. : Cette règlementation est effectivement peu appliquée. Elle a été remise sur le devant de la scène lors du Grenelle de l’environnement. Et la Loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, d’août 2016, a reprécisé le cadre de son application. Le principe est simple : il consiste à éviter toute perte nette de biodiversité. Il s’agit donc d’anticiper les impacts d’un projet sur la biodiversité afin de trouver des solutions pour les limiter, les réduire, voire les compenser si nécessaire (ERC). Si vous impactez un milieu naturel par la construction d’un bâtiment ou d’une infrastructure (autoroute, voie ferrée…), vous devez restaurer ou récréer un milieu équivalent au plus près de l’impact (dans un rayon de quelques kilomètres). L’autorisation de réaliser un projet dépend du respect de ces règles.

 

La compensation peut-elle s’avérer onéreuse ?

J-C. B. : La mise en œuvre de mesures compensatoires a un coût ! Elles financent la restauration de milieux naturels, équivalents à ceux qui ont été impactés, et leur entretien sur une durée équivalente à celle de l’impact (en moyenne, les obligations de compensation portent sur une durée de 30 ans). Ce coût est variable et peut représenter, sur la base de notre expérience, de 1 à 15% du montant du projet.

 

« Les aménageurs ont intérêt à éviter et réduire au maximum leurs impacts pour limiter la compensation. »

 

Mieux vaut donc éviter, ou réduire, les impacts ?

J-C. B. : Parfaitement. Compte tenu des montants en jeu, les aménageurs ont intérêt à éviter et réduire au maximum leurs impacts pour limiter la compensation. La conception d’un projet doit s’inscrire dans une démarche itérative, permettant d’aboutir au meilleur scénario de prise en compte de la séquence ERC.

 

Comment trouver des terrains de compensation ?

J-C. B. : La compensation ne concerne que les impacts résiduels, après évitement et réduction. Et pour la réaliser il faut en effet trouver des terrains qui ont les potentialités écologiques recherchées et dont on pourra disposer pendant la durée de l’obligation. Aujourd’hui les aménageurs doivent présenter, dans leurs dossiers de demande d’autorisation, les terrains retenus pour la compensation.

 

Vous avez lancé une démarche permettant d’anticiper l’identification de ces terrains. En quoi consiste-t-elle ?

J-C. B. : Nous avons lancé le Projet Territorial de Biodiversité (PTB). Le principe est d’identifier, sur un territoire (département, agglomération…), les besoins de compensation des futurs projets d’aménagement. Il s’agit de cibler, en cohérence avec les politiques publiques, des terrains à restaurer pouvant répondre à ces besoins de compensation. Notre capacité financière nous permet de les acheter ou de signer des conventions avec les propriétaires. Ils sont ensuite mis à disposition des aménageurs, selon un principe de mutualisation des mesures compensatoires. Nous avons aujourd’hui lancé des PTB en Ile-de-France, en région bordelaise et en région lyonnaise.

 

Le Site Naturel de Compensation, mis en place dans la loi d’août 2016, est-il aussi un moyen d’anticipation ?

J-C. B. : Oui. Le Site Naturel de Compensation (SNC), qui doit faire l’objet d’un agrément préalable par l’État, correspond à une opération de restauration ou de développement d’éléments de biodiversité, pouvant être utilisés dans le cadre de mesures de compensation, de manière à la fois anticipée et mutualisée. C’est le principe de notre opération Cossure, dans la Crau. Nous avons acquis 357 ha d’anciens vergers industriels dans la plaine de Crau (Bouches-du-Rhône) en 2008, pour réaliser des opérations de restauration et de développement d’éléments de biodiversité. Le site de Cossure est divisé en unités de compensation (UC). Pour info, chaque UC comprend l’achat du terrain, les travaux de restauration, l’entretien et le suivi sur 30 ans d’1 ha. 1 UC coûte aujourd’hui environ 44 000 €.

 

« La biodiversité doit être perçue comme un bienfait et non une contrainte »

 

La prise en compte de la biodiversité est-elle selon vous un facteur de progrès pour nos sociétés ?

