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La biodiversité au service du bâtiment… et vice versa

Rodolphe Deborre |  le 06/03/2009  |  SantéTechnique

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Le célèbre botaniste Patrick Blanc prend la croissance verte au pied de la lettre. Il commentait récemment à la cité de l’architecture ses réalisations de murs végétaux devant une salle comble. Pourquoi un tel succès ? Quel est l’impact environnemental réel de ces solutions végétales ? Quel déploiement anticiper ? La biodiversité crée-t-elle de la valeur pour le BTP ?

L’impact majeur du BTP sur la destruction de la biodiversité
Le secteur du bâtiment a un impact majeur et reconnu sur la biodiversité. La biodiversité, ou diversité du vivant, rend une multitude de services indispensables à la survie de l’homme, comme la dépollution de l’eau ou de l’air, comme la fourniture de nourritures, matériaux et molécules. Sans abeille, pas de pollinisation dans les champs de céréales et donc… pas de farine ni de pain... Or la biodiversité connait une vague d’extinction sans précédent, à l’échelle de la précédente vague de d’extinction, celle des dinosaures il y a 65 millions d’années, qui n’était évidemment pas due à l’homme. En 2008, la dégradation de ces services est estimée à plus de 10.000 milliards de dollars par an selon la Convention sur la Diversité Biologique.

Sont directement en cause quatre facteurs principaux : les disparitions et fragmentations des espaces naturels, la surexploitation des ressources naturelles, le changement climatique et l’introduction d’espèces dites invasives. Le secteur du bâtiment intervient directement sur ces 4 causes en imperméabilisant et fragmentant des surfaces végétales (164 ha d’espaces naturels disparaissent chaque jour en France), en utilisant des matériaux non renouvelables qui proviennent eux même de mines ayant un fort impact sur la biodiversité locale, en sur exploitant des matériaux naturels notamment tropicaux, en participant fortement au changement climatique (25% des émissions de gaz à effet de serre proviennent du secteur du bâtiment) et en introduisant parfois des espèces étrangères dans des paysages traditionnels.

Les pouvoirs publics et les ONG s’organisent pour comptabiliser les impacts sur la biodiversité dans l’économie. A l’image de certains marchés biodiversité déjà en place aux Etats-Unis, notamment destinés à protéger et recréer des zones humides, la commission européenne a lancé, en 2008, un appel d’offre pour définir et lancer des instruments de marché pour protéger la biodiversité. L’objectif est de réitérer ce qui s’est passé sur le changement climatique avec le marché des crédits carbone.
Et comme pour le carbone, le secteur du BTP apparait tout à fait singulier dans l’existence de solutions technologiques et organisationnelles qui ont déjà fait leurs preuves. Place donc à l’action immédiate.

Demain, un BTP positif en biodiversité ?
Un bâtiment positif en biodiversité c’est d’abord une parcelle préservée. C'est-à-dire conserver des espaces, si possible en pleine terre, pour la faune et la flore locale.
Cela signifie stopper l’étalement urbain et renforcer la densité bâtie, placer les parkings en sous-sol et prévoir des voies et surfaces extérieures perméables.
Un bâtiment positif en biodiversité, c’est ensuite bâtir en tenant compte de la "biodiversité grise", c'est-à-dire de l’impact sur la biodiversité que peut avoir la fabrication d’un matériau : par exemple remplacer les éléments bitumineux ou métalliques par des analogues en agro matériaux, remplacer les barrières de protections par leurs équivalents végétaux ; favoriser l’utilisation de bois labellisé FSC (issu d’une forêt à la gestion strictement contrôlée qui renforce la biodiversité locale) ; favoriser les isolants d’origine végétale voire animale versus les isolants synthétiques et minéraux. En effet les minéraux et métaux obtenus par extraction ont un impact caché mais conséquent sur l’environnement de là où ils sont extrait, ainsi que sur la consommation énergétique et les émissions de CO2.
Par exemple les milieux karstiques, d’où est issu le calcaire composant le ciment, sont des lieux très riches en biodiversité. En ce sens, la peinture routière développé par Colas à partir des déchets de coquilles d’huitre, en lieu et place de l’extraction de dioxyde de titane, colorant blanc conventionnel, parait aller dans le bon sens. A quand l’étiquette biodiversité sur les matériaux de construction ?

