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La Belgique met du baume au cœur des paysagistes conseil de l’Etat
Le 31 mai, les paysagistes conseil marquent une pose entre le parc Tour & Taxi et le chantier de la reconversion de la gare maritime en ferme urbaine et bureaux - © © Laurent Miguet

La Belgique met du baume au cœur des paysagistes conseil de l’Etat

Laurent miguet |  le 05/06/2018  |  ProfessionPaysageArchitecture

A l’issue d’une harassante montée par une sente escarpée jusqu’au sommet du terril qui domine Charleroi, le spectacle du reflux de la marée industrielle wallonne a saisi les paysagistes conseil de l’Etat, au terme de leur séminaire annuel réuni du 30 mai au 2 juin à travers quatre villes belges : Malines, Bruxelles, Anvers et Charleroi. Dans le défi que relève la ville wallonne, les français trouvent une source d’inspiration pour consolider le modèle du paysagiste conseil.

A l’ampleur de la désindustrialisation, Georgios Maïllis, bouwmeester de Charleroi, oppose sa fougue et la jeunesse de l’institution qu’il représente : sous l’impulsion de son maire Paul Magnette, la capitale sociale de Wallonie s’y est convertie en 2013. Venu des Pays-Bas et adopté par de nombreuses collectivités belges dont la Flandre, la région de Bruxelles Capitale et la ville d’Anvers, le bouwmeester, conseiller du maire en architecture et aménagement, a concentré l’attention des paysagistes conseil de l’Etat, au cours de leur séminaire annuel réuni cette année en Belgique.

La démonstration de Charleroi

Le spectacle poignant de l'agonie industrielle de Charleroi, point culminant et point final du séminaire des paysagistes conseil de l'Etat, le 2 juin
Le spectacle poignant de l'agonie industrielle de Charleroi, point culminant et point final du séminaire des paysagistes conseil de l'Etat, le 2 juin

Encore en phase de montée en puissance, la démonstration de Charleroi se manifeste déjà en espèces sonnantes et trébuchantes : « Grâce à une stratégie lisible qui met fin à une logique d’éparpillement, l’Europe a débloqué 142 millions de fonds Feder pour la période 2015-2020, au lieu de 58 millions pour la période précédente », se réjouit le Bouwmeester. Avec son équipe de quatre personnes – dont Pauline Cabrit, paysagiste formée à Bordeaux – il démêle l’écheveau des maîtrises d’ouvrage où la ville croise la région Wallone, les Chemins de fer belges, les transports en commun intercommunaux…

De la ville basse à la ville haute, la reconquête urbaine de la Sambre, le parvis de la gare et le quartier des palais figurent dans la programmation, cinq ans après le lancement d’une démarche qui a déjà commencé à inverser la spirale du déclin : l’investissement privé multiplie par trois celui des collectivités, et cinq événements annuels raniment la ville de 205 000 habitants (au lieu de 244 000 en 1986). En 2013, le marché de Noël réunissait 300 personnes…

Le levier de  l’eau

« Vous nous faites rêver, par la mise en évidence d’autres possibles » : Jean-Marc Gaulier, ancien président des paysagistes conseil de l’Etat et cheville ouvrière de la préparation de leur séminaire annuel 2018, n’a pas caché la « fascination » exercée par l’institution du Bouwmeester, à l’issue de la table ronde du 31 mai Bruxelles qui a mis en scène ses déclinaisons urbaines et régionales.

Partout, sous l’impulsion des maîtres d’ouvrage éclairés par ces conseillers et leur équipe, l’eau s’impose comme levier des reconquêtes paysagère, écologique et urbaine : sur 14 km qui tracent l’axe nord sud et séparent les cols bleus, à l’ouest, et les cols blancs, à l’est, Bruxelles s’appuie sur le canal de la Senne, mais aussi sur ses affluents oubliés. « Pour remédier à la fragmentation des espaces verts de ce Plat pays qui n’a pas su s’opposer à la diffusion d’un tissu urbain éparpillé, notre schéma cherche à révéler les huit affluents de la Senne, métaphores des 19 communes qui entourent la capitale belge et européenne », explique Basil Descheemaeker, chef de projet à l’agence de paysage Bureau Bas Smets.

La métamorphose de la maison du Port d'Anvers, par Zaha Haddid, illustre le rôle central de l'eau dans les projets urbains découoverts par les paysagistes conseil, lors de leur séminaire belge.
La métamorphose de la maison du Port d'Anvers, par Zaha Haddid, illustre le rôle central de l'eau dans les projets urbains découoverts par les paysagistes conseil, lors de leur séminaire belge.

Bonne humeur contagieuse

Autant que les facteurs objectifs, l’humeur joyeuse présente dans de nombreux aménagements contribue à la fascination exercée sur les français : ils l’ont ressentie dans la liesse des anciennes halles industrielles transformés en bars branchés, en bordure du parc aménagé par Paola Vigano, dans l’ancien quartier de la gare d’Anvers.

Au-delà du chantier de reconversion de la gare maritime de Bruxelles, la joie contagieuse belge s’est également propagée par la voix de Thierry Kandjee, fondateur de l’agence française Taktyk : « Notre intervention a consisté à reconnaître et amplifier les pratiques existantes, issues de la culture contestataire : le million de mètres carrés de bureaux vacants, dans la capitale européenne, a nourri une forte revendication publique de l’espace », explique le concepteur du Parckfarm, lauréat du prix de l’espace public en 2015 pour cette réalisation qui a donné droit de cité aux associations Le début des haricots et KotKot – gestionnaire du poulailler augmenté d’un troupeau de moutons.

Leçon de transversalité

Faut-il voir un modèle dans « l’urbanisme négocié » promu par Julie Collet, membre de l’équipe du Bouwmeester de Bruxelles ? Il faudrait alors parler d’un modèle pluriel, compte tenu des différences d’échelles géographique, des anciennetés variables et des spécificités juridiques. Mais tous les bouwmeester insistent sur leur indépendance par rapport aux administrations, et sur le fait qu’ils ne rendent compte qu’aux têtes des exécutifs.

Les français y ont d’autant plus adhéré qu’ils vivent une épreuve existentielle : institués en 1993, les paysagistes conseil de l’Etat renouvelleront la majorité de  leurs troupes dans les années à venir. L’évaluation de leurs prestations, demandée par l’Etat, pousse à une réflexion identitaire stimulée par les incertitudes qui pèsent sur l’avenir des structures déconcentrées du ministère de la Transition écologique.

Le mot de la fin revient à Pascale Hannetel, présidente des paysagistes conseil de l’Etat : « Nous ne comparons pas nos 26 jours de vacations annuelles avec les travaux menés à plein temps pendant des années par les bouwmeesters et leurs équipes. Mais nous retenons l’exemple de la transversalité et de la diffusion : plus il y aura de conseils dans toutes les structures, mieux ce sera ».

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