Culture

La Biennale d’architecture de Venise revisite la modernité

Mots clés : Architecture - Communication - marketing

Entre retour aux fondamentaux de l’architecture et relecture critique du Mouvement moderne, l’édition 2014 de la Biennale de Venise revisite, jusqu’au 23 novembre, les arcanes de la discipline à la lumière des enseignements du passé…

Souscrivant à l’injonction formulée par Rem Koolhaas – « Absorbing Modernity 1914-2014 » – certains des pavillons nationaux des Giardini de la Biennale ont joué le jeu à fond – c’est le cas de la France -, d’autres la détournent – la Russie -, la contournent, voire lui font un superbe pied-de-nez (la splendeur du vide quasi-immaculé chez des Belges célèbres pour leur humour surréaliste…). La Corée décroche ainsi le Lion d’or, le Chili un Lion d’argent, le Pavillon français se contentant, lui, d’une « mention spéciale » du jury présidé par Francesco Bandarin, avec la Russie et le Canada.

 

Paranoïaque-critique

 

Le Pavillon français, précisément. Pédagogique en diable – limite scolaire, diront certains – il entend, aux dires de son commissaire, l’historien Jean-Louis Cohen, poser à ses visiteurs davantage de questions qu’il n’apporte de réponses. Sous l’intitulé « La modernité, promesse ou menace? », Jean-Louis Cohen offre ainsi une lecture paranoïaque-critique du chemin de l’architecture française à travers cette « modernité », en articulant un axe tragique (Drancy, les grands ensembles, les rafles et la déportation qui suivront), un axe burlesque (Tati et la rébellion de la Villa Arpel du film « Mon Oncle »), une vision technico-administrative (la préfabrication lourde en béton et son hégémonie proclamée) et un imaginaire technique qui se déploie en direct (les cours de Jean Prouvé aux Arts & Métiers, illustré par de très rares images d’archives filmées).

 

Promesse

 

Un collage cinématographique de Teri Wehn Damisch, projeté simultanément dans les quatre galeries, restitue le contexte de ces épisodes en les replaçant dans le discours dominant de l’époque. Promesse ET menace à la fois, « la modernité aura ainsi été d’abord une promesse, celle d’habitations rationnelles et abordables et de villes salubres, […] celle aussi d’inventions exaltantes, comme les structures légères de Jean Prouvé. Spécifique à la France, la conjugaison d’une intervention publique massive et d’une invention technique féconde a permis, dès les années 1930, la formulation de solutions expérimentales. Mais cette même configuration a conduit après 1950 à la production en série d’ensembles ségrégés et monotones, dont la crise a aggravé les défauts. L’architecture moderne a pu ainsi incarner la menace d’une existence dominée par les machines et leur production répétitive » relève Jean-Louis Cohen.

 

Décrochez-moi-çà

 

« Elements of Architecture », l’exposition-phare du pavillon central des Giardini, opère quant à elle le retour aux « fondamentaux » de la discipline. Rem Koolhaas met ici en pièces, au sens le plus littéral de l’expression, les briques élémentaires de l’architecture : cheminée, porte, plafond, serrure, balcon, etc. Un retour aux basiques qui prend parfois l’aspect d’un vaste décrochez-moi-çà, et tient autant du sous-sol du BHV que d’un Batimat de bon aloi. Mais le fait est là : en proposant au plus large public les fragments de cet art de la combinatoire nommé architecture, Rem Koolhaas s’assure déjà du succès critique d’une exposition qui enchantera les bambins par son savant bric-à-brac de gamin qui n’a pas rangé sa chambre; autant qu’il ré-enchantera, on l’espère, les architectes à la recherche de la pièce perdue…

 

Germes

 

Ainsi passent les Biennales, teintées de l’humeur de l’époque, mâtinée ici et là pour cette édition 2014 d’une subtile défiance. « A quoi bon des architectes en ces temps de détresse? » aurait pu dire Hölderlin devant ces pavillons qui regardent avec tant d’obstination vers les gloires passées d’une modernité inachevée. C’est que ce passé porte en lui les germes d’un futur qu’on imagine riche de ses enseignements et prévenu vis-à-vis de ses errements. Il faut bien en convenir : les mêmes interrogations fleurissent périodiquement sur la scène architecturale puis refluent un temps avant de former de nouvelles résurgences qui appelleront d’autres réponses. L’abbé Pierre ne nous contredirait pas qui, cinquante ans après son appel de l’hiver 1954 – évoqué en images dans le Pavillon français – ne pourrait que constater que la simple question du logement abordable pour le plus grand nombre n’est toujours pas résolue…  

Focus

Vient de paraître

« La modernité, promesse ou menace? France : 101 bâtiments 1914-2014 », aux Éditions Dominique Carré.

Pour commander cet ouvrage, rendez-vous sur www.librairiedumoniteur.com

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