J-C. B. : La biodiversité doit être perçue comme un bienfait et non une contrainte. Nous en faisons partie et nous avons besoin d’elle. Notamment dans la perspective du changement climatique. Léonard De Vinci disait : « Scrute la nature, c’est là qu’est ton futur ». Il nous faut impérativement préserver la capacité d’adaptation de nos écosystèmes pour répondre aux besoins d’adaptation de demain. Un exemple pour illustrer les apports de la biodiversité : nous avons mené une expérimentation dans une résidence sociale à Choisy-le-Roi. L’intégration de la biodiversité dans cette résidence (embellissement, jardins partagés, ruchers, animations « nature »), en associant les habitants, a permis de créer du lien social, d’apaiser les tensions et de faire diminuer les incivilités.

 

Qu’est-ce que le concept de biodiversité positive ?

J-C. B. : Le principe est d’aller au-delà des obligations réglementaires. Il s’agit de faire plus que ce qui est exigé. Plutôt que de viser un objectif d’absence de perte nette de biodiversité, cette démarche volontaire, consiste à atteindre un gain de biodiversité. Certaines entreprises et collectivités ont compris l’intérêt de cette démarche et souhaitent s’associer à des actions qui vont dans ce sens. Pour répondre à ces attentes et contribuer à la restauration des espaces naturels, CDC Biodiversité propose, depuis un an, le programme Nature 2050.

 

En quoi consiste Nature 2050 ?

J-C. B. : C’est un programme original d’adaptation des territoires au changement climatique, fondé sur des solutions naturelles*. Les actions visent en particulier les zones humides, les continuités écologiques, la transition des espaces forestiers et agricoles et la biodiversité en ville. À ce jour, les contributions collectées ont permis d’engager une quinzaine d’opérations sur le territoire national (Voir Focus). Cette mobilisation volontaire des entreprises et des collectivités est plutôt encourageante !

 

Le mot de la fin ?

J-C. B. : Comme l’a souligné Nicolas Hulot, la préservation de la biodiversité est un impératif. Elle doit être prise en compte par les acteurs économiques dans leurs activités et leurs projets. Le cadre réglementaire le prévoit, avec un objectif fort de « pas de perte de biodiversité ». Il faut même aller au-delà pour reconstituer le patrimoine naturel dont nous dépendons fortement. La biodiversité doit être aujourd’hui la préoccupation de tous !

 

 

 

Focus

16 projets Nature 2050 en un an

L’engagement de CDC Biodiversité est simple : restaurer et suivre 1 m² de territoire jusqu’en 2O5O pour chaque versement volontaire de 5 €. 16 projets, pour une surface de plus de 3OO hectares, sont aujourd’hui lancés.

Parmi eux, des projets sur les zones humides, dont 7O % ont disparu en raison de l’urbanisation et de la pollution. Ainsi, un écosystème côtier a été restauré par LPO dans la Baie de l’Aiguillon, lieu de passage et d’hivernage pour les oiseaux migrateurs (Vendée et Charente-Maritime) ou encore des continuités des cours d’eau ont été rétablies dans le Limousin en partenariat avec l’Agence de l’Eau Adour-Garonne. (Corrèze et Haute-Vienne).

Autre priorité de Nature 2O5O : favoriser le retour de la biodiversité en ville. Des travaux viennent par exemple d’être lancés à Sevran (Seine-Saint-Denis) pour créer un espace naturel à haute valeur écologique sur une ancienne friche industrielle. A Saint-Etienne (Loire), le défi de la trame verte urbaine a démarré avec la restauration de plusieurs connectivités écologiques.

Les espaces agricoles et forestiers ne sont pas en reste. De nouvelles essences forestières ont par exemple été plantées pour revitaliser une forêt dépérissante dans les Cévennes (Gard et Lozère), une forêt de montagne a été adaptée aux changements climatiques dans les Hautes-Alpes.

Enfin, concernant les écosystèmes marins et côtiers, Nature 2O5O permettra la restauration des petits fonds côtiers des baies de Marseille, Cassis et La Ciotat (Bouches-du-Rhône), à travers la combinaison de techniques de génie écologique innovantes (repeuplement d’espèces de poissons, immersion de nurseries artificielles, et transplantation d’algues ou d’herbiers à fort intérêt écologique).

 

Pour en savoir plus lire notre article : Première récolte de projets prometteurs pour Nature 2O5O

S. O.

*La pertinence du programme est garantie par son comité de pilotage, composé du Muséum National d’Histoire naturelle, de la Ligue de Protection des Oiseaux, de France Nature Environnement, la Fondation pour la Nature et l’Homme et du Comité scientifique de CDC Biodiversité.

 

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