Un bâtiment positif en biodiversité, c’est enfin et surtout végétaliser convenablement les surfaces disponibles. Les toitures, aujourd’hui sans aucun intérêt biologique, peuvent le devenir, si des zones d’accueils pour des espèces animales ou végétales sont végétalisées. Parfois même, elles se transforment en sanctuaire pour certaines espèces menacées ou en en voie de disparition (variété d’iris ou espèces d’oiseaux).
Les divers systèmes de toitures végétalisées ont fait leur preuve, de nombreuses études notamment celles du CSTB en attestent. Ils se révèlent relativement peu coûteux en comparaison de leurs avantages : isolation thermique, phonique, régulation des eaux pluviales, protection du bâtiment, rafraîchissement par évapotranspiration, dépollution de l’air et bientôt des eaux grises. De plus en plus souvent proposées par la maitrise d’oeuvre, ces solutions se voient fréquemment supprimées en cours de projet pour des raisons économiques. Pourtant, le surcoût à la construction semble raisonnable puisque compris entre 30 et 80 € du m² selon l’épaisseur du substrat et le type de végétation (entre 250 et 1000 €/m² pour les façades). Ce surcout pourrait être rapidement annulé par des incitations économiques en raison des avantages déjà cités.
Reste la valeur esthétique et culturelle de ces surfaces végétalisées qui reste à déterminer au cas par cas.

Au-delà de ces aspects techniques, un bâtiment positif en biodiversité est un écosystème préservé ou restauré dans une ville essentiellement minérale. Plus agréable visuellement, plus sain et plus accueillant, il contribue à rendre la ville plus vivable et à atténuer la densité ressentie. Le CTSB estime un marché potentiel de 22 millions de m² en France ; celui-ci est estimé à 13 millions de m²/an ( !) en Allemagne où des villes comme Berlin financent jusqu’à 60% de son installation.

La biodiversité urbaine prend tout son sens à l’échelle de la ville. Il est possible de renforcer la quantité d’espaces « sauvages » mais contrôlés pour introduire des poches de biodiversité. Ces espaces singuliers peuvent par ailleurs avoir des impacts directs sur la ville en dépolluant les eaux grises sur site comme à Nanterre en région parisienne ou à Shanghai en Chine. De manière indirecte, cette végétalisation accrue procure un micro climat plus tempéré et plus sain. Ainsi plusieurs études nord américaines (Environnement Canada, 2006) montrent qu’une végétalisation de 6% des toits réduirait la température urbaine de 2°C en été.

A l’échelle du territoire, l’enjeu biodiversité est maximum : il s’agit de stopper la destruction des espaces naturels et recréer ou renforcer la biodiversité dès que possible. De nombreuses initiatives internationales publiques et privées créent des cadres d’actions et des marchés. Ainsi, les mitigations banks aux Etats-Unis permettent à des propriétaires de zones humides réhabilitées de vendre des crédits "zones humides" à des promoteurs qui sont dans l’obligation de compenser les dégradations faites dans le cadre de leurs projets. Tout ceci passe avant tout par une quantification monétaire de la valeur de la biodiversité. Sur ce terrain les méthodologies performantes émergent comme par exemple la méthode SEVE de l’expert en génie écologique Dervenn. Le BTP peut et doit s’inscrire dans cet élan en particulier au niveau des infrastructures de transports pour installer des corridors écologiques, les trames vertes, et être récompensé financièrement pour cela. S’il demeure un impact biodiversité résiduel après la mise en place, dès la conception, de mesures appropriées, on peut facilement imaginer un marché de compensation biodiversité à court ou moyen terme qui s’intégrerait au réseau Natura 2000.

Une vision d’avenir pour un bénéfice immédiat

En France, malgré son apparente complexité scientifique, la biodiversité s’insère de plus en plus dans les documents d’urbanisme réglementaire : le PLU de Paris impose une équivalence espace vert au sol versus toitures ou façades végétalisées. Il en va de même pour les marchés d’infrastructures (Loi du 10 juillet 1976) ou pour les certifications environnementales du bâtiment (cible 1 du référentiel HQE). Les acteurs économiques qui sauront le mieux possible se positionner sur le sujet de la biodiversité tireront demain leur épingle du jeu et créeront de la croissance en réparant la planète.

Rodolphe Deborre, Directeur Associé BeCitizen, responsable du module biodiversité du Mastere construction et Habitat durable de l’ENSAM
(Avec la participation de Denis Voisin)

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